Plongée dans l'univers sanglant de Cosa Nostra

Par Matthieu DURAND, le 12 mars 2007 à 07h00 , mis à jour le 09 mars 2007 à 18h32

Un livre aussi prenant qu'un polar raconte l'histoire de la mafia sicilienne, loin de la vision "romantique" de Hollywood. Une organisation qui a su profiter des insuffisances de l'Etat italien.

TF1-LCI mafiosiMafiosi lors du maxi-procès de 1986, en Sicile. © Hodder Headline/"Cosa Nostra" (Buchet-Chastel)

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Voici un livre que vous n'allez pas refuser de lire... Cosa Nostra, du Britannique John Dickie (1), est une passionnante plongée dans l'histoire de la mafia sicilienne, du 19e siècle à nos jours. Un livre d'Histoire, érudit, précis, qui fait la part belle aux histoires, souvent sanglantes, et qui se lit comme un polar.

Du Parrain aux Sopranos, en passant par Les Affranchis ou Mafia Blues, les œuvres de fiction présentent les hommes d'honneur comme des bandits au grand cœur, respectueux des valeurs familiales et capables de la plus implacable violence. Leurs destins romancés, riches en rêves assouvis et en drames cruels, fascinent le public. Pour tordre le cou à cette imagerie romantique, John Dickie, spécialiste de la civilisation italienne au University College of London, commence son ouvrage en plongeant le lecteur dans l'horreur : il dresse le portrait de Giovanni Brusca, un mafioso surnommé "l'égorgeur de chrétiens".

Brusca est celui qui, en mai 1992, a déclenché la bombe dans l'attentat qui a coûté la vie au juge anti-mafia Giovanni Falcone. Aux policiers qui l'ont arrêté en mai 1996, il a déclaré avoir tué "bien plus de cent personnes, mais moins de deux cents". Il a notamment ordonné de faire étrangler un garçon de 14 ans, le fils d'un de ses amis qui avait collaboré avec la justice, puis de faire dissoudre son corps dans l'acide. "Du point de vue de Cosa Nostra", écrit Dickie, les agissements des hommes tels que Brusca "ne sont incompatibles ni avec le code d'honneur ni avec le fait d'être mari et père".

Violences et secrets

Ce sont la vie et les agissements de tels hommes qui permettent de mieux comprendre ce qu'est la mafia. Car l'organisation cultive le secret. Dickie parvient toutefois à en décrire les rites, les codes et le fonctionnement sur la base des rapports de justice et de témoignages de repentis. On apprend ainsi que la mafia s'est développée à la fin du 19e siècle, dans les riches plantations d'agrumes de la région de Palerme, profitant des insuffisances du jeune Etat italien.

"La mafia sicilienne n'est pas en elle-même dangereuse et invincible. Elle l'est parce qu'elle constitue un instrument de gouvernement local". Des propos émis par le député sicilien Diego Tajani... en 1875 ! Profitant de la faiblesse chronique des institutions, la mafia s'est érigée en Etat dans l'Etat : elle bénéficie d'appuis — volontaires ou forcés — dans toutes les couches de la société.

Cosa Nostra en 2007

Expansion au Etats-Unis, alliances politiques (avec la Démocratie Chrétienne pendant de nombreuses années, la question se posant aujourd'hui pour Forza Italia), développement du marché de la drogue, main mise sur l'économie locale, attaques contre les institutions, résistance des citoyens, guerres entre familles mafieuses... autant de sujets abordés dans ce livre captivant sans jamais que la thèse universitaire prenne le pas sur le style, alerte, et l'attention accordée à l'humain.

Avec l'arrestation, le 11 avril dernier en Sicile, de Bernardo Provenzano, le chef de la mafia en cavale depuis 43 ans, puis de centaines de ses partisans, assiste-t-on à la fin d'une époque ? Certainement. A la fin de Cosa Nostra ? Moins sûr. "L'organisation compte actuellement 5000 membres dans ses rangs", précise John Dickie à LCI.fr. Un juge anti-mafia lui a indiqué que 10 à 15% de la population sicilienne soutient la mafia, autant s'y oppose ouvertement et la grande majorité tente de vivre avec. Dickie refuse tout fatalisme : "Il y a des signes d'espoir — Rita Borsellino, la sœur d'un juge anti-mafia abattu, a obtenu 42% des votes aux dernières élections régionales — mais aussi, c'est vrai, beaucoup de raisons d'être pessimiste, surtout tant que l'Italie ne bénéficiera pas d'un Etat fort, juste et démocratique".

Guerre des clans à Catane

Dans un autre genre, celui du polar teinté d'humour, le Sicilien Ottavio Capellani propose avec Qui est Lou Sciortino ? (éditions Métaillié) une vision décapante des mafiosi des deux côtés de l'Atlantique. Lorsque le petit-fils d'un parrain américain retourne en Sicile, il rencontre une brochette de personnages bien barrés, m'as-tu vu, vulgaires, forts en gueule. Et quand un crime est commis sur le territoire d'une famigghia de Catane, la situation dégénère bien vite entre clans. Comme l'explique le vieux Don Sciortino, "nous sommes un organisme vivant et, comme tous les organismes vivants, on doit de temps en temps perdre des cellules pour se régénérer. Maintenant il s'agit de décider quelles cellules nous devons perdre, putain !". Un livre truculent, plein de vie... et de quelques morts aussi.

(1) John Dickie : Cosa Nostra, L'histoire de la mafia sicilienne de 1860 à nos jours, éditions Buchet-Chastel, 496 pages, 25 euros.

Par Matthieu DURAND le 12 mars 2007 à 07:00
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3 Commentaires

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  • Laurent, le 12/03/2007 à 23h14

    Pas besoin d'aller en PACA pour voir l'oeuvre de la Mafia. Paris regorge de rapports politico-mafieux. Les pots de vins et la corruption lors des appels d'offres dans l'immobilier, c'est de la mafia. La plupart des gros établissements de nuit de Paris, discothèques, pubs, etc... sont tenus par des mafieux. Sans parler de Pigalle, dont tout est géré par la mafia. Mafia italienne ou pas d'ailleurs; il y'a des mafias de nationalités différentes, mais toujours cousine de sang de leur maman sicilienne. Et vue que le traffic de drogue, d'armes et d'êtres humains est en pleine expansion en France, il est évident que la corruption de politiques et de policiers est fréquente. Mais bien sûr, défense d'en parler, ou même de le comprendre! Tout le monde sait bien que la mafia, c'est en Italien, en Albanie ou en Roumanie...jamais en France. A force de répéter comme des abrutis qu'on vit dans le plus merveilleux pays au monde, on en vient à le penser réellement. ;-) Et dans le pays des gentils bisounours débiles, il n'y a pas de mafia, bien sûr.

  • Cedric, le 12/03/2007 à 17h50

    Alors ecrivez Paul, vous semblez être au courant.

  • Paul, le 12/03/2007 à 11h45

    Et la mafia en France, notamment en Paca ? Il y aurait beaucoup à raconter sur le sujet

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