Jafar Panahi, en Iran, en avril 2006 © Abacapress.comJafar Panahi est un grand nom du cinéma iranien. Il a notamment reçu le Lion d'or à la Mostra de Venise en 2000 pour Le cercle et l'Ours d'argent à la Berlinale en 2006 pour Hors-jeu. Il a été primé deux fois à Cannes. Cette année, il avait été invité par le Festival à rejoindre le jury. Mais il est emprisonné à Téhéran. Lors de la cérémonie d'ouverture, les membres du jury ont gardé un fauteuil vide pour souligner son absence. Et l'actrice britannique Kristin Scott Thomas, maîtresse de cérémonie, a expliqué la raison de ce siège déserté devant environ 2000 invités réunis dans le grand auditorium Louis-Lumière du Palais des festivals. Auparavant, le cinéaste américain Tim Burton, qui préside le jury, avait demandé sa libération devant la presse.
Iran: prison pour le cinéaste Jafar Panahi, "le délit de synopsis" inventé
L'Iran a infligé une peine de 6 ans de prison au cinéaste de renommée internationale et lui a interdit de réaliser des films ou de se rendre à l'étranger pendant 20 ans, selon son avocate. Téhéran "invente le délit de synopsis", dénonce BHL.
Publié le 20/12/2010
Le festival de Cannes a souvent montré son engagement en faveur des cinéastes indépendants de la République islamique. Le film du kurde Bahman Ghobadi les Chats persans avait été lauréat du prix Un certain regard en 2009, et en 2007, le prix du jury avait été délivré à Persepolis de Marjane Satrapi. Mais le cas Jafar Panahi dépasse le monde du cinéma, puisque la France, par la voix de deux de ses ministres, Bernard Kouchner et Frédéric Mitterrand, a appelé mercredi à sa "libération immédiate", comme l'avait déjà fait Amnesty International la veille.
La chape de plomb iranienne
"Il est l'un des représentants les plus éminents du cinéma iranien et a toute sa place dans ce festival dont il avait été invité à être membre du Jury 2010", ont affirmé les deux ministres dans un communiqué commun. "Nous appelons à sa libération immédiate et nous demandons aux autorités de Téhéran de respecter le droit fondamental à la liberté d'expression et de création pour les Iraniens".
Le ministère iranien de la Culture et de la Guidance a accusé le cinéaste d'avoir "préparé un film contre le régime portant sur les événements post-électoraux", en référence aux manifestations après la réélection contestée du président Ahmadinejad en juin 2009. Dans le bras de fer qui l'oppose aux autorités de son pays, il a reçu le soutien d'artistes iraniens et de réalisateurs français ainsi que de grandes figures d'Hollywood, dont Steven Spielberg et Martin Scorsese. Son cas est emblématique, car les réalisateurs, dans ce pays, subissent une pression et doivent composer avec une censure de plus en plus en fortes, comme le soulignent des représentants du cinéma indépendant iranien. Autre réalisateur iranien qui a choisi le travail en exil, Abbas Kiarostami, en lice cette année avec Copie conforme pour la palme d'or, a ainsi vu nombre de ses films interdits en Iran dont Shirin, tourné en 2008. Selon Amnesty International, le cinéaste est actuellement détenu à la prison d'Evin, avec un autre cinéaste iranien, Mohammad Ali Shirzadi, apparemment pour avoir filmé une interview entre un défenseur des droits de l'Homme et un religieux dissident.
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