Rubber de Quentin Dupieux - Cannes 2010 © Realitism FilmsLe buzz autour d'un film, qui s'avère souvent décevant, peut-être tel qu'il donne envie à tout le monde d'aller le voir sans savoir réellement pourquoi on veut vraiment le voir. Il y a du coup les festivaliers qui n'ont pas de places et dépensent une énergie folle pour obtenir la fameuse invitation qui leur permettra de franchir les portes d'une salle bondée et les heureux possesseurs d'un badge prioritaire qui voient parfois les portes se fermer face à eux, après une longue attente, leurs espoirs se muant en une violente frustration. C'est ce qui s'est passé pour la projection du nouveau film de Quentin Dupieux, Rubber, présenté dans le cadre de la Semaine de la critique. Peu de places disponibles pour une queue interminable, une véritable cohue, une longue attente, des spectateurs gravissant les barrières, d'autres laissant exploser leur colère. Au final, un récit hallucinant centré sur un pneu assassinant les passants. Totalement surréaliste et absurde, un film qui devrait diviser, comme Steak, du même réalisateur, à l'époque.
Autre film ayant rassemblé le public ce week-end, celui de Woody Allen, You Will Meet A Tall Dark Stranger, en arrivant avec pourtant près de trente minutes d'avance, j'ai failli rester sur le carreau, la salle étant déjà bondée, et je ne dois d'avoir franchi les barrières qu'à la gentillesse d'un charmant vigile, touché par mon gros ventre de femme enceinte. Beaucoup de Festivaliers ont dû rebrousser chemin, déçus de ne pouvoir découvrir la nouvelle comédie de l'infatigable Woody. Délire délicieux sur les dérives de l'amour, désirs, blessures, solitudes et turpitudes pimentés par la verve du cinéaste. Une approche classique et peu originale certes, mais d'une légèreté enthousiasmante, moins excentrique que celle de Vicky Cristina Barcelona, son dernier film présenté également à Cannes en 2008, mais agréable, un très bon cru.
Benicio, roi des nuits cannoises
Autres surprises de ce weekend cannois agité, le film de Gregg Araki, Kaboom. Après Smiley Face et Mysterious Skin, le cinéaste revient vers un sujet plus pimenté s'alignant sur les films qu'il tournait dans les années 90, centré autour d'un adolescent harcelé par des extraterrestres libidineux. Un film s'intéressant avec humour, comme celui de Hideo Nakata, Chatroom, au lien entre le réel, les fantasmes et l'l'imaginaire virtuel, très coloré, joyeux, sexy et légèrement nihiliste, idéal pour une séance de minuit, se prolongeant tard dans la nuit, sur les hauteurs de Cannes. La fête y battait son plein, Wild Bunch, le distributeur, comme toujours, avait réservé à ses invités un chaleureux accueil aux tonalités bleutées, avec un Benicio Del Toro, décidément de toutes les soirées, s'éclatant sur la piste de danse, m'accordant un sourire, je fonds évidemment, conquise. Benicio, sacré Roi de la croisette cette année.
Dimanche soir c'était au tour de Bertrand Tavernier de monter les marches pour La Princesse de Montpensier. Le film français que j'attendais, la parenthèse romanesque de ce Festival, un récit brûlant autour d'une femme passionnée et passionnante, malheureusement porté par une mise en scène et des comédiens d'une glaciale tristesse, manquant de panache, de fougue, de passion tout simplement. Cette journée se clôt donc sur une triste déception, je pensais vibrer, je me suis ennuyée, heureusement il me reste le souvenir d'un Benicio au sourire chaleureux.
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