Et si l'homme disparaissait de la Terre ?

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND, le 22 mai 2007 à 07h00 , mis à jour le 23 mai 2007 à 11h07

Interview Le journaliste américain Alan Weisman évoque dans un livre ce qui arriverait si la planète était débarrassée des hommes. Une formidable enquête qui fait froid dans le dos.

TF1-LCI livreDans 'Homo Disparitus' (Flammarion), le journaliste américain Alan Weisman enquête sur ce qui arriverait si l'homme disparaissait de la surface de la Terre. © Flammarion

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LCI.fr : Lors de votre enquête, qu'est-ce qui vous a le plus marqué : le fait que les traces de la présence humaine disparaîtraient aussi rapidement ou que l'impact de l'homme sur la nature (radioactivité, matières plastiques...) durerait des centaines d'années ?

Alan Weisman : Les deux m'ont autant choqué. C'est pourquoi mon livre passe sans cesse d'exemples où la nature se précipiterait pour combler les espaces abandonnés par l'homme à des exemples où certaines de nos créations, parfois affreuses et effrayantes, parfois magnifiques, dureront bien plus longtemps que nous, des millions d'années pour certaines. Cela m'a fait prendre conscience à quel point sont fragiles nos plus grandes réalisations. Mais en même temps, je suis émerveillé de voir avec quelle ingéniosité, et parfois sans sagesse, nous avons conçu certains matériaux pour durer au-delà de toute prédiction.

LCI.fr : Certains des paradis terrestres pour la faune et la flore sont des zones où la présence de l'homme est devenue impossible, du fait de leur radioactivité ou de conflits. Qu'est-ce que cela vous inspire ? 

A. W. : C'est la douche froide. Au Nicaragua, pendant la guerre civile, dans les années 80, la côte Miskito a pu reconstituer ses ressources (bois, homards et crevettes) car toute exploitation y était impossible. Autre exemple : la Zone coréenne démilitarisée [DMZ en anglais, NDLR] est aujourd'hui un des endroits d'Asie les plus capitaux pour la préservation de la vie sauvage, même si c'est accidentel.

Quant à la contamination, deux scientifiques dont je cite les travaux, Robert Baker (Texas Tech University) et Ronald Chesser (University of Georgia), ont un jour été interrogés par la télévision ukrainienne sur l'impact de l'explosion de Tchernobyl sur l'environnement local. A la grande surprise du journaliste, ils ont indiqué que cela avait abouti à une grande amélioration simplement parce que la biodiversité est beaucoup plus importante dans la zone radioactive évacuée qu'en dehors, où vivent encore des gens.

LCI.fr : Pour éviter un désastre écologique majeur, vous évoquez comme solution la limitation des naissances à un enfant par famille. Mais cela reste très hypothétique, surtout à court terme. Quelles sont les autres possibilités pour vivre harmonieusement avec notre planète ?

"D'une façon ou
d'une autre, la
population
humaine va
s'effondrer"
A. W. : Le contrôle des naissances peut sembler hypothétique mais il deviendra une réalité tôt ou tard car il y a trop d'humains sur la planète par rapport aux ressources disponibles et aux dommages que nous provoquons sur le sol, l'eau et l'air. D'une façon ou d'une autre, la population humaine va s'effondrer : la question est de savoir si nous contrôlons ce phénomène ou si nous laissons la nature s'en charger. Le contrôle des naissances est l'avancée la plus rapide et la plus efficace pour réduire notre impact sur la planète.

Sinon, j'ai longtemps pensé que pour résoudre le plus rapidement nos problèmes de contamination et de réchauffement atmosphérique, il faudrait mettre au point une façon de produire de l'énergie qui soit propre, bon marché, abondante et qui produise zéro carbone. Mais il est possible que cela reste au-delà de nos capacités. Donc plus nous économisons l'énergie, plus nous gagnons du temps pour réduire notre taux de natalité et pour trouver des technologies plus propres.

LCI.fr : Pensez-vous que l'homme soit un parasite ou une maladie dont la Terre finira par se débarrasser ?

A. W. : Je ne nous vois pas comme une maladie, nous sommes une espèce qui a autant le droit d‘avoir sa place sur la planète que d'autres, tout comme les parasites.

Le problème, c'est que grâce à nos compétences agricoles et médicales, notre population s'est accrue hors de toute proportion par rapport au reste des êtres vivants sur la planète. C'est déjà arrivé localement à d'autres espèces et cela s'est toujours terminé par une extinction. Heureusement, nous avons le don de pouvoir prédire les conséquences de nos actes. Nous avons donc la chance de pouvoir nous atteler à ce problème avant qu'il soit trop tard. J'espère que nous le ferons avant que la nature le fasse pour nous.

LCI.fr : L'opinion publique n'a jamais été aussi concernée par les questions environnementales. Après vos rencontres avec de nombreux experts, pensez-vous que le pire puisse encore être évité ?

A. W. : Oui mais il y a deux façons très différentes de répondre à votre question. Premièrement, la planète a dû faire face à des désastres écologiques bien pires que celui actuellement causé par les humains. L'extinction permienne par exemple, a détruit presque 90% de la vie sur Terre il y a 250 millions d'années. Et chaque fois, la vie a jailli de nouveau, de manière encore plus magnifique qu'auparavant. Donc la nature nous survivra et refleurira. La deuxième réponse requiert de considérer l'importance des destructions environnementales que nous pouvons éviter si les humains restent sur la planète. Les experts à qui j'ai parlés sont d'accord pour dire que [pour éviter le pire], nous devrons franchir un pas sans précédent dans l'histoire de l'Humanité.

