Les singes ont-ils tué le loup ?

Par , le 28 juin 2010 à 13h50 , mis à jour le 29 juin 2010 à 08h53

Essai - Un philosophe raconte avec humour l'improbable histoire qu'il a partagée avec son loup. Et alors que l'animal disparaît, il repose les grandes questions existentielles, non plus comme le singe calculateur qu'est l'être humain, mais comme un loup.

Mark Rowlands et son loup BerninMark Rowlands et son loup Bernin © Belfond / Dr

Mark Rowlands est tout jeune professeur de philosophie à l'université d'Alabama lorsqu'il adopte un loup de six semaines qu'il baptise Brenin. L'auteur voue une admiration sans borne aux loups, au sien en particulier, qui n'a d'égale que la sévérité qu'il nourrit pour ses congénères, les humains, ces singes "prêts à croire les fadaises qu'ils inventent sur leur propre compte".

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Car plus que Le philosophe et le loup, cet ouvrage mériterait d'être intitulé Le loup et les singes, dont le philosophe n'est qu'un avatar. "Être singe, écrit-il, c'est prendre le monde pour une accumulation de ressources à utiliser à des fins personnelles. Le singe applique ces principes à ceux de son espèce, autant - sinon davantage - qu'au reste de la nature. Le singe n'a pas d'amis mais des alliés. Il ne voit pas ses congénères, il les observe, constamment à l'affût d'une occasion de profiter d'eux" en pratiquant un art de la supercherie comme aucune autre espèce sur Terre.

exergue "Laisser s'exprimer le loup en nous et faire taire l'incessant bavardage du singe"

Le loup - ou du moins la fonction que nous lui réservons dans les fables - est de nous dire combien nos valeurs sont "viles et grossières ; que l'essentiel de la vie n'est jamais affaire de calcul. Ce qui a vraiment du prix n'est ni quantifiable ni commercialisable." Du difficile dressage des débuts aux longues promenades dans les montagnes sauvages de l'Alabama, de l'épreuve de la maladie à la naissance des petits de Brenin vont surgir quelques leçons de vie et finalement inspirer un ouvrage où s'enchevêtrent une belle histoire racontée avec humour et un essai philosophique dans lequel le philosophe va réévaluer, sous le regard sans concession du loup, des questions comme la morale, le bonheur, le sens de la vie ou la mort.

Aux premiers abords misanthrope, la philosophie de Mark Rowlands appelle à l'affirmation et au dépassement de soi, voire à l'insubordination. "Il est parfois nécessaire de laisser s'exprimer le loup en nous et de faire taire l'incessant bavardage du singe", plaide-t-il. "Alors vous découvrirez l'essentiel : non pas le fruit de vos manigances, de votre rouerie ou de votre bonne étoile, mais ce qui reste une fois que tout vous a lâché."

Le philosophe et le loup

de Mark  Rowlands

Belfond, Collection L'esprit d'ouverture

284 pp., 18 €

http://www.belfond.fr/

http://www.rowlands.philospot.com/

http://www.espritdouverture.fr/

 

Par David Straus le 28 juin 2010 à 13:50
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2 Commentaires

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  • stdenis98, le 30/06/2010 à 08h40

    Intéressant point de vue sur la dualité de l'esprit humain, entre pensée et instinct. C'est vrai que les plaisirs simples rendent plus heureux que toutes nos inventions "civilisées".

  • nonpeutetre, le 29/06/2010 à 14h03

    Un 'philosophe' qui réduirait l'homme à son héritage animal ? Qu'il ne se qualifie pas de philosophe, alors.

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