Je te mens, moi non plus

Par , le 13 octobre 2008 à 11h03 , mis à jour le 14 octobre 2008 à 15h28

Chronique - Dans un premier roman plein d'humour, Thierry Lentz fait s'entrechoquer deux générations : Louis, le quinqua, et sa maîtresse Elisa, la trentenaire. "Tout le monde ment" est la chronique bien vue de deux égoïsmes contemporains.

Thierry Lentz Tout le Monde Ment FayardThierry Lentz Tout le Monde Ment Fayard © Fayard

Thierry  Lentz
Tout le monde ment
Fayard,
191 p., 17 euros


Louis Martin, directeur financier du groupe Bernier, embarque en amateur sur le frêle esquif de l'infidélité. Il laisse à quai une femme belle, intelligente, aimante ; un fils intelligent, aimant ; des amis intelligents ou qui croient l'être pour une Elisa Baligot, trentenaire électrique aux multiples amants. Du cadre expérimenté en pleine crise de la cinquantaine ou de l'attachée de presse en recherche d'identité, qui est le mieux équipé pour affronter la tempête ? qui sait le mieux mentir ? qui sait le mieux se mentir ?

Pour son premier roman, Thierry Lentz a choisi une histoire de moeurs tristement banale - sauf pour ceux qui la vivent, sans doute. Largement écrit à la troisième personne, le récit passe au "je" quand Louis devient le narrateur. Un narrateur tantôt risiblement fleur bleue, tantôt profondément désabusé par ceux qu'il observe en ethnologue, tel un "Lévi-Strauss de pacotille" plongé au mileu de ces "gens bizarres" qu'il regroupe dans la catégorie des "trentenaires" et dont Elisa est, pour son malheur, le précipité.

"Avec cette sous-ethnie
contemporaine,
le bourgeois peut dormir
sur ses deux oreilles"

Thierry Lentz, dans Tout le monde ment

"Ils ont plus de déceptions, de blessures et de revendications que d'ambitions, leur reproche Louis dans une tirade nourrie de ressentiment. Ils ne jurent que par la défense de leur sacro-sainte vie personnelle qu'ils appellent parfois leur "vie privée" (...) Ils ne se réalisent que dans leur carrière professionnelle, mais sans soif de réussite, sens du sacrifice et confiance en leur capacités".

Et de conclure, tout en se soupçonnant lui-même atteint du "syndrome du vieux con" : "Avec cette sous-ethnie contemporaine, le bourgeois peut dormir sur ses deux oreilles et son magot : ils ne feront sûrement pas la révolution et se contenteront de porter - ah, les rebelles ! - des tee-shirts à l'effigie du Che Guevara."

Voilà un roman agréable à lire, d'humour et d'humeur, souvent juste. Une chronique contemporaine de destins égoïstes - à 30 ou 50 ans - qui, lorsqu'ils se rencontrent, s'entrechoquent, se repoussent plus qu'ils ne s'épousent.

Par David Straus le 13 octobre 2008 à 11:03
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3 Commentaires

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  • Soph, le 18/12/2008 à 09h43

    En effet très bon roman, très bien écrit, qui laisse sans voix mais pas sans maux... Mais toutes les trentenaires ne se ressemblent pas ! En amour tout est possible... enfin j'ose encore y croire...

  • Bravo les abricots, le 30/10/2008 à 21h35

    Mais bien souvent, pour se rassurer, le quinqua traque la trentennaire ! Bien trop nostalique face à sa jeunesse envolée..... il tente de retrouver en sa maîtresse un ersatz de ce qu'il a pu être un jour! Hêlas, une jeunesse ne saurait se vivre par procuration... Je regrette toutes ces généralités sur les trentennaires......l'auteur semble oublier que de nombreux quinquas sont immatures à souhait, égoistes à volonté, tout aussi pertubés que certains adolescents.

  • Félix, le 25/10/2008 à 11h21

    Un superbe roman, un style acéré avec de nombreuses variations de tonalité. quand on est quinqua il faut éviter comme la peste les belles trentenaires.

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