Pierre Mérot : un gourou (non) nommé Houellebecq

Par , le 03 septembre 2008 à 00h25 , mis à jour le 03 septembre 2008 à 00h50

Chronique - Dans "Arkansas", Pierre Mérot fait raconter par un alter-égo de papier la tragique déchéance d'un personnage inspiré de l'écrivain Michel Houellebecq. Un récit oscillant entre fable et parodie, tenant adroitement à l'écart une réalité bien consternante.

Pierre Mérot Arkansas Robert LaffontPierre Mérot Arkansas Robert Laffont © Robert Laffont

Pierre_Mérot

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Arkansas
Robert Laffont
20 euros, 353 pages


Traum, un écrivain finissant, talentueux mais sans véritable succès à son actif, rédige ce qui sera probablement son dernier ouvrage. Il en livre la primeur à Baragouin, son jeune protégé, successeur désigné, s'autorisant ça et là des digressions alcoolisées. Le personnage central de ce roman dans le roman est un certain François Court, surnommé Kurtz, gourou littéraire "à la saloperie de talent", ancien ami, chantre d'un nihilisme mou qui le mènera à des extrémités aussi absurdes qu'effroyables.

Avec "sa façon compliquée de tenir une cigarette" et son "crâne dégarni", Kurtz, qui "a construit son succès mondial sur une oeuvre annonçant les crépuscules de notre civilisation", est inspiré de Michel Houellebecq. Traum, quant à lui, est un avatar de Pierre Mérot. Certaines scènes sont directement tirées de la relation entre les deux écrivains. Il y a récidive : l'auteur de Plateforme et de La possibilité d'une île, apparaît déjà sous les traits de Michel Bruno dans Mammifères (Flammarion) qui valut à Mérot le Prix de Flore en 2003. Toutefois, le projet de l'auteur semble moins de portraiturer jalousement son ancien ami et concurrent littéraire que de traiter de la transmission et de l'entraide salutaire entre les hommes (et les femmes).

Nécessaire cocktail

Kurtz, sous certaines de ses facettes, tient d'ailleurs plus de Mérot lui-même que de Houellebecq :
ses rapports avec les femmes, sa relation douloureuse à la mère, sont déjà ceux décrits dans Mammifères. Une autre obsession, centrale dans l'oeuvre de Pierre Mérot , l'alcool, fait jaillir ses vapeurs à toutes les pages. Un alcool déculpabilisé : le pastis pur fait sourdre la poésie et n'est qu'un doux penchant créatif.

Arkansas balance entre la fable baroque, parfois onirique, et la parodie ironique, absurde même. Il faut bien ce cocktail et le langage inventif, (trop) ciselé, pour espérer faire avaler la pilule à un lecteur qui, au fil des pages, devra supporter soûlographies, pédo-pornographie et carnage. La poésie n'y suffit pas toujours. Alors, l'auteur a pris soin de faire conter la déchéance de Kurtz par d'autres - Traum puis Baragouin, qui devancent en quelque sorte la critique, dénonçant par avance ce que l'on pourrait reprocher au seul responsable : Pierre Mérot.

Par David Straus le 03 septembre 2008 à 00:25
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