Quand les flics dégainent leur stylo

Par Alexandra GUILLET et Matthieu DURAND, le 24 mai 2008 à 06h00 , mis à jour le 25 mai 2008 à 11h53

Chroniques - Trois flics, deux polars et un récit. Découvrez le monde de la police de l'intérieur à travers des histoires vécues ou inspirées de la réalité.

Descente de police à Villiers-le-Bel, le 18 février au matinDescente de police à Villiers-le-Bel, le 18 février au matin © LCI

Le rédempteur de la Têt, Laurent BoyetPolar - Le flic de province et le tueur en série
Le lieutenant Bruno Layette est un flic ordinaire. Tellement ordinaire, qu'il s'ennuie ferme. Accident de la route, plainte entre voisins, hiérarchie à laquelle il faut sans cesse rendre des comptes... Derrière son bureau du commissariat de Perpignan, ce petit flic de province rêve de la Police Judiciaire, la "vraie" police qui fait de "vraies" enquêtes... Jusqu'au jour où un étrange tueur en série l'invite à suivre sa trace sur les berges de la Têt, qui se révèlent bien peu sûres une fois la nuit tombée. Les découvertes de cadavres étrangement mutilés s'enchaînent, avec toujours un message personnel pour ce petit lieutenant qui se trouve bien en peine pour résoudre une telle affaire.

Si le style est parfois un peu lourd, l'intrigue de ce roman policier se tient extrêmement bien et mène sans difficulté le lecteur jusqu'au dénouement final. Intrigue d'autant plus convaincante que son auteur sait de quoi il parle puisque, dans la vraie vie, Laurent Boyet est capitaine à la police aux frontières du Perthus. A travers ce polar, il dépeint un métier, son métier, celui de flic, dont le quotidien est bien loin des séries télévisées fantasmatiques. Le Rédempteur de la Têt vient d'être sélectionné pour concourir au Prix du premier roman policier du Salon du Polar de Lens. Son premier roman TOI, lui a valu une mention spéciale au Prix littéraire européen. A.G.
Laurent Boyet : Le rédempteur de la Têt, éditions CBE, 9 euros, 251 p.

Le Magicien polarPolar - En traquant le monstre
C'est un petit homme voûté, apeuré, qui retrouve la liberté après douze ans de prison pour le viol et le meurtre d'une vieille femme. Contrôles judiciaires, suivi psychologique, réinsertion professionnelle. L'ex-taulard rentre dans le moule en faisant tout pour passer inaperçu. Mais ses démons se sont réveillés. L'individu falot est en fait un "tueur systémique", un violeur et un tueur d'enfants qui n'a jamais été identifié pour ces crimes-là. La police l'avait surnommé le Magicien car il attirait ses petites victimes en faisant des tours de magie. Rapidement, Ludovic Mistral et ses équipes de la brigade criminelle vont faire le lien entre ses nouveaux agissements et ceux du passé. La traque débute. Mistral applique la formation qu'il a reçue au FBI. Il tente d'entrer dans la tête du Magicien.

Commissaire divisionnaire, Jean-Marc Souvira dirige le service de la répression de la traite des êtres humains. Le Magicien lui permet de raconter une enquête de l'intérieur tout en brossant un portrait de flic père de famille et bien dans sa tête. "Ce n'est pas le genre de flic solitaire qui fume deux paquets de clopes, boit une bouteille de whisky par jour et qui a du mal à rentrer chez lui en se demandant de quoi demain sera fait", écrit-il. Tout l'inverse de ce que montre Olivier Marchal dans ses films ! Il réussit également à décrire de manière réaliste la personnalité d'un serial killer, son mode opératoire et le duel à distance qui l'oppose au policier. Jusqu'à l'affrontement final. "Mistral et le Magicien sont comme deux toupies lancées sur une piste, tournant sur leur axe à deux cents à l'heure, et qui, lentement mais immanquablement, se rapprochent pour entrer en collision." Le style est sec, carré, sans fioritures. Il y gagne en efficacité. Le récit est prenant avec un crescendo final qui scotche le lecteur au roman. M.D.
Jean-Marc Souvira : Le Magicien, éditions Fleuve Noir, 404 pp.


Flic dans le 9.3., couvertureTémoignage - Au coeur des cités
La police, pour Patrick Trotignon, c'est un peu une histoire de famille. Son grand-père était flic, son père était flic, sa fille est flic... Mais après 30 années passées au commissariat, dont 25 en Seine-Saint-Denis, ce commandant de police a décidé "d'arrêter de faire le ventilateur" et de prendre sa plume. Une plume acérée, directe, pour dépeindre le quotidien d'un métier où rien ne va plus, notamment en banlieue. Cette banlieue, il la connaît par cœur. Il a vu les tours remplacer les champs, la petite délinquance se transformer en criminalité organisée, les zones de non-droit faire leur apparition. La faute à qui ? Aux institutions.

Les magistrats d'abord, trop souvent "déconnectés de la réalité des cités". "Avant, quand un malfrat était interpellé, on était sûr que les magistrats allaient sanctionner. Aujourd'hui, constate amer Patrick Trotignon, alors qu'en Province un simple voleur de mobylettes a de fortes chances de se retrouver en détention, en Seine-Saint-Denis un type "noir comme un corbeau", c'est-à-dire connu des services de police pour une série d'infractions, échappe à toutes les mailles du filet". Il s'indigne de l'a priori systématique favorable aux jeunes. Des jeunes victimisés à l'excès. Mais aussi de cette suspicion qui pèse sur les policiers, dont il souligne le manque de préparation notamment pour affronter les gardes à vue et les découvertes de cadavre. "Avant, les flics déjeunaient et parfois même dînaient ensemble, c'était la vieille école, "la police de papa", les jeunes recrues étaient encadrées". Patrick Trotignon passe au crible les différentes politiques menées. La police de proximité ? "Un gâchis de fonctionnaires". Ce livre est un grand coup de gueule lancé dans la maison Police. Sera-t-il entendu ? A.G.
Commandant Patrick Trotignon : Flic dans le 9.3, éditions du Rocher, coll Document, 152 pages, 17 euros

Par Alexandra GUILLET et Matthieu DURAND le 24 mai 2008 à 06:00
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