
Un thriller qui ne prend pas de gants avec les virus
Quelques cas de fièvre hémorragique apparaissent dans plusieurs foyers d'handicapés mentaux de Baltimore. Les services médicaux de la ville sont largués. Une enquête rapide s'impose. Le Dr. Nathaniel McCormick, spécialiste des maladies infectieuses, ne prend pas de gants (sauf en latex) pour découvrir l'origine de cette mystérieuse épidémie. Hiérarchie, confrères, policiers... en un rien de temps, il parvient à se mettre tout le monde à dos mais il n'en a cure (c'est le cas de le dire). Seuls les résultats comptent. L'auteur de ce suspense efficace, Joshua Spanogle, est chercheur en épidémiologie. On referme son livre en espérant qu'il ne s'agit que de fiction et pas d'anecdotes de travail.
Joshua Spanogle : Zone de confinement, Seuil, 526 pages, 22 euros.
"Réacs" et révolutionnaires du néolithique
Ah, l'irrésistible marche du progrès ! Il y a 10.000 ans, des hommes pestaient déjà contre ces dangereuses innovations que sont l'élevage, le port de vêtements et les maisons carrées. Sous la forme d'un récit plein d'humour (1) mais fondé sur des faits scientifiques, Jean Guilaine, professeur au Collège de France, décrit les étapes clés du Néolithique, lorsque les nomades "chasseurs-cueilleurs" se sont sédentarisés pour le meilleur (alimentation garantie, plus grand confort...) et le pire (maladies, inégalités sociales...). Au point que certains de nos ancêtres ont préféré sauter du train de la civilisation. Une lecture agréable pour apprendre en s'amusant.
Jean Guilaine : Pourquoi j'ai construit une maison carrée, Actes Sud, 334 pages, 22,80 euros.(1) Le titre est un clin d'oeil à Pourquoi j'ai mangé mon père de Roy Lewis, une comédie préhistorique sur le même thème de l'antagonisme entre progrès et tradition.
A la recherche du premier homme
Pas de fiction dans l'ouvrage signé Michel Brunet. Le nom de ce paléoanthropologue ne vous dit peut-être rien, pourtant ses découvertes ont révolutionné les connaissances sur nos origines. Abel et Toumaï, deux pré-humains dont il a exhumé les restes des sables du Tchad, ont remis en cause l'East side story, qui faisait de l'Afrique de l'Est le berceau de l'humanité, et fait reculer au-delà de 7 millions d'années le moment où l'homme et le singe se sont séparés. Le chercheur s'étend sur ses découvertes et son métier avec passion, réfutant tout hasard dans ce qu'il décrit comme "une marche rationnelle, réfléchie". Tout au long de sa réflexion, Brunet évoque les débats et controverses autour du "premier" hominidé, défend la recherche fondamentale, s'inquiète des dérives créationnistes, loue l'approche pluridisciplinaire du système scientifique français avant d'en dénoncer la lourdeur administrative. Un livre profondément humain, qui devrait susciter bien des vocations.
Michel Brunet : D'Abel à Toumaï, nomade chercheur d'os, Odile Jacob, 254 pages, 21,90 euros.
En Amazonie, avec les chercheurs
Le chant du Paypayo est le compte-rendu en cases et en bulles des six mois que Julie Blanchin, une jeune illustratrice, a passés en Guyane aux côtés de scientifiques du Cirad, de l'Inra et du CNRS. Avec pédagogie et beaucoup d'humour, Julie raconte les missions en forêt ou dans la mangrove, l'étude en laboratoire mais aussi les galères et les joies du quotidien dans ce département d'Amérique. On y apprend ainsi qu'en forêt, lorsqu'il pleut, il vaut mieux être torse nu qu'en K-Way (mais ce n'est pas simple pour une fille), que chaque spécimen de plante récolté rejoint les étagères d'un gigantesque herbier, que beaucoup de paresseux se font écraser en traversant les routes ou encore que le nom du hamburger local est le madras. Malgré un dessin parfois franchement limite, l'album séduit par son originalité.
Sylvie Blanchin : Le chant du Paypayo, Ibis rouge éditions, 112 pages, 15 euros.
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