Rentrée littéraire 2008 : "L'Homme qui marchait sur la Lune" de Howard McCord (éditions Gallmeister) © sxc.hu/DRHoward McCord
L'Homme qui marchait sur la Lune
éditions Gallmeister
134 pp., 18,90 euros
Contrairement à ce que laisse à penser le titre, le roman d'Howard McCord n'a pas pour sujet la conquête spatiale. Mais pour rester dans la terminologie aérospatiale, il s'agit bien d'un ovni littéraire qui explose au visage du lecteur.
L'homme qui marchait sur la Lune s'appelle William Gasper. C'est un solitaire, une sorte d'ermite - "je ne fais rien pour gagner ma vie", explique-t-il dans ce long monologue que constitue le roman. Ses quelques biens tiennent dans un container que lui loue la patronne d'un bar, dans un bled paumé du Nevada. Un container qui ne lui sert même pas de domicile : Gasper préfère dormir à la belle étoile, sans rien au-dessus de sa tête. "Je ne tolère pas facilement la présence d'une barrière entre moi et la courbe infinie de l'univers", justifie-t-il.
Ce qu'il aime, c'est parcourir à pieds la Lune, une "montagne de nulle part", située à quelques kilomètres de son container. Là, il marche, admire les paysages, tente de vivre en accord avec l'environnement sans qu'il soit question d'une quelconque philosophie de vie. Selon lui, "la langue qui lèche la moustache après une gorgée de thé contient plus de sagesse qu'un distique d'Héraclite".
"Mon gagne-pain, c'était la mort"
Le Robinson Crusoé du désert prend le lecteur à témoin, parfois même à parti - "Vous, pet de crâne, êtes un lecteur, et la seule chose que je méprise plus qu'un lecteur est un auteur (...)", balance-t-il. Malgré tout, le bougon fait partager au public son émerveillement mais aussi ses peurs et son humilité face à la beauté simple et violente de la nature.
A force de raconter son histoire, Gasper finit par se livrer : "Mon gagne-pain, c'était la mort, la mort pour rendre service". Les souvenirs remontent à la surface. Gasper se lâche : "[le poids d'un revolver] sur ma hanche est plus agréable que la paume d'une main de femme, et savoir qu'il est sous mon oreiller, plus rassurant que les louanges des anges". Le lecteur pensait cheminer avec un doux-dingue et voici qu'il se retrouve en compagnie d'un dangereux psychopathe. Aussi, lorsque Gasper repère deux autres randonneurs qui semblent être sur ses traces, on se dit qu'un drame va se produire.
En dire plus serait criminel tant le livre d'Howard McCord surprend par son dénouement. Ne lisez même pas la quatrième de couverture. Laissez-vous hypnotiser par la parole de Gasper, laissez-vous gagner par la tension qu'il instaure progressivement, comme un archer qui bande son arc avant de frapper à l'improviste une cible que vous n'imaginiez pas. Ce "récit authentique d'une longue folie lucide", comme le qualifie le narrateur, est une des pépites de la rentrée littéraire.
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