Le Goncourt à Littell sans Littell

Par D.H. (avec agence), le 06 novembre 2006 à 13h11 , mis à jour le 06 novembre 2006 à 19h26

Evénement littéraire de la rentrée, "Les Bienveillantes" ou les confessions d'un officier SS a déjà été vendu à 250.000 exemplaires.

TF1-LCI/AFP-A.C.Poujoulat : Le romancier américain Jonathan Littell (en septembre 2006), auteur de "Les Bienveillantes", prix Goncourt 2006Le romancier américain Jonathan Littell (en septembre 2006), auteur de "Les Bienveillantes", prix Goncourt 2006 © TF1-LCI/AFP-A.C.Poujoulat

Jonathan Littell a appris la nouvelle à Barcelone, où il vit, et a tout simplement dit sa satisfaction à son éditeur qui l'a transmis aux jurés. L'Américain, qui a déjà vendu 250.000 exemplaires de son roman Les Bienveillantes (éditions Gallimard), a remporté lundi le Prix Goncourt 2006 au premier tour de scrutin. Son absence pour la remise du prix est une attitude exceptionnelle mais qui correspond à ses déclarations sur son détachement vis-à-vis des prix littéraires.

Qu'on ne s'y méprenne toutefois pas, explique l'auteur dans un petit mot lu aux jurés par son éditeur : "il souhaite que son absence ne soit pas un malentendu et encore moins une forme de mépris du jury". C'est seulement une manière de "rester en retrait". "C'est tout à son honneur de ne pas se stariser et de dire : l'isez mon livre'. Il n'y a qu'une chose à dire, c'est un très très grand livre", répond Didier Decoin, secrétaire général de l'Académie Goncourt, après le vote. La présidente du jury, Edmonde Charles-Roux, s'est pour sa part félicitée du choix de cette année : "On ne pouvait pas passer à côté d'un monument pareil. Le vote a été très définitif, comme toujours au Goncourt. Très violent : les uns pour, les autres contre, mais c'est quand même une formidable élection". 

Depuis deux mois, Littell a réservé ses discrètes apparitions publiques à des rencontres avec ses lecteurs et refusé de polémiquer avec ceux qui s'interrogent, à l'instar du cinéaste de "Shoah" Claude Lanzmann, sur la manière dont son roman peut être reçu. Claude Lanzmann estime que Littell est "fasciné par son personnage et se délecte de son abjection (...) A l'heure où les derniers témoins de la Shoah disparaissent et où s'opère le passage de la mémoire à l'Histoire, Jonathan Littell renverse les termes et insuffle à un SS, héros sans mémoire, l'Histoire comme mémoire". 

Confessions d'un SS

Le roman de Littell, de plus de 900 pages et écrit directement en français, fait grand bruit depuis la rentrée. Le romancier américain de 39 ans et parfaitement bilingue en français, y narre la confession d'un franco-allemand devenu officier SS ayant pleinement participé à la mise en œuvre du génocide perpétré sur les juifs. Max Aue, intellectuel raffiné devenu un technicien de l'horreur, décrit sans aucun remords les atrocités qu'il a commises sur le front de l'est.

Né en 1967 à New-York, Jonathan Littell est le fils du journaliste et écrivain américain Robert Littell, spécialiste du roman d'espionnage. Il a parcouru les zones de conflit pendant 15 ans pour le compte d'organisations humanitaires avant de se consacrer à la rédaction de son livre. Jonathan Littell, qui habite Barcelone, n'a jusqu'à présent donné que quelques rares interviews et s'est déclaré indifférent aux prix littéraires. Les Bienveillantes était en compétition pour les six grands prix littéraire de l'automne. Le roman a été distingué dès l'ouverture de la saison des prix, le 26 octobre dernier, par le Grand prix du roman de l'Académie française.

Série de meurtres rocambolesques

Le prix Renaudot 2006 a pour sa part été attribué lundi à Alain Mabanckou pour Mémoires de porc-épic (éditions Seuil). Alain Mabanckou l'a décroché de justesse au dixième tour, la voix du président comptant double. Dans ce roma, Alain Mabanckou parodie une légende populaire africaine selon laquelle chaque être humain possède son double animal. Il livre dans ce récit l'histoire d'un étonnant porc-épic, chargé par son alterego humain, un certain Kibandi, d'accomplir à l'aide de ses redoutables piquants toute une série de meurtres rocambolesques. Malheur aux villageois qui se retrouvent sur la route de Kibandi, car son ami porc-épic est prêt à tout pour satisfaire la folie sanguinaire de son " maître " !

Né en 1966 à Pointe-Noire (Congo), où son père est réceptionniste dans un hôtel, il est Congolais de naissance, francophone de nature et Américain d'adoption.Après des études de droit en France, il entre comme juriste à la Lyonnaise des eaux, et publie des recueil de poèmes. En 2002, Alain Mabanckou devient professeur de littérature francophone à l'université du Michigan où il enseigne en français et en anglais. Il rejoint trois ans plus tard, en octobre, la prestigieuse université de Californie-Los Angeles (UCLA).

