Naples : Après "Gomorra", Roberto Saviano défie la mort

Par Matthieu DURAND, le 28 avril 2009 à 05h30 , mis à jour le 27 avril 2009 à 17h21

Chronique - Dans "Le contraire de la mort", l'auteur de "Gomorra" livre deux récits forts et poignants sur des jeunes napolitains victimes de la misère et de la violence. Deux histoires sur un "pays en guerre".

Roberto Saviano livreRoberto Saviano : "Le contraire de la mort" (Robert Laffont). © Robert Laffont/sxc.hu

Le contraire de la mort
Roberto  Saviano
Robert Laffont
88 pages, 12,50 euros


Pour avoir dénoncé les agissements de la camorra dans le livre choc Gomorra, Roberto Saviano est contraint de vivre caché, sous protection policière. La mafia napolitaine veut sa peau.

Une menace permanente sous laquelle le journaliste italien vit avec résignation, voire fatalisme. S'il n'est plus tout à fait libre de ses mouvements - pour des raisons de sécurité, Saviano a conservé intactes sa capacité d'indignation et sa liberté de parole. Ecrire pour ne pas disparaître, témoigner pour braver ceux qui veulent le faire taire à jamais.

Enfer méridional

Le contraire de la mort, publié chez Robert Laffont, s'inscrit dans la même démarche que Gomorra : une approche journalistique et un traitement littéraire de la réalité napolitaine. Cette réalité, c'est une ville rongée par la misère et livrée à la violence. C'est "un pays en guerre mais qui l'ignore". Pour échapper à cet enfer - qui s'étend à toute l'Italie méridionale -, les jeunes sont condamnés à fuir, à intégrer le système mafieux ou à en devenir les victimes.

Gaetano a choisi la première voie. Il s'est engagé dans l'armée. Besoin d'argent. Il a été envoyé en Afghanistan où il s'est fait tuer. Laissant dans le désespoir Maria, sa fiancée devenue jeune veuve. Giuseppe et Vincenzo aussi ont été tués. Abattus comme des chiens par un clan de la camorra. De ce tragique fait-divers, il serait facile d'imaginer un règlement de compte entre camorristes. La vérité est toute autre, comme le démontre Saviano.

Trois morts, une survivante. Dans ces deux récits forts et poignants, Roberto Saviano s'attache à replacer l'humain au cœur des situations qu'il décrit. La mainmise de la camorra sur la Campanie et la pauvreté qui règne dans cette région abandonnée par l'Etat italien ne s'expriment pas sous la forme de statistiques ou d'entrefilets dans la presse, ce sont avant tout des vies brisées. Des personnes qui formaient des projets, aimaient, riaient, souffraient... Saviano leur rend un bel hommage.

"P'tite Canaille", Adriana et les autres

La terrible réalité  napolitaine constitue le théâtre dans lequel évoluent "P'tite Canaille", Adriana, Anna et les autres. Des femmes surtout - ado qui se cherche, quadra qui ne sait plus où elle en est, ambitieuse prête à tout, veuve de camorriste... Valeria Parrella leur donne vie dans un recueil de nouvelles intitulé Le ventre de Naples. Chaque histoire est un condensé de vie raconté sans emphase mais avec justesse et une ironie mordante.
Valeria Parrella : Le ventre de Naples (Seuil), 168 pages, 19 euros.

 

Par Matthieu DURAND le 28 avril 2009 à 05:30
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6 Commentaires

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  • SALMA, le 06/05/2009 à 15h21

    Gomorra est un livre poignant et montre l'immoralité installée dans cette région de campanie, Naples et ses environs.Casal di Principe est le noyau de l'enfer où la mafia a laissée ses traces les plus sanglantes avec le trafic d'armes internationales et des déchets toxiques.La jeune sentinelle présente dans les quartiers nord de Naples où on y trouve son plus grand marché européen de drogues.La guerre des clans est omniprésente et ne connait qu'un seul mot le business.

  • Vi, le 01/05/2009 à 23h52

    Roberto Saviano m'inspire un immense respect.Courageux, brillant et exceptionnel sont les mots qui me viennent à l'esprit pour le définir. Un grand écrivain est né. Il est scandaleux qu'un homme droit et intègre soit menacé de mort par une bande de criminels qui agit en toute impunité. Comment se fait-il que nos pays soient dans l'incapacité de lui offrir une vie normale? Pourquoi doit-il vivre caché alors qu'il n'est coupable d'aucun crime? Comment nos démocraties peuvent-elles trembler devant ces assassins, ces lâches? Roberto Saviano est un jeune homme, il n'a que 29 ans. J'espère que les USA pourront lui offrir une vie sans surveillance-chose qui semble impossible dans la vieille Europe- et qu'il pourra fonder une famille, vivre tout simplement. Longue vie à vous et continuez à écrire.

  • Yannick, le 30/04/2009 à 09h52

    Trés courageux, ROBERTO SAVIANO ,(la camorra fait partie integrante du systéme politique depuis ca création) rien ne changera maintenant et aprés ( cela fait vivre beaucoup trop de personne ) YANNICK hyéres-les-palmiers

  • GCC, le 29/04/2009 à 11h07

    Roberto Saviano fait partie du nombre, hélas peu nombreux, de mes compatriotes qui me font sentir fier d'etre italien. J'ai une grande maison, elle lui est ouverte en grand.

  • BELLA, le 28/04/2009 à 18h29

    Ben si il veut il ya a de la place chez moi pour se planquer, il a l'air tellement triste j'espère qu'il ne lui arrivera rien, sincèrement.

  • DEBAIN, le 28/04/2009 à 08h28

    PLUS COURAGEUX QUE NOS HOMMES POLITIQUES CE JOURNALISTE HELAS IL Y EN APEU

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