Jean-Paul Enthoven : A l'ombre de BHL

Par , le 28 juillet 2008 à 11h15 , mis à jour le 16 août 2008 à 10h13

Chronique - Jean-Paul Enthoven signe un roman élégant où il évoque la fuite du temps et le souvenir de dix années lumineuses dans le palais marocain de son ami philosophe.

Jean-Paul Enthoven, Ce que nous avons eu de meilleurJean-Paul Enthoven, Ce que nous avons eu de meilleur chez Grasset © Grasset/Opale/Hannah

Jean-Paul Enthoven Ce que nous avons eu de meilleurJean-Paul_Enthoven
Ce que nous avons eu de meilleur

Grasset
212 pp.
15,90 euros

"Le destin avait permis à l'un de s'offrir un palais. L'autre s'y réjouissait d'y venir en visiteur". Le premier est Lewis dans le roman, alias Bernard-Henri Lévy, qui en 1997, s'est offert pour quelques millions de francs, le plus beau riad de Marrakech, la Zahia, non loin de celui du roi du Maroc. Le second est le "je" du récit, Jean-Paul Enthoven, l'éditeur et surtout l'ami du premier depuis le milieu des années 70.

Le premier "avait un don particulier pour cet exercice qu'il pouvait sans effort, se convaincre que chaque moment durerait toujours." L'autre, le narrateur, voit fuir le temps et se retourne, l'instant d'un roman-bilan, sur dix belles années d'"une éternité factice" peuplée de fêtes artificielles, de femmes qui passent et de conversations brillantes ou faites pour briller.

Chronique dandy

Jean-Paul Enthoven convoque, dans ces pages vaporeuses, les fantômes des héros, réels ou imaginaires, qui hantent encore à l'en croire les murs de la Zahia : les Getty et leur cour, qui furent propriétaires des lieux avant un Alain Delon, relégué au rang de "second rôle". Il évoque les hommes politiques et d'affaires, les grands couturiers, les artistes, les mondains que l'on croisait à la fin du siècle dernier dans le jardin Majorelle. Il dresse par touches discrètes la montée du fanatisme, hors les murs de ce qui fut -à l'en croire- un rempart contre le temps.

"A l'époque, je n'avais pas encore épuisé mon stock d'espérances", écrit-il mélancolique, au début de ce journal poétique dont le titre renvoie au constat des héros de l'Education sentimentale à la fin du roman de Flaubert. Sans l'ironie, sans le tragique. Car les BHL, son épouse et les "libellules" qui virevoltent autour d'eux ne sont pas de cette étoffe. Ils alimentent la chronique, espérant secrètement devenir des personnages de roman. Enthoven, en bon camarade, leur fait cet honneur dans un livre plaisant, parfois dandy, sur une amitié sincère, sur le bonheur passé et sur le souvenir.

Par David Straus le 28 juillet 2008 à 11:15
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