Le Siècle des Nuages de Philippe Forest chez Gallimard © Gallimard
"C'est moi qui me souviens, 'Arma viruque cano'. Quelqu'un d'autre que lui qui met des mots sur l'histoire et qui la sort du vide au fond duquel elle ne demandait qu'à disparaître doucement, rejoignant toutes les autres au sein de l'indiscernable rumeur où elles se mêlent enfin. Moi qui cherche maladroitement par où commencer (...)"
Le gueuleton épistolaire d'Amélie Nothomb
<b>Roman - </b> En 2008, l'auteur entre en relation épistolaire avec un soldat américain caserné en Irak, désireux de partager avec elle le poids des horreurs de la guerre. Et quel poids : 180 kilos de graisse, comme ultime "acte de sabotage" de la machine militaire US.
Publié le 19/08/2010
Andréi Makine, "Le livre des brèves amours éternelles"
<b>Roman -</b> L'auteur russe signe un nouveau livre d'une grande sensibilité où se croisent l'Histoire et les histoires d'amour. Et l'air de rien, une fois encore, il touche à l'essentiel.
Publié le 19/01/2011
"Quand j'étais normal" de Marc Weitzmann
<b>Roman - </b>La confrontation de deux visions : celle d'une société des années 70 où l'on pensait pouvoir changer les choses par la culture et le verbe et celle des années 2000 où l'on doute de tout : de la parole, des autres et de soi.
Publié le 27/10/2010
Un privé dans le Dublin de la croissance
<b> Polar -</b> Avec "Coup de sang", écrit en 2006, en plein boom économique, Declan Hughes brosse, en filigrane de l'histoire policière, le visage d'alors de la capitale irlandaise. La richesse est apparente, mais elle cache une pauvreté toujours résiduelle.
Publié le 21/10/2010
Jim Harrison et ses antihéros solitaires
<b>Nouvelles - </b>Jim Harrison revient avec trois longues nouvelles tissant trois destins solitaires sur fond d'Amérique au naturel.
Publié le 09/09/2010
Un roman à l'eau de rosse
<b>Roman - </b>"Une Affaire conjugale" d'Eliette Abécassis raconte une histoire de désamour. Une regard militant, documenté et partisan sur le divorce.
Publié le 23/08/2010
Les sorcières d'Updike ressuscitées pour un ballet crépusculaire
<b>Roman - </b>L'ultime roman de John Updike remet en scène les trois sorcières d'Eastwick, trente ans après leurs méfaits. Cruellement délicieux !
Publié le 28/07/2010
Après le déluge, moi
<b>Roman - </b>Dans son dernier roman "Déluge", Henry Bauchau s'interroge une nouvelle fois sur les rapports entre la folie et l'art, et les pouvoirs de ce dernier sur nos vies.
Publié le 16/06/2010
Houellebecq métamorphosé
Etrange histoire que "La carte et le terrtoire" de Michel Houellebecq, roman à tiroirs, où les détails triviaux côtoient les considérations géopolitiques. L'écrivain semble enfin prendre du plaisir. Et nous aussi !
Publié le 17/09/2010
Angoissante Justine
<b>Thriller - </b>"Bonne nuit mon amour", un thriller psychologique signé par une auteure suédoise à succès, emmène le lecteur dans les méandres de la perversion humaine. Tout en finesse. A découvrir.
Publié le 03/09/2010
Les monologues du voisin
<b>Roman - </b>Un TGV est stoppé par un "incident de personne". A bord, le narrateur entame un long voyage introspectif avec les fantômes qui l'habitent. Eric Pessan signe son 6e roman.
Publié le 13/09/2010
Chronique d'une vie volée
<b>Roman - </b>D'une chronique acérée sur la bonne société en Virginie au tournant des années 50, "Féroces" de Robert Goolrick bascule par petites touches vers une autobiographie brutale. A lire.
Publié le 01/09/2010
Il était une fois le petit Adi, alias Adolf Hitler
<b>Roman - </b>Michel Folco imagine, dans un récit documenté, ce que furent l'enfance et la jeunesse d'une des pires figures de l'Histoire. Cette fiction suscite davantage de questions qu'elle ne donne de réponses.
Publié le 11/08/2010
Un Jean-Louis Fournier un brin vachard
<b>Roman - </b>L'auteur du best-seller Où on va papa ? raconte comment par amour il s'était mis en tête de devenir fermier.
