© sxc.huCette semaine encore, découvrez quelques ouvrages à emporter dans votre valise :
Il balance, l'Apulée !
Pauvre Lucius ! Transformé en âne après une opération de sorcellerie ratée, il va subir mille tourments au contact de ses maîtres successifs (brigands, paysans, travelos...) mais il sera aussi le témoin ou l'auditeur de mille histoires. Pour notre plus grand bonheur. Ecrit par Apulée au IIe siècle de notre ère, Les Métamorphoses ou l'Ane d'or ressort dans une traduction moderne. Raison de plus pour se plonger dans ce formidable roman à la fois paillard et poétique, empreint d'humour et d'érotisme, toujours riche en rebondissements. Emballé, Flaubert l'a qualifié de "chef-d'œuvre" qui "sent l'encens et l'urine".
Heureuse coïncidence : La Métamorphose de Lucius, l'adaptation en BD de L'Ane d'or, fait aussi l'objet d'une nouvelle édition. Un album signé Milo Manara, le maître de la BD érotique. Et il s'en donne à cœur joie. Les personnages prennent vie - et vices - dans une ambiance qui évoque le Satyricon de Fellini. Splendide et sulfureux. MD
Apulée : Les Métamorphoses ou l'Ane d'or, texte bilingue, éditions Les Belles Lettres, 526 pages, 19 euros.
Milo Manara : La Métamorphose de Lucius, éditions Les Humanoïdes Associés, 56 pages, 13,90 euros.
Leçon de philo chez la concierge
Dans cet immeuble cossu du 7 boulevard de Grenelle, tout le monde ou presque ignore que la concierge sagement installée dans sa loge du rez-de-chaussée lit Kierkegaard et se passionne pour le cinéma japonais. Deux personnages réussiront à percer son secret et à lier avec elle une solide amitié loin des préjugés et des apparences. Derrière les rideaux à fleurs de sa loge, Renée, la gardienne atypique, leur livre une belle leçon de vie. Un véritable sauvetage pour Paloma, adolescente de 12 ans, fan de mangas et persuadée de la vacuité de l'existence des adultes. Le livre est construit sur les confessions de ces deux femmes qui nous livrent avec humour et impertinence les détails de la vie des habitants de l'immeuble. Un deuxième roman piquant et plein d'humanité à lire sans tarder. SM
Muriel Barbery, L'élégance du hérisson, éditions Gallimard, 19 euros.
Randonnée dans les plis de l'Humanité
Un livre très personnel qui permet de vivre l'intensité des procès d'assises. Ce qu'on ne dit pas forcément, ce qu'on a pas le temps de raconter mais qui donne tout son sens à un verdict. La justice est avant tout une oeuvre humaine et la suivre, dit l'auteur, "c'est partir en randonnée dans les plis de l'humanité". On ne saurait mieux dire. Laure Debreuil, TF1 (voir son blog)
Dans le ventre de la Justice, Pascale Robert-Diard, éditions Perrin
Le plaisir de tuer
Le titre est trompeur : ne pas s'y fier. Ce livre raconte l'itinéraire d'un psychiatre, expert auprès des tribunaux. Amené à cotoyer les plus grands criminels, il nous fait découvrir la démarche qui permet de comprendre un criminel, non pas pour l'excuser mais pour décrypter ce qui a pu le pousser à agir ainsi. Laure Debreuil, TF1 (voir son blog)
Le Plaisir de tuer, Michel Dubec et Chantal de Rudder, éditions du Seuil
Amour, quand tu nous tiens...
Dans le jardin du Luxembourg, Harry, peintre de son état, est hypnotisé par l'apparition rousse d'Etel, étudiante en art ambitieuse, promise à une carrière de mannequin international. Dans une soirée de «Speed dating», Clara, âme ouverte au cœur tendre, expérimente le coup de foudre, à la vision de Dov, journaliste ennemi des relations à long terme. Ces quatre personnages, Alizah Séroussi, détentrice d'un Master de littérature en Sorbonne, nous invite à les suivre, sur le chemin tortueux de la quête d'amour, ses lâchetés, ses beaux gestes, ses coups d'éclats, ses abandons, ses étreintes et ses baisers. S'abandonner à la rythmique des mots de l'auteur, à son sens aiguisé de l'observation humaine, à la fois primesautier et inspiré, sera le gage d'une belle rencontre littéraire, tout en tendresse et finesse, pour un livre bien dans son temps. LI
Alizah Séroussi : Des cadences, Publibook, 132 pages, 16 euros.
