Laurent Gaudé
La Porte des enfers
Actes Sud, 270 pp., 19,50 euros
"Je m'appelle Pippo de Nittis et je suis mort en 1980". Le narrateur de La Porte des enfers n'est pas fou. Seulement ivre de vengeance. En 1980 donc, à Naples, alors que son père l'emmène à l'école, une fusillade éclate dans la rue : Pippo succombe, victime d'une balle perdue. Son père et sa mère ne s'en remettent pas. Comment pourrait-il en être autrement ? Giuliana vacille avant de s'accrocher à une idée fixe : vendetta. Matteo, lui, veut croire qu'il est possible de ramener son fils du royaume des morts.
Vingt et un an plus tard, Pippo, revenu à la vie, se rend pour la dernière fois à son travail, dans un petit restaurant. "Personne à Naples ne peut se targuer de faire les cafés mieux que moi", affirme-t-il. Mais tout cela n'a plus d'importance. Il a rendez-vous avec un client bien particulier. "J'ai préparé ma vengeance. Je suis prêt. Que le sang coule ce soir."
Croyances millénaires
Le dernier roman de Laurent Gaudé est l'histoire d'une descente aux enfers. Celle, au sens figuré, que vivent les parents de Pippo, foudroyés de chagrin. Mais aussi celle, au sens propre, qu'entreprend Matteo pour retrouver son enfant perdu. L'auteur revisite de manière poignante le mythe d'Orphée, en l'enracinant dans la réalité du Sud de l'Italie. Une région rongée par la violence et la pauvreté. Une région où la modernité ne parvient pas à éradiquer des traditions, des croyances, des comportements d'un autre âge.
Après Le Soleil des Scorta, prix Goncourt 2004, Laurent Gaudé démontre une fois de plus que le mezzogiorno est un vaste théâtre où se jouent et se rejouent des tragédies millénaires. Les personnages se débattent au sein d'implacables machines à broyer les âmes. Mais alors que leur sort semble être scellé, les antihéros de Gaudé se débattent et refusent la fatalité en y opposant toute leur humanité. C'est ce qui rend La Porte des enfers aussi émouvant.








