Portrait de l'amant de mon ex'

Par , le 27 août 2007 à 06h18 , mis à jour le 27 août 2007 à 08h11

Chronique - Naviguant entre portrait et chronique parisienne, Pension alimentaire d'Eric Neuhoff raconte les relations germanopratines entre un mari et celui qui lui succède dans le lit de son épouse.

Eric Neuhoff (Albin Michel)Eric Neuhoff © Albin Michel

Albin MichelPension alimentaire,
Eric Neuhoff
,
Albin Michel,
roman, 134 pp., 12,50 euros

Pension alimentaire n'est pas l'histoire d'un divorce. Pension alimentaire est le portrait d'un compagnon d'infortune, Pierre Maurin. Moins qu'un compagnon, ce Pierre est une compagnie, subie par le narrateur. Pierre Maurin, hier, ami du couple. Aujourd'hui, amant de l'ex-épouse, Camille dont on ne connaîtra rien à l'exception d'un don pathologique pour l'envoi de sms vindicatifs. Du narrateur, on n'en saura guère plus. Bien moins au final que sur le vrai héros, Pierre, publicitaire renommé, dont le narrateur fait le procès 130 pages durant : "un seigneur des bars à putes", "un ivrogne tiré à quatre épingles", "monsieur Vingt-briques-par-mois".

Malgré cet acharnement pathétique - et peut-être thérapeutique, le narrateur finit par rendre son rival étrangement intéressant, voire attachant. Il y a chez Pierre Maurin l'esquisse d'un beau personnage de roman. On voudrait savoir ce qui lui passe par la tête, le suivre un peu plus loin dans sa déchéance. Mais le narrateur s'arrête aux portes des bordels et, quand il y entre, c'est pour en ressortir aussitôt. Ajoutant ci et là jugements et propos moralisateurs : "Nous ne sommes pas des Pierre Maurin. Nous leur laissons les coups en traître, la bassesse d'âme, l'absence de noblesse", ira-t-il jusqu'à lâcher, concluant par un "Nous restons mérovingiens".

Phrases courtes, dialogues rythmés, narration syncopée, Eric Neuhoff déroule son histoire dans un Paris germanopratin où l'apéro se prend aux Deux-Magots, le déjeuner chez Lipp, le dîner au Grand Véfour et le dernier verre au bar du Ritz, forcément. Neuhoff signe une chronique parisienne, truffée de comparaisons ("Le divorce c'est comme les anciennes colonies avec la métropole : on vous crache dessus, mais on continue à vous réclamer de l'argent"), de formules succulentes ("Le mariage constitua la seule aventure qui nous restait") et de réflexions mondaines ("Cette manie de devoir choisir son dessert en début de repas avait quelque chose d'horripilant"). Pour les amateurs du genre ou en préparation d'un dîner en ville.

L'auteur

Eric Neuhoff (Albin Michel)Né en 1956, critique littéraire au Madame Figaro, Eric Neuhoff a publié plus de dix romans dont Les gens impossibles (1986), Les Hanches de Laetitia (1989), La Petite Française (Prix Interallié en 1997) et Un bien fou qui a reçu le Grand prix du roman de l'Académie française en 2001.

Par David Straus le 27 août 2007 à 06:18
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2 Commentaires

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  • Cathy, le 05/01/2008 à 12h51

    C'est exact, ce portrait à charge rend paradoxalement l'ex-ami du narrateur, ce partousard alcoolo, plutôt fascinant. Neuhoff lui-même, très en retrait dans son récit, semble bien pâlichon. Il lui reste l'ironie, dont il use et abuse, mais le tout manque de générosité, de souffle, d'ampleur. La pudeur, c'est bien, mais ici on frôle le bâclage et la banalité.

  • Philzewound, le 28/08/2007 à 21h24

    De jolies petites phrases sans fond. Non merci. Dans le genre et en 10 fois plus interressant on a déjà Beigbeder.

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