Riez à en perdre Allen
Cinéaste accompli, Woody Allen est resté un virtuose de l'humour. La preuve avec L'Erreur est humaine. En 18 nouvelles, souvent concoctées à partir de faits réels, il brosse une galerie de personnages plus ou moins tordus confrontés à des situations absurdes : un enfant refusé à une école maternelle, des travaux qui dérapent, un enlèvement pour cause de ressemblance avec une star, un essai de vêtements odorants... Les formules claquent et font mouche : "Au procès, Stubbs a choisi d'assumer lui-même sa propre défense (...) Toutefois, il n'a pas réussi à se mettre d'accord sur les honoraires". Hilarant. MD
Woody Allen : L'Erreur est humaine, Flammarion, 254 pages, 19,90 euros.
Jeunisme «fashiste»
Octave est «talent scout», métier qui consiste à trouver, pour une agence de mannequins, la perle rare, celle à qui les femmes du monde entier voudront ressembler demain. Direction la Russie, où le quadra à l'embarras du choix, butinant de belle en belle, sans oublier de se satisfaire au passage. Sa quête désabusée de la perfection l'entraînera dans les bras de Lena, étudiante de 14 ans, sa «dernière chance», son «châtiment», à qui il succombera «comme on écoute une sentence», jusqu'à la chute fatale. Avec ses filles kleenex sacrifiée sur l'autel du jeunisme outrancier, l'auteur de 99 francs et de Windows of the World livre une réflexion cynique sur le désir masculin et la dictature de la beauté. Un roman dans l'air du temps qui fait mouche, à défaut d'être profond. LI
Frédéric Beigbeder : Au secours pardon, Grasset, 318 pages, 19,90 euros.
Divorcées et fières de l'être
Sylvie a tout pour être heureuse. La jeune femme travaille dans le milieu de la mode et fréquente l'entourage de Lauren, une riche new-yorkaise, récemment divorcée. Fraîchement mariée à un producteur de télé attentionné, son union avec Hunter ressemble à la publicité du parfum Eternity de Calvin Klein, son rêve absolu. Et pourtant, la voilà qui doute : qui est cette Sofia qui convoite son époux ? Pourquoi ces incohérences dans son emploi du temps ? Sylvie va-t-elle rejoindre le cercle ultra sélect des jeunes divorcées sans complexes, la dernière tendance du moment chez les héritières friquées de Manhattan ? Dans cette romance, à l'humour grinçant, la papesse de la "chick litt" croque ses fashion-victims frivoles, à grands coups de pinceaux à l'eau de rose. Brand dropping, références hyper smart et observations finaudes sur les rapports hommes-femmes raviront les fans du premier livre de l'auteur, Blonde Attitude. LI
Plum Sykes : Débutantes divorcées, Fleuve noir, 300 pages, 18,50 euros.
Rencontre avec une sorcière
Depuis son plus jeune âge, Sherin Khalil est différente. Petite fille, elle surprend ses parents adoptifs, de riches industriels libanais, en leur racontant ses visions. Jeune fille libre, elle se marie sur les bancs de la fac contre l'avis de ses parents et donne naissance à un enfant. Vient ensuite la rupture : divorce, excommunication et expérimentation de pratiques ésotériques. Poussée par des forces qui la dépassent, Sherin, alias Athéna, se rend en Roumanie pour rencontrer sa mère de sang. Partout où elle passe, elle exerce une étrange fascination. Ses danses jusqu'à la transe fascinent, ses pouvoirs de guérison intriguent. Mais qui est-elle vraiment? Vierge, sorcière, martyre ou simplement folle? Le récit de Paulo Coehlo, construit comme un contre-rendu d'enquête nous met sur les pas de ce personnage énigmatique. SM
Paulo Coelho: La sorcière de Portobello, éditions Flammarion, 381 pages, 18,50 euros.
La Renaissance au féminin
Nous sommes en 1521. François Ier gouverne depuis bientôt 7 ans. En guerre contre Charles Quint, le roi d'Espagne allié aux Anglais, le roi de France subit revers sur revers, jusqu'à son emprisonnement, à Pavie, en 1525. Sa mère, Louise de Savoie, manœuvre en coulisses pour mettre fin à la reconquête italienne et abattre le connétable de France accusé de pactiser avec l'ennemi. Dès les premières lignes de l'ouvrage dévorées, résonnent à l'oreille du lecteur la voix suave et complice de Franck Ferrand, historien et chroniqueur sur Europe 1, passé maître dans l'art de narrer la grande histoire, sans pour autant dédaigner les anecdotes révélatrices de leur temps, cette petite histoire qu'il fait revivre, en restituant les fragrances de l'air d'antan. C'est ainsi que Franck Ferrand nous passionne. En nous entraînant, à sa suite, dans les couloirs des palais où le sort s'acharne sur l'existence des puissants. Sa plume s'attardant sur les plis des tapisseries murales, bruissant des échos des intrigues royales ou sur l'éclat des colifichets de ces dames, héroïnes auxquelles sa saga rend un hommage vibrant. LI
Franck Ferrand : La Régente noire, tome 1 du cycle de La Cour des Dames, Flammarion, 336 pages, 21 euros.
