Sombre Italie d'hier et d'aujourd'hui

Par Matthieu DURAND, le 10 décembre 2008 à 05h30 , mis à jour le 09 décembre 2008 à 18h49

Chronique - Les éditions Métailié publient deux romans policiers qui révèlent les agissements douteux de notables du Nord de l'Italie. Edifiant et prenant.

Italie polars"Derrière le paravent" de Loriano Macchiavelli et "Padani City" de Massimo Carlotto & Marco Videtta, aux éditions Métailié. © Métailié

Padana City polarPadoue, aujourd'hui...

Le ciel tombe sur la tête de Francesco, jeune et prometteur avocat de Padoue : une semaine avant son mariage, sa fiancée Giovanna est retrouvée morte. Noyée dans son bain par un assassin dont elle était proche. Fou de douleur, Francesco ne se contente pas de l'enquête officielle, qui avance à petits pas, pour ne pas bousculer les notables locaux. Mais remonter la piste du meurtrier, c'est lever le voile sur les pratiques peu scrupuleuses des industriels et des édiles de cette riche Padanie. Personne n'en sortira indemne, surtout pas Francesco.

Si Gomorra, le livre choc de Roberto Saviano, a braqué le projecteur sur l'emprise de la mafia dans le Sud de la péninsule, Massimo Carlotto, associé pour l'occasion à Marco Videtta, rappelle que la fortune de l'Italie du Nord s'est également bâtie sur la corruption et le meurtre. Le récit est prenant ; on compatit pour Francesco qui va de désillusion en écoeurement à mesure qu'il approche de la vérité. Voici un polar transalpin bien documenté - un de plus - qui achève de nous convaincre que la Bella Vita est décidément bien terminée. Si elle a jamais eu lieu.

Massimo Carlotto & Marco Videtta : Padana City (Métailié), 214 pp., 18 euros.

Derrière le paravent polarBologne, hier...

Le sergent Sarti Antonio est du genre taciturne. Il a "la mauvaise habitude de dire presque toujours ce qui lui passe par la tête. Ou mieux : il a la maudite habitude de penser à voix haute", nous explique le narrateur dont le lecteur ne sait pas s'il s'agit d'un coéquipier d'Antonio, ou tout simplement l'auteur du livre. Une construction originale pour un personnage qui l'est tout autant.

Certes, on en a déjà vu/lu des flics bourrus avec, au fond d'eux, une grande humanité. Et Sarti Antonio correspond pile poil à cette catégorie. Mais le sergent est aussi un amateur exigeant de café. D'ailleurs, le seul café qu'il apprécie vraiment, c'est celui qu'il prépare. Car "pour préparer un bon café, explique-t-il à un malfrat, il faut un cadre adapté : faut qu'il y ait de l'amour. Je dirais même qu'il faut qu'il y ait un rapport érotique entre celui qui prépare le café et la cafetière".  Revenons-en à l'histoire : incapable d'empêcher un vol durant une expo de numismatique, Antonio est affecté aux rondes de nuit dans un quartier mal famé de Bologne. Il "apprivoise" tant bien que mal Claudio, un gamin qui traîne dans la rue. Il lui trouve un travail mais un drame surgit et Antonio va se révolter contre ce "monde pourri".

Avec beaucoup de tendresse pour ses personnages, Loriano Macchiavelli brosse un tableau sans concession de l'Italie de la fin des années 70. Les immigrés accusés de tous les maux étaient alors ces Méridionaux, venus de Sicile, de Campanie ou de Calabre. Mais la riche bourgeoise du Nord était loin d'être au-dessus de tout soupçon. Un polar fort, comme un espresso serré.

Loriano Macchiavelli : Derrière le paravent (Métailié), 234 pp., 19 euros

Par Matthieu DURAND le 10 décembre 2008 à 05:30
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1 Commentaires

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  • Abderrahim, le 02/01/2009 à 23h16

    C'est un plaisir de lire.

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