Anaisthêsia
Antoine Chainas
Série Noire, Gallimard
310 pages, 17,50 euros
Désiré Saint-Pierre est une sorte de mort-vivant. A la suite d'un accident qui l'a défiguré, ce policier est devenu insensible à la douleur. Un cas d'école qui fait le bonheur du docteur Zymanski. Mais pas celui de ses collègues. Ils avaient déjà mal pris l'intégration de Désiré dans leur groupe d'investigations. Ils y voyaient une nomination politique, après les émeutes interraciales dans les banlieues. Car Désiré est noir. Flic et noir. Et ça, personne ne lui pardonne. Ni dans son quartier, ni au commissariat.
Désiré s'en fout. Depuis son accident, il a été placardisé. Désormais, celui que l'on montrait comme exemple même de l'intégration réussie dérange. Il fait peur, avec son visage ravagé et son attitude détachée de tout. Mais ses collègues vont de nouveau faire appel à lui pour traquer une impitoyable tueuse en série.
Glauque et dérangeant
En deux romans (Aime-moi, Casanova en 2007 et Versus en 2008), Antoine Chainas a creusé son trou dans les catacombes du roman noir. En imposant son univers glauque et dérangeant. Comme Jean-Christophe Grangé, Chainas est un chroniqueur du mal, un arpenteur des ténèbres. De ces deux spéléologues du vice, Grangé est celui qui a fait sienne cette zone de la caverne où la lumière du jour, aussi faible soit-elle, esquisse les contours de l'horreur. Chainas, lui, progresse dans les boyaux les plus visqueux et les plus sombres. Dont il ne manque de décrire aucun détail.
Sans être aussi éclatant que Versus - un diamant noir, Anaisthêsia confirme l'immense talent de son auteur. Certes, même s'ils sont dictés par la manière de penser de Désiré Saint-Pierre, certains effets de style, qui reposent sur la répétition, sentent le déjà-lu et finissent par alourdir la narration. Des petits défauts sur lesquels le lecteur passe bien vite tant il est emporté par cette histoire forte et terrible. Et par le style unique de Chainas. Anaisthêsia ne laisse pas insensible.







