La couverture de "Je m'appelle François" de Charles Dantzig chez Grasset © GrassetCondamné en 2003 pour avoir arnaqué le tout Hollywood et Michel Polnareff, Christophe Rocancourt a été placé sous contrôle judiciaire vendredi soir cette fois après une plainte de la cinéaste Catherine Breillat. Condamné en 2003 pour avoir escroqué le tout-Hollywood, "l'arnaqueur des stars" a été placé jeudi en garde à vue après une plainte pour abus de faiblesse de la cinéaste Catherine Breillat.
Je m'appelle François
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Rocancourt en garde à vue

Charles Dantzig
Grasset
324 pages
18.90 euros
Il s'appelle François. Voilà pour la vérité. Le reste est une fable. Du vent. Encore est-ce être sévère avec ce héros caméléon devenant "François Astor, François Dumas, François Anderson, François Casiraghi, François Depardieu, François Rothschild, et tant d'autres François qu'il faudrait".
François qui enfile tour à tour des costumes inventés pour oublier qu'un jour, il a dû porter les fripes de François Darré - sa vraie identité - gamin du Sud-Ouest rural. "Mettez la panoplie de Zorro, on vous croira Zorro", assène-t-il. Et si ça ne suffit pas : il assomme d'anecdotes son interlocuteur "qui finit par douter de son doute".
Affabulateur, imposteur, menteur, acteur, arnaqueur, embobineur, François fuit une Tarbes honnie pour conquérir, en "bourgeois", les nuits parisiennes des années 80, avant de passer outre-Atlantique où il tutoiera le tout-Hollywood. "Tout de même, les riches sont plus amusants, se disait-il."
Poudre, silicone et scientologie
Il a emmené pour tout bagage le conseil d'un grand-père aussi filou qu'attachant : "N'oublie pas que chacun cherche à tromper l'autre. Ne fais confiance à personne. Sers-toi et ne dis rien. Ne reconnais jamais un tort, n'avoue jamais rien. Personne ne t'aidera. On ne doit penser qu'à soi." Plus loin : "La confiance est la plus grande erreur que l'on puisse commettre."
En maître du portrait, Charles Dantzig dissèque avec jubilation et cruauté les milieux où virevolte son héros. Sur le microcosme de L.A. : "Si on faisait une coupe longitudinale de l'Angelino, on trouverait, dans le nez, de la poudre, dans les seins, de la silicone, dans l'estomac, du tofu, dans la tête, de la scientologie." New York, Dubaï et l'inanité de la télévision française n'échappent pas au coup de scalpel.
Un Rocancourt sublimé
Les lieux ne sont pas seuls à bénéficier de l'attention du docteur Dantzig. François, son corps plus exactement, a droit à quatre pages entières d'une description quasi-médicale. Un chef-d'oeuvre d'écriture.
Il s'appelle François. Voilà donc pour la vérité. Le reste est une fable. Du vent. Pas tant que cela, puisque le romancier a puisé la trame de son oeuvre dans l'histoire, rocambolesque mais réelle celle-là, de Christophe Rocancourt. Pourtant ce qui n'était jusqu'alors qu'une aventure médiatique devient sous la plume affûtée de Dantzig une étude de moeurs élégante, agréablement rythmée, dense. Quel talent !
Premier chapitre sur le site de Grasset
| L'auteur |
Charles Dantzig est l'auteur chez Grasset de deux romans, Nos vies hâtives (2001, Prix Jean Freustié, Prix Roger Nimier), Un film d'amour, et du Dictionnaire égoïste de la littérature française (2005, Prix Décembre, Grand Prix des Lectrices de Elle, Prix de l'Essai de l'Académie Française) qui fut un grand succès en librairie. Sa poésie est recueillie dans En Souvenir des long-courriers (2003). Il a aussi à son actif plusieurs essais comme La Guerre du cliché (1998) et L'imagination est une science exacte (avec Félicien Marceau, chez Gallimard). |
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