Les affres du carré V.I.P.
Etouffant dans un travail qui l'ennuie, harcelée par un chef ringard, Beth partage son temps entre Pénélope, sa meilleure amie, son oncle Will et son compagnon Simon, sans oublier Millington, son yorkshire allergique. Côté cœur, le calme plat. Sur un coup de tête, Beth craque et démissionne. Son nouveau boulot dans une boite de communication lui ouvrira les portes des soirées V.I.P où les beautiful fashionistas anorexiques et autocentrés s'étourdissent à coup d'alcool, de cocaïne, de cigarettes, de décibels et de sexe. Léger comme une bulle de champagne, distrayant comme les potins d'un magazine people et aussi prise de tête qu'un programme de télé-réalité, ce roman qui vient de (re)sortir en format poche se glissera aussi aisément dans votre sac de plage qu'il rafraîchira vos neurones exténuées par le dur labeur de l'année. Un bon moment de détente en perspective permettant de découvrir le milieu de la jet-set new-yorkaise, les coulisses des sociétés organisatrices d'événements, de même qu'une galerie de personnages des plus déjantés. Idéal pour ceux et celles qui ont craqué pour le premier roman de l'auteur, Le Diable s'habille en Prada, récemment adapté au cinéma avec Meryl Streep. LI
Lauren Weisberger : People or not people, Editions Pocket, 512 pages, 7,10 euros.
Mort à Palerme
Tancredi s'est enfermé dans les toilettes. Dans le salon, sa mère sanglote, sa grand-mère se lamente et son grand-père, bah, il ne dit rien ! Personne ne dit rien d'ailleurs, et les policiers s'arrachent les cheveux. Car, dans le salon, le père de Tancredi, il est mort. En dire plus serait un crime. Avec Fils de personne, Roberto Alajmo, écrivain et journaliste sicilien, nous plonge dans l'intimité d'une famille palermitaine frappée par le sort. Il y aurait de quoi plomber l'ambiance mais ce n'est pas le genre de l'auteur. De son style si particulier, sobre mais plein d'empathie et d'humour, il brosse des personnages hauts et en couleurs et transforme un drame sordide en comédie à l'italienne. Parce que la mort, en Sicile, on vit avec. On s'en arrange. En famille. Un petit bijou de noirceur. MD
Roberto Alajmo : Fils de personne, éditions Rivages, 211 pages, 20 euros.
Des épices et des mots
Tréma, circonflexe, grave, aigu, tildé... Du jour au lendemain, les accents ont disparu. Notre périple commence ici pour tenter de les retrouver. Au côté de Jeanne, notre guide, nous embarquons pour un voyage poétique peuplé de mots et d'épices, où nos compagnons d'infortune souffrent ne plus pouvoir accentuer leurs phrases. Parviendrons-nous par delà les frontières de l'Himalaya, au pays des accents? La jeune fille à La Princesse de Clèves réussira-t-elle à faire réaccentuer son livre-culte? Après La grammaire est une chanson douce et Les Chevaliers du subjonctif, Erik Orsenna s'attaque aux accents dans son dernier ouvrage. Meilleur allié des épices dans son histoire, les accents en partagent la vertu : donner du goût à notre existence. SM
Erik Orsenna : La révolte des accents, éditions Stock, 136 pages, 13,50 euros.
La mémoire dans l'appât
Après un accident qui l'a privé d'une partie de sa mémoire, Stoney Calhoun a refait sa vie dans trou perdu du Maine : il vend des articles de pêche. Quand un riche gogo lui demande de lui servir de guide pour aller taquiner la truite, il préfère refiler la perspective d'un beau pourboire à Lyle, son jeune collègue. Il est comme ça, Calhoun, il préfère la tranquillité. Mais cela ne va pas durer car ni Lyle, ni le client ne réapparaissent après leur journée de pêche. Calhoun va donc mener sa petite enquête et redécouvrir une partie de son passé. On se laisse facilement emporté par cette Dérive sanglante, d'autant que les personnages sont bien campés et le suspense habilement distillé. MD
William G. Tapply : Dérive sanglante, éditions Gallmeister, 268 pages, 22,90 euros.
Découvrez d'autres bons ouvrages la semaine prochaine.
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