"Louise et Juliette", Catherine Servan-Schreiber, JC Lattès © JC LattèsLouise et Juliette
Catherine Servan- Schreiber
JC Lattès
384 pages, 20 euros
Louise et Juliette sont deux soeurs que les liens du mariage, pour ne pas dire du coeur, jettent dans des camps adverses. Au crépuscule des années 30, ces camps ne sont encore que ceux des idées : Charles, le patron de presse juif et mari de Louise, se heurte à l'antisémitisme viscéral de Paul, le mari de Juliette. On ne s'enflamme alors que pour ses convictions politiques et il suffit aux maîtresses de maison d'un bon plan de table pour empêcher les maris d'en venir aux mains.
Mais avec la guerre, la nomination de Paul comme préfet de région dans la France de Vichy et le passage à la clandestinité pour Charles, Louise et leurs enfants, il s'en faut de peu que les frontières entre les familles se tracent avec le sang des uns d'abord, puis des autres à la Libération. "Nous sommes en danger toutes les deux pour des raisons très différentes. Et je suis confuse de devoir me protéger de toi", résume en février 1944 Louise, traquée parce qu'elle a épousé un Juif, à sa soeur, menacée de mort par les résistants parce qu'elle vit aux côtés d'un fonctionnaire zélé. Les soeurs parviennent à préserver l'amour qui les lie.
Injustice maternelle
Derrière les Somer-Schirrer se cachent l'illustre clan des Servan-Schreiber dont l'écrivaine fait partie. Le lecteur aura vite compris que Charles, le rédacteur en chef de La Gazette des entrepreneurs, n'est autre que le grand-père de l'auteure, Emile Servan-Schreiber, fondateur de ce qui deviendra Les Echos. Quant à Louise, c'est Denise, à qui la guerre fait endosser un rôle de matriarche sévère.
Catherine Servan-Schreiber dresse de sa grand-mère un portrait de mère courage, au caractère volontiers autoritaire, parfois injuste. Elle devient insistante quand il s'agit de décrire l'idolâtrie de Louise à l'égard de son fils aîné, Léonard (alias Jean-Jacques). Une manière, sans doute, de rendre hommage et justice à sa propre mère, Brigitte Gros (Émilie dans le roman), qui faillit payer de sa vie son engagement contre l'occupant quand toute l'attention maternelle se portait sur un fils chéri, polytechnicien, enrôlé dans l'US Air Force mais qui ne prit jamais part aux combats. Pas ceux-là du moins.
Malgré quelques lourdeurs dans la psychologie de ses personnages et un style encore vert et souvent insistant - que de points d'exclamation ! -, ce premier roman, inspiré de la réalité, parvient à tenir son lecteur en haleine.
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