Ces pommes ont la saveur d'un chef d'oeuvre

Par , le 28 juillet 2010 à 09h46 , mis à jour le 04 août 2010 à 16h28

Roman - La narratrice hérite de la maison de sa grand-mère. Mais la demeure est chargée de souvenirs et peut-être d'un passé trop lourd à assumer pour la jeune femme. Un livre à lire absolument.

Couverture de "Le goût des pépins de pommes" de Katharina HagenaCouverture de "Le goût des pépins de pommes" de Katharina Hagena © DR

A la mort de Bertha, ses trois filles et sa petite-fille, Iris, la narratrice, se retrouvent dans la maison de famille, à Bootshaven, dans le nord de l'Allemagne, pour la lecture du testament. Les dix dernières années ont vu la vieille dame perdre peu à peu la mémoire, frappée par la maladie d'Alzheimer. A la grande surprise d'Iris et pour son embarras, la jeune femme hérite de la demeure imposante et des souvenirs que cette dernière couve dans la moindre de ses pièces et jusque dans son jardin aux multiples pommiers. Pourquoi garderait-elle cette vieille battisse, loin de tout ?

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Le premier roman de Katharina Hagena a connu un succès inattendu en Allemagne et sa traduction française par Bernard Kreiss est bien partie pour susciter le même intérêt chez les lecteurs francophones. Car ce bouquin, sous ses airs d'histoire de famille et de terroirs bien assumés, dépasse ce simple propos pour développer, avec un merveilleux talent de plume, les thèmes du souvenirs, de l'oubli et de la quête de vérité.

Les caramels dans les boîtes métallisées

Le livre propose une double piste de lecture. L'une est rythmée comme un chant qu'on se plaît à découvrir page après page et fait appel aux sensations : Katharina Hagena rend palpable la maison et la nature qui l'entoure, leurs odeurs, les matières, l'atmosphère, les souvenirs qui les habitent et dont certains réveilleront sans doute chez le lecteur un peu de nostalgie : les caramels dans les boîtes métallisées, les jeux d'enfants, les baignades dans les étangs ou les cueillettes au verger. Au fil des anecdotes, fleurtant parfois avec un merveilleux poétique, l'auteur dresse la petite histoire de trois générations de femmes, de leurs amours, de leurs malheurs, des secrets plus ou moins bien gardés.

"Le souvenir est une forme de l'oubli"

L'autre piste de lecture fraie, elle, avec l'Histoire : ce que l'on en retient et ce que l'on efface. "L'oubli partagé est un lien aussi fort que les souvenirs communs. Peut-être même plus fort", peut-on lire. Parce qu'il se déroule outre-Rhin et parce qu'il est l'oeuvre d'une jeune Allemande, le récit, à moitié par métaphore, trouve une autre sens : pourquoi cette inscription "nazi" sur le mur du poulailler refuse-t-elle de disparaître sous les coups de pinceaux d'Iris ?

Quel a donc été le rôle de ce grand-père rigide pendant les années noires ? Les poèmes qu'il rédigeait en secret ne parlaient jamais de la guerre ni de la défaite, comme si ces années avaient été gommées. Les vers idéalisaient en revanche une enfance pourtant malheureuse. Ce qui fait dire à la narratrice que "l'oubli n'est pas seulement une forme du souvenir, mais que le souvenir est aussi une forme de l'oubli." A quel prix hérite-t-on d'une maison - ou d'un pays ? Que coûte-t- il de se retourner sur son passé ? Et si on tente de l'ignorer ?

Le goût des pépins de pommes

de Katharina  Hagena

Traduit de l'allemand par Bernard Kreiss
Editions Anne Carrière
268 pages, 19,50 euros

Par David Straus le 28 juillet 2010 à 09:46
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