Musées : les conservateurs broient du noir

Par Florence DEMIGNY, le 10 février 2011 à 16h13 , mis à jour le 14 février 2011 à 16h02

Dans un livre blanc qui vient d'être rendu public, les conservateurs s'inquiètent de la baisse alarmante de leurs effectifs et de la diminution des moyens alloués. Un état des lieux qui devrait réveiller le ministère de la Culture.

Le musée du meuble en papier mâchéLe musée de Pont-à-Mousson abrite une très belle collection de meubles et d'objets en papier mâché ou carton bouilli. A la fin du XIXème jusque dans les années 1950, c'était une spécialité de la ville. © TF1/LCI

Dans un dizaine d'année, la moitié des conservateurs des musées français seront partis à la retraite. La moitié, c'est à dire 500 sur les mille qui officient actuellement. Le livre blanc qui a été déposé au ministère de la Culture est donc un cri d'alarme. C'est la première fois qu'un tel travail d'audit est réalisé par ces professionnels de la culture et du service public, tenus d'ordinaire par une obligation de réserve. Un métier en voie de disparition, peut être, un métier mal défendu surtout. Pour preuve, personne n'est chargé de prévoir et d'organiser une relève. Alors qui concoctera les expositions de demain avec les collections assoupies dans les réserves des 1200 musées qui maillent notre territoire ? Mystère...

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Pendant deux ans, l'Association générale  des conservateurs des Collections publiques de France, l'AGCCPF, a planché sur ce livre blanc. Premier constat, la moyenne d'âge est de 52 ans, pas tout à fait des jouvenceaux ; des conservateurs  qui pourraient d'ailleurs, "s'en balancer" selon les propres mots de Christophe Vital, président de l'association. Mais non. Pas question de se désintéresser du problème sous prétexte  qu'à 56 ans, la retraite se profile. "C'est une profession qui attire et qui le mérite. Un métier passionnant, qui ne forme que 17 professionnels par an alors qu'il en faudrait des dizaines. Nous voulons que les choses bougent, que l'Etat s'empare du dossier."

exergue Les villes de Bourges, d'Angoulême, ou encore du Mans ont cru ne jamais trouver le spécimen rare

Actuellement, c'est l'Institut National du Patrimoine qui forme les candidats conservateurs. Un cursus de dix huit mois qui suit bien souvent un doctorat ou un master en histoire de l'art, en archéologie ou en sciences. On compte deux mille candidats chaque année qui ne franchissent  pas tous le cap du concours, loin s'en faut. La profession attire mais ne s'ouvre pas suffisamment.  Les maires peinent à trouver les spécialistes qu'ils réclament. Les villes de Bourges, d'Angoulême, ou encore  Le Mans ont cru ne jamais trouver le spécimen rare, capable de protéger, d'étudier et d'enrichir leurs collections. Les exemples sont légion.

La crise des recrutements n'est pas le seul problème soulevé par le travail d'investigation mené par les conservateurs. A cela s'ajoutent des difficultés financières persistantes qui renvoient les musées vers une gestion mercantile où l'amour de l'art passe progressivement au second plan.

Aors que fait l'Etat ? Il donne de l'argent c'est vrai, mais pas assez aux petites structures : 400 millions d'euros par ans, dont  40 seulement échoient aux musées territoriaux. Tout le reste, 160 millions d'euros revient aux 40 musées nationaux et établissements publics comme Le Louvre ou Versailles. Bref, pas de quoi faire des folies lorsque l'on gère le musée d'Auxerre...  Les villes moyennes sont les premières victimes  de cette situation disparate et inégalitaire. Résultat, les gestionnaires  prennent les rênes des expositions plus que les spécialistes.

exergue Dans 99% des cas pour être précis, les expositions perdent de l'argent. Ne fait pas l'exposition Monnet qui veut.

En réalité, les tableaux, sculptures, dessins et photographies restent trop souvent dans la poussière et les crédits d'acquisition sont partout en baisse. Le mécénat ? Il chute lui aussi, la crise est passée par là. La nouvelle logique économique pousse à trouver des ressources propres  Et c'est ainsi que les conservateurs continuent de perdre du terrain, alors que ces derniers "sont là pour permettre au public d'accéder au patrimoine."

Dans leur immense majorité, dans 99% des cas pour être précis, les expositions perdent de l'argent. Ne fait pas l'exposition Monnet qui veut. Ce n'est plus un fossé mais un précipice qui sépare les grands musées des plus petits. Christophe Vital craint que certains ferment leurs portes, une autre perspective inquiétante.

Pourtant, le livre blanc n'est pas une simple suite de lamentations stériles et corporatistes. Il propose aussi des pistes pour trouver des solutions à cette crise qui agite le monde des conservateurs. Ces professionnels espèrent une augmentation des financements de l'Etat, une requête que l'on déjà entendue quelque part, mais qui souligne l'importance de travailler entre ministères de tutelles. Ces derniers se tournent pudiquement le dos : la Culture bien sûr, la Fonction publique, l'Enseignement supérieur et la Défense aussi. Une coordination qui reste à inventer pour une gestion optimale des musées.

exergue Les responsables des musées désespèrent de voir leurs collections s'abimer dans les réserves.

Autre piste, le rapport préconise la création d'une cellule chargée de se rapprocher des acteurs du tourisme car qu'il y a là un levier formidable pour améliorer la fréquentation des musées. Les passerelles sont actuellement inexistantes ou rarissimes.

Par ailleurs, les responsables des musées désespèrent de voir leurs collections s'abimer dans les réserves. Ils réclament une action de l'Etat non pas vers les vitrines mais vers les coulisses des musées. Un coup de pouce financier spécifique permettrait de sauver des trésors  cachés dans les départements et de valoriser les fonds plus que les expositions temporaires.

Et enfin, il faudrait former un nombre suffisant de conservateurs en ouvrant plus de postes aux promotions de l'Institut National du Patrimoine. Bref, regarder devant soi et non contempler le bout de ses chaussures, comme quoi, conservateur ne signifie pas forcément immobile.

Par Florence DEMIGNY le 10 février 2011 à 16:13
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2 Commentaires

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  • belialgoth, le 11/02/2011 à 14h40

    Et voilà ce qui arrive quand on passe notre pognon dans le sponsoring de concerts de rap dans les cités ou d'expositions dans les prisons; voilà où passe l'argent du Ministère de la culture aujourd'hui, messieurs-dames, sachez le!

  • f6262, le 11/02/2011 à 09h39

    La culture patit forcement du trou de la secu, des deficits publics, des retraites,,etc... On tape dans ce qui fera le moins de mal aux francais pour ne pas mettre en deroute sa reelection. Malheureusement la culture, l'education c'est notre avenir, car ca concerne nos enfants. Un peuple qui perd sa culture est voué à la disparition...

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