Pierre Mérot Arkansas Robert Laffont © Robert LaffontPierre_Mérot Après 10 ans d'attente, Michel Houellebecq a été couronné lundi par le plus prestigieux des prix littéraires français pour "la carte et le territoire". Le Renaudot revient lui à Virginie Despentes. C'est ce lundi peu avant 13 heures que doit être décerné le Goncourt. Après en avoir été plusieurs fois le prétendant malheureux, Michel Houellebecq part cette année grand favori.
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Houellebecq, la possibilité d'un Goncourt ?

Arkansas
Robert Laffont
20 euros, 353 pages
Traum, un écrivain
finissant, talentueux mais sans véritable succès à son actif, rédige ce
qui sera probablement son dernier ouvrage. Il en livre la primeur à
Baragouin, son jeune protégé, successeur désigné, s'autorisant ça et là
des digressions alcoolisées. Le personnage central de ce roman dans le
roman est un certain François Court, surnommé Kurtz, gourou littéraire "à la saloperie de talent", ancien ami, chantre d'un nihilisme mou qui le mènera à des extrémités aussi absurdes qu'effroyables.
Avec "sa façon compliquée de tenir une cigarette" et son "crâne dégarni", Kurtz, qui "a construit son succès mondial sur une oeuvre annonçant les
crépuscules de notre civilisation", est inspiré de Michel Houellebecq. Traum, quant à lui, est un avatar de Pierre Mérot. Certaines scènes sont directement tirées de la relation entre les deux écrivains. Il y a récidive : l'auteur de Plateforme et de La possibilité d'une île, apparaît déjà sous les traits de Michel Bruno dans Mammifères (Flammarion) qui valut à Mérot le Prix de Flore en 2003. Toutefois, le projet de l'auteur semble moins de portraiturer jalousement son ancien ami et concurrent
littéraire que de traiter de la transmission et de l'entraide salutaire
entre les hommes (et les femmes).
Nécessaire cocktail
Kurtz, sous certaines de ses facettes, tient d'ailleurs plus de Mérot lui-même que de Houellebecq : ses
rapports avec les femmes, sa relation douloureuse à la mère, sont déjà
ceux décrits dans Mammifères. Une autre obsession, centrale dans
l'oeuvre de Pierre Mérot , l'alcool, fait jaillir ses vapeurs à toutes les
pages. Un alcool déculpabilisé : le pastis pur fait sourdre la poésie
et n'est qu'un doux penchant créatif.
Arkansas
balance entre la fable baroque, parfois onirique, et la parodie
ironique, absurde même. Il faut bien ce cocktail et le langage
inventif, (trop) ciselé, pour espérer faire avaler la pilule à un lecteur qui,
au fil des pages, devra supporter soûlographies, pédo-pornographie et
carnage. La poésie n'y suffit pas toujours. Alors, l'auteur a pris soin
de faire conter la déchéance de Kurtz par d'autres - Traum puis
Baragouin, qui devancent en quelque sorte la critique, dénonçant par
avance ce que l'on pourrait reprocher au seul responsable : Pierre
Mérot.
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Houellebecq remporte le Goncourt
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