"Survivre avec les loups" avait inspiré un film de Véra Belmont © Bac Films![]() |
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L'histoire était celle d'une petite Juive qui avait parcouru 3.000 kilomètres à pied à la recherche de ses parents pendant la Seconde guerre mondiale. L'histoire avait ému des millions de lecteurs. L'histoire était imaginaire. Misha Defonseca a reconnu jeudi que le récit de son best-seller "Survivre avec les loups", qui a inspiré un film de Véra Belmont, était faux. Le roman était présenté comme autobiographique et traduit en dix-huit langues.
Au coeur d'une récente polémique en Belgique depuis qu'historiens et membres de la communauté juive ont relevé des invraisemblances, Misha Defonseca, héroïne de ce récit édifiant a fini par avouer qu'elle s'était "raconté un autre vie". "Ce livre, cette histoire, c'est la mienne. Elle n'est pas la réalité réelle, mais elle a été ma réalité, ma manière de survivre", a admis Misha, 70 ans, aujourd'hui installée aux Etats-Unis, dans le journal Le Soir publié vendredi.
Volte-face
Il semble incontestable que ses parents ont bien été déportés et assassinés durant la Seconde guerre mondiale, sans doute pour des faits de résistance. Mais il est désormais établi que l'auteur, issue d'une famille de Bruxelles, les De Wael, n'était pas juive, contrairement à ce qu'elle a prétendu, et que son voyage avec les loups était inventé. Selon son certificat de naissance, elle a vu le jour en 1937 et elle n'aurait donc eu que quatre ans, et non huit comme le dit son histoire, au moment d'entamer son "périple" de trois ans vers l'Est de l'Europe à la recherche de ses parents. Pendant la guerre, elle était enregistrée dans une école primaire bruxelloise, a révélé Le Soir.
Jusqu'à mercredi, l'auteur s'est dit "profondément blessée" par ceux qui mettaient en doute son histoire, avant d'effectuer une volte-face complète."Oui, je m'appelle Monique De Wael, mais depuis que j'ai quatre ans, je veux l'oublier. Mes parents ont été arrêtés quand j'avais quatre ans. J'ai été recueillie par mon grand-père puis par mon oncle", dit-elle dans un texte, publié par Le Soir.
"Je demande pardon à tous ceux qui se sentent trahis"
"Toute sa vie est un mélange de souvenirs de réalité et d'un univers intime qui s'est décalé de la réalité. Sa vérité n'était pas vraiment la vérité, ça lui a totalement échappé", analyse son avocat Marc Uyttendaele, en soulignant qu'elle avait fini par s'"identifier aux victimes absolues, la communauté juive". "A part mon grand-père, j'ai détesté ceux qui m'avaient accueillie. Ils me traitaient mal. C'est vrai que, depuis toujours, je me suis sentie juive et plus tard, dans ma vie, j'ai pu me réconcilier avec moi-même en étant accueillie par cette communauté", poursuit Misha Defonseca.
"Alors, c'est vrai que je me suis raconté, depuis toujours, une vie, une autre vie, une vie qui me coupait de ma famille, une vie loin des hommes que je détestais. C'est aussi pour cela que je me suis passionnée pour les loups, que je suis entrée dans leur univers. Et j'ai tout mélangé", dit-elle. "Je demande pardon à tous ceux qui se sentent trahis, mais je les supplie de se mettre à la place d'une petite fille de quatre ans qui a tout perdu", implore-t-elle.
Véra Belmont : "je lui en veux un tout petit peu"
Mme Defonseca/De Wael affirme aussi ne pas avoir voulu publier son histoire il y a dix ans, mais avoir été poussée par son éditrice américaine, Jane Daniel. Lors de la sortie en France du film, en janvier, elle présentait toutefois avec l'apparence de la sincérité la petite boussole qui lui aurait permis de trouver le chemin de l'Est. "C'est mon plus précieux talisman, mon porte-bonheur. Sans elle, je ne serais peut-être pas là pour voir mon histoire à l'écran", expliquait-elle au Figaro. Le film doit bientôt sortir en Allemagne.
Interrogée à ce sujet, Véra Belmont a répondu : "je lui en veux un tout petit peu". "Mais elle s'est construit un truc, comme des garde-fous pour ne pas sombrer. Alors j'ai mal au coeur pour elle". Elle a affirmé ne jamais avoir eu de doute sur la prétendue judéité de Misha Defonseca, mais ne pas avoir entièrement cru au reste de son histoire de périple avec les loups. "Il y a des choses qui me paraissaient comme chez les enfants, comme dans ma propre mémoire, avec des choses vraies et d'autres au sujet desquelles je suis sûre d'avoir affabulé". "Si elle m'avait dit la vérité, je l'aurais fait quand même (l'adaptation, ndlr) parce que, étant moi même juive et voulant parler de cette époque, je ne pouvais pas en parler frontalement", a-t-elle ajouté. "Donc je me suis servie de cette enfant qui cherche ses parents comme nous avons cherché nos parents pendant la guerre", a-t-elle poursuivi, ajoutant que la mention "D'après l'histoire vraie" allait être retirée du générique du film, qui est toujours à l'affiche.
(D'après agences)
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