La caméra de Denys Arcand s'invite au prix Goncourt 
Une scène du prochain film du cinéaste québécois Denys Arcand, "L'Age des ténèbres", a été tournée lundi pendant la remise des prix Goncourt et Renaudot qui avait pour cadre le restaurant Drouant à Paris. Parmi les grands-rendez-vous médiatiques de l'année, la remise de ces deux célèbres prix attire dans ce haut-lieu parisien plusieurs dizaines de journalistes, photographes et caméramen jouant souvent des coudes pour les meilleures places. Denys Arcand ("Le Déclin de l'empire américain", "Jésus de Montréal", "Les invasions barbares") a souhaité profiter de cette ambiance survoltée et fébrile pour tourner quelques plans, notamment celui où Bernard Pivot, propulsé pour l'occasion porte-parole du Goncourt, remet le prestigieux prix au personnage principal de "L'Age des ténèbres" interprété par le comédien canadien Marc Labrèche. Retenu à Montréal où le montage a commencé, le cinéaste n'était cependant pas présent pour cette scène, confiée à son assistant-réalisateur.

Par D.H. (avec agence) le 06 novembre 2006 à 13:11
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8 Commentaires

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  • Had, le 07/11/2006 à 08h28

    Je précise avoir lu 'holocauste' et le film de Marvin Chomsky :avec cet ensemble on avait montré les limites du supportable ;Littell est allé encore un peu plus loin !

  • Had, le 07/11/2006 à 08h19

    Je ne juge pas ,c'est un grand écrivain et moi-même serais incapable d'entraîner un lecteur dans le rêve .Mais je ne le lirai pas car l'horreur de la guerre je connais par l'expérience de ma famille et belle-famille ,les camps je connais dans le détail .Nous sommes dans une société de voyeurisme ,de l'absolu dans l'indiscrétion ,du jusqu'au boutisme ,de la connaissance de tout pour prouver sa propre existence ,l'indécence dans l'expérience ,absolument tout tenter ,tout essayer d'ailleurs on devrait donner l'absolution à ces jeunes trublions qui ont incendié le bus de marseille car ils ont forcèment une excuse !Savoir pour mieux pardonner !jusqu'ou peut -on aller ?Sans doute y-aura-t-il bcp de questions à se poser après la lecture d'un tel ouvrage et le côté positif de cette lecture sera sûrement l'analyse qu'on en fera !Je refuse une relecture de l'inacceptable !Cette atroce dualité entre le raffinement et l'indicible de l'horreur absolue !

  • Veronique, le 06/11/2006 à 22h58

    Question: va-t-on maintenant lui donner cette nationalité française qu'on lui a refusé DEUX fois ? Peut-être maintenant n'en veut-il plus. Je n'y comprends rien à la France qui accueille tous ces clandestins à renfort d'aides diverses mais refuse la nationalité à un intellectuel francophile... (publiera-t-on mon commentaire cette fois-ci ?)

  • RODERIC, le 06/11/2006 à 20h06

    N'en déplaise à Max,mais par exemple, "de Goupil à Margot" de Pergaud n'était pas un paquet de lessive.Et puis si certains prix sont tombés dans l'oubli, d'autres font partie de notre patrimoine je lui conseille de relire la collection complète de "Oui Oui".

  • Max, le 06/11/2006 à 20h03

    Pour Melinda: Le but de mon propos n'était absolument pas de critiquer le livre de cet auteur. Je n'ai pas lu son livre et je n'ai rien contre lui ! Il s'agit là de balayer d'un revers de main ces pseudos critiques littéraires (auteurs ratés ?) et leurs prix 'en chocolat' qu'ils n'attribuent que par intérêt (corruption) ou par ignorance. D'une manière générale, mon propos ne visait qu'à porter ce message: Ne vous laissez pas imposer vos gouts !

  • Bayonne-castador, le 06/11/2006 à 17h48

    Informer la rédaction que le prix renaudaud n'est pas un franco-sénégalais mais tout simplement un congolais; il s'appelle Alain MABANKOU

  • Melinda, le 06/11/2006 à 17h04

    Le roman de Littel est remarquable, je suis ravie qu'il ait eu ce prix mérité. N'en déplaise à Max et à ceux qui comme lui critique un roman qu'il n'ont même pas lu! (bon je sais, il fait 900 pages, mais il faut avoir l'honneteté intellectuelle de le lire, avant d'en dire du mal)

  • Max, le 06/11/2006 à 15h25

    ON S'EN FOUT ! Les prix littéraires ne sont que de la pub pour paquets de lessive ! Tous ces gens qui se croient autorisés à attribuer les bons et les mauvais points sont incompétants et corrompus.. Aucun intérêt que tout ce bruit..

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