La couverture de "Féroces" de Robert Goolrick paru chez Anne Carrière. © Anne Carrière"Mais ce jour-là, je racontai tout à ma grand-mère, et elle écouta, et elle répondit : 'Ne répète jamais cette histoire à qui que ce soit d'autre. Si tu répètes cette histoire à quelqu'un, il arrivera des choses terribles. Quelque chose de terrible arrivera à notre famille.' Ensuite, elle eut beaucoup de choses à faire."
Le gueuleton épistolaire d'Amélie Nothomb
<b>Roman - </b> En 2008, l'auteur entre en relation épistolaire avec un soldat américain caserné en Irak, désireux de partager avec elle le poids des horreurs de la guerre. Et quel poids : 180 kilos de graisse, comme ultime "acte de sabotage" de la machine militaire US.
Publié le 19/08/2010
Faute de preuves : rencontre avec Harlan Coben
<b>Interview- </b>On ne présente plus Harlan Coben. Devenu une icône du polar, il enchaîne les succès. "Ne le dis à personne", "Disparu à Jamais", "Sans un Mot", on en passe et des meilleurs. Un des meilleurs, justement, pourrait être son nouveau roman "Faute de preuves".
Publié le 28/03/2011
Andréi Makine, "Le livre des brèves amours éternelles"
<b>Roman -</b> L'auteur russe signe un nouveau livre d'une grande sensibilité où se croisent l'Histoire et les histoires d'amour. Et l'air de rien, une fois encore, il touche à l'essentiel.
Publié le 19/01/2011
"Quand j'étais normal" de Marc Weitzmann
<b>Roman - </b>La confrontation de deux visions : celle d'une société des années 70 où l'on pensait pouvoir changer les choses par la culture et le verbe et celle des années 2000 où l'on doute de tout : de la parole, des autres et de soi.
Publié le 27/10/2010
Facebook l'arme du crime
<b>Roman- </b>A chaque nouveau livre, Patrcik Bauwen frappe fort, très fort. Pour son nouveau thriller " Seul à savoir ", ce chirurgien urgentiste, romancier à ses gardes perdues, nous entraine dans une course poursuite contre le temps avec Facebook comme un des personnages principal.
Publié le 25/10/2010
"Le siècle des nuages" de Philippe Forest
<b>Roman - </b>Entrelaçant l'histoire du XXe siècle et celle de son père aviateur, Philippe Forest signe un roman puissant sur l'aviation, des frères Wright aux pilotes anonymes des compagnies commerciales.
Publié le 17/10/2010
Les monologues du voisin
<b>Roman - </b>Un TGV est stoppé par un "incident de personne". A bord, le narrateur entame un long voyage introspectif avec les fantômes qui l'habitent. Eric Pessan signe son 6e roman.
Publié le 13/09/2010
Jim Harrison et ses antihéros solitaires
<b>Nouvelles - </b>Jim Harrison revient avec trois longues nouvelles tissant trois destins solitaires sur fond d'Amérique au naturel.
Publié le 09/09/2010
En route pour Desert Pearl Hotel
<b>Roman- </b>Pour son premier roman, Pierre-Emmanuel Scherrer s'inspire du voyage qui le mena de New York à San Francisco, quand il lâcha un temps son métier d'avocat pour celui de musicien. Un road movie littéraire détonnant.
Publié le 31/08/2010
Un roman à l'eau de rosse
<b>Roman - </b>"Une Affaire conjugale" d'Eliette Abécassis raconte une histoire de désamour. Une regard militant, documenté et partisan sur le divorce.
Publié le 23/08/2010
Les sorcières d'Updike ressuscitées pour un ballet crépusculaire
<b>Roman - </b>L'ultime roman de John Updike remet en scène les trois sorcières d'Eastwick, trente ans après leurs méfaits. Cruellement délicieux !
Publié le 28/07/2010
Après le déluge, moi
<b>Roman - </b>Dans son dernier roman "Déluge", Henry Bauchau s'interroge une nouvelle fois sur les rapports entre la folie et l'art, et les pouvoirs de ce dernier sur nos vies.
