Bernard Giraudeau, une fin de vie à l'ombre du cancer

le 17 juillet 2010 à 14h59 , mis à jour le 17 juillet 2010 à 15h10

Depuis qu'il avait révélé son cancer du rein en 2001, Bernard Giraudeau parlait sans tabou de la maladie qui devait l'emporter. Il s'était fait le porte-voix de la cause des malades, mais aussi d'une institution hospitalière "attaquée par les pouvoirs publics".

Bernard Giraudeau au côté du médecin David Servan-Schreiber sur un plateau de télévision (octobre 2003)Bernard Giraudeau au côté du médecin David Servan-Schreiber sur un plateau de télévision (octobre 2003) © www.abacapress.com

 
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La mort, ce samedi à l'âge 63 ans, de Bernard Giraudeau, emporté par un cancer, prend un relief qui va au-delà du monde du cinéma, car il avait brisé un tabou en décrivant son combat contre la maladie, esquissant une philosophie de l'approche de la mort. En 2001, il avait révélé être atteint d'un cancer du rein qui s'était étendu aux poumons en 2006. Depuis, il parlait ouvertement de sa lutte contre la maladie, dans la presse, à la télévision et sur internet. Il venait de longuement parler de sa maladie dans plusieurs entretiens à des médias, confiant sa lassitude des traitements.

"C'est long d'être en permanence entre les mains des médecins, des radios, des scanners. L'institut Gustave-Roussy, puis Pompidou, puis l'hôpital Tenon, puis encore Pompidou. C'est long", disait-il en mai dernier dans Libération. Il y déclarait ne plus vouloir être opéré - "j'ai déjà tellement été opéré que cela bousille" - et confiait : "J'ai deux chimios, une par perfusion et une autre par pilule, et elles m'épuisent. C'est le comble, les chimios peuvent finir par tuer le malade". Il avait subi ces dernières années l'ablation d'un rein puis une opération des poumons puis encore l'ablation de côtes.

"Les molécules ne suffiront pas, si..."

Le 30 avril, il s'était aussi longuement confié dans l'émission de Mireille Dumas Vie privée, vie publique sur France 3 au côté du médecin David Servan-Schreiber. Pâle et amaigri, d'une voix frêle marquée par la maladie, ce comédien boulimique de travail estimait que le fait d'avoir longtemps vécu en "sur-régime" n'était pas étranger à sa maladie. "Après avoir baroudé, avoir été dans une centrifugeuse sans pouvoir en sortir, à un moment donné les choses explosent, le corps s'arrête et dit stop", disait-il. "Il y en a qui s'en sortent par les drogues et puis il y a la maladie aussi, c'est une soupape alimentée par l'impuissance, la colère, les désirs et puis à un moment donné il faut que ça explose : ça a été la maladie pour moi (...) Les molécules ne suffiront pas, si on ne découvre pas en soi, ce qui a fait QUE... alors c'est un long chemin vers soi et une deuxième vie. Ce que je pourrais regretter, si je partais vite (...) c'est surtout le manque de connaissance", concluait ce bourlingueur à l'esprit curieux du monde.

Dans Cher Amour, son dernier livre lauréat du Prix Pierre Mac Orlan en 2009 et édité chez Métailié dont il était l'un des auteurs-phare, il affirmait que "la maladie sans l'amour, c'est la mort". Il y rendait hommage à ses enfants, à ses amis et sa dernière compagne, depuis une quinzaine d'années, qui le soutenait dans la maladie. Soucieux de mettre sa notoriété au service de la cause des malades, il s'était fait le porte-voix de La Maison du cancer, un site destiné à informer les patients sur la façon de vivre le cancer au quotidien. En mars à l'occasion de la Semaine nationale de lutte contre le cancer, il avait participé à l'émission On ira tous à l'hôpital où il se faisait le porte-parole des patients confrontés aux dysfonctionnements croissants de l'institution hospitalière. Il avait aussi parrainé l'Association de Recherche sur les Tumeurs du Rein (ARTuR), une association loi 1901 créée en 2005 pour soutenir et développer la recherche sur les tumeurs du rein, ainsi que pour améliorer l'information des patients et de leur famille.

Mais son expérience de l'hôpital l'avait aussi conduit à des observations sévères. "On a une médecine qui est bafouée, attaquée par les pouvoirs publics qui veulent faire des économies à tout prix. On supprime des postes, il y a de moins en moins d'oncologues, et pourtant il y a de plus en plus de malades, de plus en plus de pathologies", dénonçait-il dans Libération. Et dans certaines interviews, il prévenait les auditeurs qu'ils avaient une chance raisonnable de vivre le cancer, de faire un séjour à l'hôpital et qu'il fallait donc en parler et s'y préparer. Selon l'Institut national de veille sanitaire, l'incidence du cancer a presque doublé entre 1980 et 2005 en France. Même si la mortalité a très fortement diminué, il a y environ 150.000 décès par an.

le 17 juillet 2010 à 14:59
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5 Commentaires

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  • titi, le 18/07/2010 à 22h13

    Une lecon de vie que bernard giraudeau nous apporte

  • kryzalida, le 18/07/2010 à 14h50

    Bernard aujourd''hui on se penche sur vous. Vous faites de grands titres car vous le méritez. Mais raison vous avez quand on a cette terrible maladie et que l'Hopital ne peut suivre pour diverses raisons.Et des Maisons du Cancer il devrait il y en avoir beaucoup plus car l'amour qui vous entoure n'est pas toujours au rendez-vous............;;

  • bonscott12, le 18/07/2010 à 10h08

    Cette terrible maladie qui arrive toujours à avoir le dernier mot ! On est totalement impuissant et en colère contre cette injustice. Mais maintenant Mr Giraudeau vous allez pouvoir vous reposer en paix et nous nous délecterons de vous voir et revoir dans vos prestations. Merci l'artiste pour votre courage et votre intelligence

  • joyeux, le 18/07/2010 à 00h09

    Bravo pour son combat et merci pour cette cariere fantastique et l hommr discret qu il etait . en revoir l artiste

  • malou, le 17/07/2010 à 23h15

    Au revoir grand homme. . ! Repose en paix.

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