Alan Weisman : Homo Disparitus (Flammarion), 398 pages, 19,90 euros. Une enquête passionnante qui emmène le lecteur des souterrains new-yorkais à Tchernobyl, en passant par le Kenya et les Corées. Autant d'exemples concrets qui permettent à l'auteur d'expliquer la fragilité de la présence humaine et parfois aussi, son impact durable.

Par Propos recueillis par Matthieu DURAND le 22 mai 2007 à 07:00
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28 Commentaires

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  • Kitty2009, le 08/09/2009 à 10h46

    Science sans conscience n'est que ruine de l'âme. Voilà le pb pour les matériaux qui perdurent ! Vivre sans conscience, c'est là qu'est le problème de l'homme, de la pollution et de la surpopulation. L'enfant unique n'est pas une politique censée car s'il y a une sélection "humaine". Nous nous retrouverons avec un déséquilibre démographique au niveau mondial et pas qu'en Chine (où il y a beaucoup plus de garçons que de filles). Et là ce sera réellement la catastrophe. Il s'agit d'éduquer tout le monde, réellement, et les pauvres, notamment, et vous verrez que la population se réduira naturellement, toutes les statistiques le montrent, plus le niveau d'éducation est élevé, moins le nombre d'enfants est grand, et plus ils arrivent "tard", ce qui est plus adéquat avec l'allongement de la durée de la vie dans la plupart des pays. Pour apprendre à vivre correctement dans notre monde, il faut plus de temps, c'est normal, et pas un "gaspillage" de notre temps sur Terre. L'éducation, pas seulement scolaire mais celle du savoir-vivre en société, réduit tous les comportements à risques. En bref, il s'agit d'élever le niveau intellectuel dans le monde entier de l'être humain pour qu'il vive plus de raison et moins de pulsion. Notre propre survie en tant qu'espère en dépend.

  • José, le 24/05/2007 à 13h13

    C'est un processus normal et inéluctable et on n'y peut rien. Les catastrophes naturelles sont là pour en attester ( comètes, volcans... ).Mais nous avons entrepris un processus accélérateur en exploitant et en polluant notre planète. Un bon " nettoyage " lui sera salutaire. Vive les races en devenir !

  • Adel, le 24/05/2007 à 12h44

    Il y a 40 ans au collège lorsque j'appris que le ministre Debré voulait une France à 100 millions d'habitants ,j'avais déjà trouvé cette idée monstrueusement idiote: être nombreux pourquoi faire? et avec quelles conséquences? limiter les naissances à un enfant par famille: une utopie qui table sur un homme doué de raison.la réduction du nommbre d'humains se fera plutôt sous la contrainte écologique dans la souffrance .

  • Matra, le 24/05/2007 à 09h23

    Je n'ai pas de compétences particulières, mais il y a déjà bien longtemps que je me pose cette question de la limitation des naissances. Pourtant si l'on considère le plaisir dans l'acte d'amour comme une fonction incitative à procréer, alors il y a peut être une explication à cette surmultiplication des êtres humains. Le but de notre existence pourrait être la colonisation de l'Univers, mais pourquoi?

  • Mickey, le 24/05/2007 à 04h04

    Si l'homme disparaissait de la terre .......... ca sauverait la planete

  • Thierry, le 23/05/2007 à 22h31

    L'homme est le cancer de la planète nous nous multiplions comme lui et quand nous aurons infecté définitivement cette cellule qu'est la terre alors tout sera fini.

  • Dominique, le 23/05/2007 à 21h06

    L'homme s'auto détruira! les dinosaures ont bien disparu d"un seul coup. il faudrait que cele fasse pareil pour les humains.

  • C, le 23/05/2007 à 20h27

    Qu'en disent nos valeureux hommes politiques qui ne jurent que par croissance et par taux de natalité élevé pour venir à bout des difficultés économiques que nous vivons? Serait-ce une preuve supplémentaire que les promesses tenues il y à quelques jours n'engageront une fois de plus que ceux qui y ont cru?

  • Sweetshadow, le 23/05/2007 à 19h49

    Cet article m'a passionnée et m'a rappelé une anecdote vieille d'environ 36 ans (j'étais en 3ème et je vais sur mes 50ans). Je ne me souviens plus du point de départ mais nous en étions venu à débattre de la survie de l'humanité. Un garçon de ma classe nommé André C. qui se reconnaitra peut-être s'il vient à me lire, et qui est devenu pharmacien a choqué tout le monde en disant qu'il faudrait une 3ème guerre mondiale qui bien évidemment serait atomique. Nous avons été horrifiés par cette déclaration monstrueuse et il nous a exposé ses arguments avec beaucoup de courage et de maturité et je retrouve ceux-ci dans ce livre: nous sommes en passe de devenir beaucoup trop nombreux sur terre et sans souhaiter bien entendu une guerre mondiale atomique ou non il faut regarder le problème de l'expantion démographique avec lucidité: la médecine fait de plus en plus de progrès, les gens vivent de plus en plus vieux, la mortalité infantile si elle est toujours trop importante dans certains pays ira certainement en diminuant dans les décenies à venir (il suffit de voir l'exemple de l'Europe).

  • Julien, le 23/05/2007 à 17h01

    Vous semblez tous considérer l'être humain comme LE MAL de la planète. Allez donc vous pendre ça fera des êtres humains en moins et si l'on suit votre raisonnement se ne sera pas une grande perte mais plutôt un bienfait pour la planète. Sérieux faut arrêter un peu de dénigrer sa propre espèce comme ça.

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