Olivier Rolin sur les traces d'un "Tintin farcesque"

Par Matthieu DURAND, le 23 septembre 2008 à 06h00 , mis à jour le 22 septembre 2008 à 15h26

Chronique - Avec "Un chasseur de lions", Olivier Rolin entraîne le lecteur dans voyage étourdissant à travers le temps et l'espace. Son héros : un drôle d'aventurier immortalisé par Manet.

Olivier Rolin romanRentrée littéraire 2008 : "Un Chasseur de lions" par Olivier Rolin (Le Seuil). © sxc.hu/DR

Olivier Rolin
Un chasseur de lions
Le Seuil
235 pp., 17,50 euros

 
Tueur de lions, marchand d'armes, chasseur de trésor... autant de titres de gloire dont s'enorgueillissait le dénommé Pertuiset. Des médailles en toc sur l'uniforme d'un colonel d'opérette. Car le "vaste et rubicond Pertuiset" tient plus de Tartarin de Tarascon que de David Livingstone. "Pertuiset avait un côté Tintin, un Tintin raté, farcesque, volumineux", écrit Olivier Rolin. Avant de préciser : "(...) En fait, avec sa grosse moustache et son espèce de chapeau melon à plume, son air emplâtré, c'est plutôt à un des Dupond/t qu'il fait penser".

L'auteur a croisé la route de ce personnage pittoresque à deux reprises : dans un livre ancien qui narre son expédition "funambulesque" en Terre de Feu ; puis, 25 ans plus tard, au Museu de Arte de São Paulo. Sur une toile signée Manet : Le Chasseur de lions. Il n'en faut pas plus à Olivier Rolin pour entraîner le lecteur sur les traces de cet aventurier improbable, de Paris à Lima, en passant par l'Algérie, Valparaiso et Puntas Arenas.

Vagabondage littéraire

Un voyage dans l'espace mais aussi dans le temps, l'écrivain sautant avec allégresse de la Belle-Epoque aux souvenirs de ses propres pérégrinations passées. On participe ainsi au côté de Pertuiset à une fête fastueuse dans le Pérou du XIXe siècle avant de rejoindre Rolin dans un KFC de Lima. Allers-retours, digressions, réflexions sur l'art et l'histoire... le roman de Rolin est un conte moderne des Mille et une nuits, dans lequel se mêlent petites et grande histoires.

On traverse les révolutions sud-américaines et la Commune de Paris ; on croise Manet, Mallarmé, Tintin, des héros et des salauds, des dictateurs et des Indiens. Pour Rolin, tout est prétexte à vagabonder, sans pour autant perdre le fil conducteur. Ainsi, à partir d'une boîte de sardines vide retrouvée par Pertuiset en Terre de Feu, Rolin évoque le marin qui l'a jetée à la mer et qui de fil en aiguille deviendra un assassin. Le tout, en vingt lignes !

Un chasseur de lions est une superbe invitation au voyage, à tous les voyages. Et en refermant cet étourdissant roman, le lecteur, comme Rolin et Pertuiset, fait sienne la célèbre sentence de Pascal : "On préfère la chasse que la prise".

Par Matthieu DURAND le 23 septembre 2008 à 06:00
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