Non, on n'avait pas tout écrit sur le Vietnam

Par , le 08 septembre 2008 à 09h51 , mis à jour le 08 septembre 2008 à 11h34

Chronique - "Arbre de fumée" de l'Américain Denis Johnson est un livre formidablement puissant sur les Américains qui font la guerre, qui la subissent et la font subir. "Arbre de fumée" a reçu le National Book Award en 2007.

Denis Johnson Arbre de fuméeDenis Johnson Arbre de fumée © Bourgois / Mathieu

Denis_Johnson
Arbre de fumée
Christian Bourgois
28 €, 688 pages

 

La rentrée littéraire, c'est l'automne avant l'heure. Beaucoup de feuilles mort-nées s'amoncellent sur les bureaux des chroniqueurs. Puis il y a les chefs-d'oeuvre comme Arbre de fumée. Rédigé par l'auteur américain Denis Johnson, ce roman a tout pour décourager le lecteur : c'est une somme de près de 700 pages, sa structure n'est pas directement limpide, ses personnages n'ont rien de l'étoffe des héros et le sujet est dix mille fois traité par la littérature Outre-Atlantique, sans parler du cinéma, : le Vietnam. Mais passé le cap des 100 premières pages, le système narratif complexe se referme comme un bourbier dont il devient impossible de s'extraire.

De l'assassinat de Kennedy jusqu'au début des années 80, l'histoire tourne essentiellement autour d'un jeune agent de la CIA, un certain William Sands, surnommé Skip, que son colonel et oncle, une figure mythique de la guerre du Pacifique, envoie sur une mission aux objectifs peu clairs pour le lecteur, comme pour le principal intéressé. Malgré les agents doubles, les tueurs à gages et les plans secrets, Arbre de fumée n'est pas un roman d'espionnage. Ce n'est pas même un roman de guerre : il faut attendre trois cents pages pour qu'explosent les premières images à la Full metal jacket. C'est un roman sur la guerre - celle du Vietnam ou celles d'Irak et d'Afghanistan - et, surtout, sur les Américains qui la font, qui la subissent et la font subir.

Fulgurant, oppressant, puissant

Skip et son oncle ne sont pas seuls. Au fil des pages, une demi-douzaine de personnages surgissent, comme les frères Houston, simples soldats sortis de leur Arizona pourri d'ennui, ou Kathy Jones, la missionnaire rongée par l'impossibilité d'une redemption. Car chez Johnson, même Dieu prend sa part de la lente décomposition des corps - pour les plus chanceux - et des esprits - pour ceux qui restent. 

L'auteur de Jesus'Son (1992), ancien drogué devenu en quelque sorte moraliste, décrit mieux que personne le basculement, la dépendance, l'agonie des gens et de leur monde. La grille d'analyse n'est plus politique, militaire ou historique, elle est morale, théologique même. Le style est fulgurant, quand s'emballe dans les descriptions quasi-pornographiques des combats. Le style est oppressant  quand il s'attarde dans les méandres de l'ennui et des tourments de l'âme. Puissant.

 

Par David Straus le 08 septembre 2008 à 09:51
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