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Par F.L. (D'après agences), le 12 novembre 2009 à 09h07, mis à jour le 12 novembre 2009 à 13:23
La lauréate du prix Goncourt a le droit de s'exprimer librement... mais cela vaut aussi pour Eric Raoult, affirme le ministre de la Culture.
Frédéric Mitterrand, le 6 septembre 2009 à Seignosse, au campus d'été de l'UMP © Abacapress.comEn devenant ministre de la Culture, il s'était engagé à ne pas oublier les artistes et à les protéger. Mais Eric Raoult lui a demandé d'inciter Marie Ndiaye, toute nouvelle lauréate du prix Goncourt jugée trop critique envers le gouvernement et Nicolas Sarkozy, à se faire plus discrète dans l'expression de ses opinions. Qu'allait donc choisir Frédéric Mitterrand ? Silencieux tout au long de la journée de mercredi, alors que le bouillant élu de Seine-Saint-Denis avait choisi de forcer le mouvement en rendant publique la demande écrite qu'il avait adressée au ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand s'est enfin exprimé jeudi matin. Et il a choisi... de ne pas choisir.
Le ministre de la Culture a été victime d'un accident "sans gravité", dans la nuit de dimanche à lundi, en glissant sur une plaque de verglas.
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Publié le 11/11/2009
"Les écrivains qui reçoivent le Prix Goncourt ont le droit de dire ce qu'ils veulent", a dit le ministre dans une interview à la radio France-Bleue Isère. Mais cela vaut aussi pour l'élu de Seine-Saint-Denis : "Eric Raoult qui est un ami et un homme très estimable a le droit, en tant citoyen, voire en tant que parlementaire, de dire ce qu'il pense". Conclusion : "Je n'ai pas à arbitrer entre une personne privée qui dit ce qu'elle veut dire et un parlementaire qui dit ce qu'il a sur le cœur. Ce me regarde en tant que citoyen, ça ne me concerne pas en tant que ministre".
"Inacceptable et inquiétant"
De son côté, Ségolène Royal a estimé jeudi que "dans une démocratie il doit être possible de critiquer le pouvoir en place". "Je crois quand même que la liberté d'expression des écrivains est un bien très précieux (...) Heureusement qu'ils ont cette liberté d'expression", a déclaré l'ex-candidate PS à la présidentielle Mme Royal sur RMC et BFM-TV. "On lui reproche, je crois, d'avoir tenu des propos désobligeants à l'égard de Nicolas Sarkozy. C'est quand même un comble. Je crois que dans une démocratie il doit être possible quand même de critiquer le pouvoir en place", a ajouté la présidente de la région Poitou-Charentes.
Même indignation du côté de Martine Aubry. "La mise en cause de Marie NDiaye par Eric Raoult est inacceptable et inquiétante. Le Parti socialiste condamne fermement cette volonté de censurer la parole libre d'une écrivaine. Je le dis clairement : ne touchez pas à Marie NDiaye, ne touchez pas à la liberté d'expression", écrit la patronne du PS dans un communiqué. Le maire de Lille "adresse au nom du Parti socialiste un message de sympathie et de soutien à Marie NDiaye" et "demande à Eric Raoult de retirer ses propos et de présenter ses excuses à Marie NDiaye".
"Une atmosphère de flicage, de vulgarité"
L'entretien qui avait fait tiquer Eric Raoult avait été publié cet été par le magazine Les Inrockuptibles, dans son numéro daté du 18-24 août. Marie Ndiaye, qui n'avait pas encore été récompensée par le prix Goncourt, y expliquait notamment pourquoi elle avait choisi de vivre à Berlin avec son compagnon et leurs trois enfants depuis deux ans. "Nous sommes partis juste après les élections", disait-elle, "en grande partie à cause de Sarkozy (...) Je trouve détestable cette atmosphère de flicage, de vulgarité... Besson, Hortefeux, tous ces gens-là, je les trouve monstrueux".
Des propos très durs qu'elle appuyait encore en réponse à la question "Vous sentez-vous bien dans la France de Sarkozy ?" : "Je trouve cette France-là monstrueuse", affirmait-elle. Propos jugés par Eric Raoult "d'une rare violence" et "peu respectueux, voire insultants, à l'égard de ministres de la République et plus encore du chef de l'Etat". D'où sa demande faite à Frédéric Mitterrand de lui "indiquer sa position sur ce dossier et ce qu'il compte entreprendre en la matière" et son invocation d'un "devoir de réserve" pour les prix littéraires, qui lui avait aussitôt valu une volée de bois vert de la part de divers membres de l'académie Goncourt.
Quant à Marie Ndiaye, elle hésite depuis mercredi entre tentatives de désamorcer la polémique et volonté de réaffirmer ses opinions. L'auteur de Trois femmes puissantes a, dans un premier temps, tenté de relativiser sur Europe 1 les propos qui lui sont aujourd'hui reprochés par Eric Raoult. Propos qu'elle a qualifiés elle-même de "très excessifs", assurant que même si elle vit en Allemagne, elle "ne veut pas avoir l'air de fuir je ne sais quelle tyrannie insupportable". Elle a toutefois refusé de se dédire et de revenir sur ses propos controversés. Et ce jeudi, sur France Inter, elle a contre-attaqué : "Le devoir de réserve s'applique aux fonctionnaires, je ne suis pas une employée de l'Etat que ce dernier aurait récompensée. Je ne vois pas ce qui depuis le mois d'août a changé pour que je veuille revenir sur ces propos. Je persiste et signe".
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