Publié le 16/06/2010
Chez les Goolrick, il y avait des règles. Toutes sortes de règles. Certaines des plus futiles, comme ne jamais boire ni servir de rhum. En Virginie, au tournant des années 50, on sert des cocktails et on se finit au bourbon. Pour les boire, on respecte un rituel, un apparat, une tenue. Parmi toutes ces règles, il en était une, propre aux Goolrick, à n'enfreindre sous aucun prétexte : rien ne doit sortir de la famille. "Est-ce que vous avez parlé de nous ?", demande sans cesse, terrifiée, la mère de l'auteur.
Et pourtant qui n'aurait envié les Goolrick, lui le professeur universellement aimé, elle que tous les ados du coin rêvent d'avoir pour mère, toujours à l'écoute, si compréhensive. "On les adorait pour leur sens de l'humour et leur charme, pour leur beauté et leur minceur, pour la manière de s'habiller de ma mère, et de mon père aussi."
| "Vous avez parlé de nous ? Insistait-elle. Est-ce que vous avez parlé de moi?" |
Bien sûr, le foyer manque d'argent mais "tout le monde était pauvre. Ils étaient tous profs de fac et ils passaient leur temps à emprunter cinquante dollars et une bouteille de bourbon pour finir le mois". Bien sûr, madame noie son amertume dans une mer de tranquillisants – "comme toutes les maîtresses de maisons à l'époque". Bien sûr, il y avait les disputes "terribles, au vitriol". Bien sûr. Bien sûr. "Vous avez parlé de nous ? Insistait-elle. Est-ce que vous avez parlé de moi?"
Féroces, le titre en français, traduit la terrible cruauté des parents. Cinglant, il claque comme ce chapitre déchirant le voile sur l'origine de toutes ces douleurs. Féroces aussi comme l'humour du père, comme l'appétit démesuré de ce couple pour les party entre gens de bonne société. The end of the world as we know it : scenes from a life, le titre en anglais, gomme cette brutalité, cette bestialité, mais il révèle une autre facette du roman, la plus importante peut-être : tout commence comme une fresque de la société virginienne, quelque chose d'académique, de respectable. Mais, le lecteur le pressent, ce monde est finissant, en sursis.
| "Ecrire ne m'a ni libéré ni rendu prisonnier de mon passé. C'est simplement quelque chose dont je sais que c'est là" |
Robert Goolrick a entamé ce récit après avoir rédigé un premier roman Une femme simple et honnête (A reliable woman, également paru chez Anne Carrière). "Ecrire ses mémoires, confiait-il à BookReporter.com, c'est comme écrire une lettre longue et honnête à un confident." "Mais cela ne m'a ni libéré ni rendu prisonnier de mon passé. C'est simplement quelque chose dont je sais que c'est là", expliquait-il Powell's Books. "Je me demande en permanence pourquoi les gens font ce qu'ils font. Ecrire m'oblige à faire des choix : il vous faut trancher et dire, en fin de compte, 'cela a eu lieu', de manière compréhensible pour le lecteur."
Robert Goolrick dit ce qui fut, en quelques pages crûment, avec détails, ce qui fait de Féroces un livre à ne pas mettre entre de trop jeunes mains. Il ne dit pas que cela : il dit surtout l'alcool, le sexe, la douleur de vivre. De vivre quand même. Il dit la culpabilité, la solitude, de désamour. Il le dit, non comme une longue plainte, mais comme une chronique du quotidien, n'hésitant pas au passage à raconter une anecdote, à plaisanter même, sans que le lecteur puisse jamais se départir d'une noire tension.
Il en dit peut-être trop, enfin, lorsque, dans un dernier chapitre d'une grande beauté, Robert Goolrick énumère les raisons pour lesquelles ce livre devait exister. "On peut se demander pourquoi je décide de le faire. S'interroger sur l'égoïsme, la douleur que je vais infliger, sur ces souffrances terribles que je vais raviver sans vraie raison." Comme si les faits ne parlaient pas d'eux-mêmes. Comme si, une dernière fois, il s'excusait d'avoir enfreint la loi de la famille : surtout ne rien dire.
Féroces
de Robert Goolrick
Anne Carrière
250 p., 20,50 euros
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