On ne s'exile pas de soi-même

Par , le 02 octobre 2008 à 06h00 , mis à jour le 02 octobre 2008 à 17h28

Chronique - "Sois près de moi" est l'histoire simple d'un prêtre, étranger à lui-même, fuyant ses souvenirs dans une petite ville ouvrière d'Ecosse. Andrew O'Hagan signe là un roman intelligent, fin, sur la connaissance de soi et les amours impossibles.

Andrew O'Hagan, "Sois près de moi", Bourgois, J. BauerAndrew O'Hagan, "Sois près de moi", Bourgois © Bourgois/Jerry Bauer

Andrew_O'Hagan
Sois près de moi
Christian Bourgois

Trente années ont passé quand le père David Anderton prend en charge une paroisse dans la petite ville ouvrière de Dalgarnock, en Ecosse. Trente ans ont passé au cours desquels cet homme solitaire est consciensieusement resté étranger à lui-même, dissimulé dans un personnage proustien, coupablement francophile : vin, cuisine, langue, culture. Trente années - et même plus - se sont écoulées depuis que David Anderton s'est retrouvé brutalement privé de son amour de jeunesse, Conor, ce jeune homme qui aurait pu vieillir à ses côtés mais restera à jamais l'icône d'une vie figée à l'heure oxfordienne, quand ces jeunes gens tuaient de longues heures en disputes érudites et engagements idéaux. C'était en 1968.

Trentes années ont passé au cours desquelles David Anderton a cru se consacrer à Dieu, à ses fidèles aussi, pensant échapper à lui-même et à ses souvenirs. Mais à Dalgarnock, personne n'est disposé à le laisser se réfugier dans ce personnage idéal. Il y a les gens, hostiles, parce qu'à leurs yeux, Anderton bien que né en Ecosse, est irrémédiablement passé du côté anglais et, à cause de cela, ne sera jamais un des leurs.

Un sort désiré

Même Mrs Poole, son amicale gouvernante, n'a de cesse de lui rappeler son irréversible nature britannique. Même Mark, ado buveur d'alcool, sniffeur de colle, vénéneux et sans remords, le renvoie, avec perversité, à ce qui l'éloigne de cette contrée et des gens qui l'habitent, sinistrés. Comme dans les tragédies grecques, la malédiction plane et le héros marche inéluctablement vers son destin. Parfois même avec son concours, tant David Anderton semble désirer son sort funeste, incapable de se rebeller contre ceux qui veulent sa chute. Sans les aimer vraiment, le prêtre semble les voir toujours plus sensibles et plus dignes d'amour qu'ils ne le sont réellement.

Sous la plume d'Andrew O'Hagan, le récit, écrit à la première personne, se construit tout en nuances, tout en finesse, intelligemment, avec humour souvent. Les pages sur Oxford ou celles d'un dîner entre gens du clergé sont le prétexte à des considérations esthétiques, éthiques, politique et religieuses, rares dans les romans contemporains. En évitant l'écueil de la pédanterie et sans casser le rythme. Les dialogues maîtrisés y sont pour beaucoup, à l'exception peut-être de ceux entre adolescents. On n'y croit pas. Les mots sonnent faux. Mais sans doute est-ce dû à la traduction. Un détail, car ce roman est un bijou.

Par David Straus le 02 octobre 2008 à 06:00
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Culture
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience