Des Hommes et des Dieux de Xavier Beauvois © Mars DistributionLe premier week-end cannois est venu agiter une Croisette étrangement calme. Mais aussitôt dimanche terminé, la sérénité des premiers jours est revenue, prouvant une fois encore que la folie n'est décidément pas au rendez-vous cette année. Peu d'éclats fougueux, peu de rumeurs croustillantes, aucune rencontre magique, au coin d'une rue, dans un ascenseur, sur les marches, en projection, en soirées, sur les plages, ce sont souvent les mêmes visages que l'on croise et recroise, notamment Frédéric Beigbeder, figure incontournable de ce cru 2010, Louise Bourgoin, Guillaume Canet, Clotilde Courau... et Benicio Del Toro, membre le plus enjoué du jury et le plus chaleureux...
Le même calme règne du côté des films en compétition. Aucun ne déclenche une réelle passion, ou une controverse, au-delà des premières polémiques politiques ayant animé les premiers jours. On ne ressort jamais des projections totalement bouleversés, déchirés ou scandalisés et peu de films, finalement, réussissent à captiver les festivaliers. Enfin presque...
Depuis lundi, enfin, le Grand Théâtre Lumière s'est laissé surprendre par une enthousiasmante fièvre festivalière aux détours de trois films, celui d'Alejandro Gonzalez Inarritu, Biutiful avec Javier Bardem, celui de Xavier Beauvois, Des Hommes et des Dieux et celui de Stephen Frears, Tamara Drewe. Lundi soir les spectateurs sont ressortis bouleversés par le film du réalisateur de 21 grammes et Babel. Bouleversés par sa mise en scène d'une noirceur acérée et désespérante nous prenant aux tripes malgré une dérive misérabiliste venant parfois rompre la profondeur directe de son récit.
Des sourires se muant en larmes silencieuses
Celui de Xavier Beauvois, beaucoup plus épuré, devrait être au Palmarès et, même si Javier Bardem, mérite hautement d'être récompensé pour sa prestation, il se dégage du jeu des comédiens portant le film de Xavier Beauvois une telle puissance, une telle humanité tout en retenue, en sobriété, une telle générosité que Tim Burton et ses acolytes pourraient pencher pour un prix d'interprétation commune.
Le réalisateur du Petit lieutenant aborde, au travers d'une mise en scène ciselée, l'histoire vraie d'un groupe de moines retirés au cœur de l'Atlas, ayant choisi, alors que l'Algérie s'embrase, que le gouvernement français les rappelle, de rester près des paysans dont ils partagent harmonieusement la vie et la culture, de ne pas céder à la peur qui les envahit. Un sujet que le cinéaste traite avec un réalisme poignant, une justesse épurée de tout artifice, une extrême sincérité, nous arrachant, comme à ces moines, des sourires se muant en larmes silencieuses.
Adieu Benicio... pour un soir
Difficile d'accueillir après avoir suivi leur cheminement, la violente luminosité du soleil, les cris des festivaliers et la musique joyeuse qui résonne déjà pour la montée des marches du nouveau film de Stephen Frears. Difficile d'enchaîner. Pourtant, je me précipite à nouveau dans cet amphithéâtre regorgeant d'émotions pour découvrir cette délicieuse comédie anglaise. De la salle, directement, je suis la montée des marches, j'y aperçois Glenn Close, venue soutenir celui qui lui a offert l'un de ses plus beaux rôles, celui de la redoutable Madame de Merteuil des Liaisons dangereuses et... Frédéric Beigbeder, décidément très cinéphile.
Aux larmes succèdent les rires, Tamara Drewe est un enchantement spirituel et enjoué, une divagation amoureuse sautillante menée par des acteurs drôles et pétillants. La journée se clôt ainsi sur une note d'une savoureuse gaieté. Ce soir repos, aucune fête, mes pieds ne me portent plus, adieu Benicio, mais pour ce soir seulement promis...
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