Publié le 04/08/2010
Claudie Gallay déferle sur Avignon
<b>Roman - </b>Après le succès des "Déferlantes", Claudie Gallay quitte La Hague pour Avignon, en plein festival sabordé par les intermittents. "L'amour est une île" fait partie des livres très attendus de la rentrée littéraire.
Publié le 15/08/2010
Ces pommes ont la saveur d'un chef d'oeuvre
<b>Roman - </b>La narratrice hérite de la maison de sa grand-mère. Mais la demeure est chargée de souvenirs et peut-être d'un passé trop lourd à assumer pour la jeune femme. Un livre à lire absolument.
Publié le 28/07/2010
Dans la tête d'une meurtrière
<b>Roman - </b>S'inspirant du meurtre du banquier Edouard Stern par sa maîtresse, Régis Jauffret décortique une passion chienne en prenant le point de vue de la meurtrière. Et celui de la coupable ?
Publié le 28/07/2010
Comment Flore Vasseur veut liquider les Kerviel et consorts
<b>Roman -</b> Et si une seule équation pouvait détruire toute la finance mondiale ? Si un seul homme pouvait nettoyer la planète des traders et de tous leurs commanditaires ?
Publié le 28/07/2010
"La vie sexuelle d'un Américain sans reproche"... ou presque
<b>Fiction historique - </b>Jed Mercurio dresse le portrait d'un John Fitzgerald Kennedy à l'appétit sexuel insatiable au point d'en devenir une affaire d'Etat.
Publié le 16/07/2010
Que faire de sa vie quand on en connaît déjà la fin ?
<b>Roman -</b> Avec "Sang chaud, nerfs d'acier", Arto Paasilinna, le jovial sorcier de la littérature finlandaise, signe une saga familiale légère et rocambolesque.
Publié le 02/07/2010
Le point de départ pourrait être une rue du XVe arrondissement parisien, ce trottoir où "il", le père, tombe tête première et dont il ne se relèvera pas, mort "par hasard, comme tout le monde", le 26 novembre 1998. Puisqu'au fond, ce livre parle - surtout ou aussi ?- de ce père, né dans les années 20, "amoureux du ciel", devenu pilote de chasse puis de ligne, traversant le siècle, ses conquêtes (la "pure parenthèse du Progrès"), ses guerres, son infini quotidien.
Mais ce serait oublier que le Siècle des nuages comme l'écrivait Apollinaire, ce siècle où pour la première fois les hommes virent les nuages depuis le ciel, a débuté dix-huit ans avant la naissance du père. Ce serait oublier que le projet initial n'était pas un livre sur le père mais un livre sur l'aviation, celle qui fit renaître l'utopie d'un monde sans frontières, celle aussi qui servit des desseins plus funestes pednant les guerres.
| "...le temps ne fut jamais qu'une poussière d'instants hésitants, isolés dans l'épaisseur insignifiante d'une durée sans direction..." |
Alors pourquoi ne pas commencer ce livre un 17 décembre 1903 quand Orville Wright fait décoller son Flyer I quelque part en Caroline du Nord pour un vol de cinquante-neuf secondes et 260 mètres.... Ce serait un beau début pour ce roman qui retrace, de manière très documentée et passionnante, l'histoire des Blériot, Lindbergh, Mermoz ou Saint-Exupéry jusqu'au pilotes anonymes qui, comme le père pour Air France, contribuèrent à la conquête commerciale du ciel.
Ou bien faudrait-il consacrer les premières pages à ce 17 juin 1940, à la veille de l'Appel du Général, quand le père, alors jeune homme, se voit confier la mission, au volant de la vieille voiture familiale, de mettre en sécurité celle qui deviendra son épouse et les proches de celle-ci ? Ou serait-il plus judicieux de faire commencer le récit aux fiançailles, quatre jours avant le début de la rafle du Vel d'Hiv ?
Comment choisir parmi ces événements, de leur histoire familiale et de l'Histoire, simplement juxtapposés sur la ligne du temps et qu'il serait risqué, nous dit l'auteur, de vouloir entrelacer plus que de raison, interprêter depuis notre confortable fauteuil de lecteur du XXIe siècle. "Alors que, bien sûr, il en va tout autrement et que le temps ne fut jamais qu'une poussière d'instants hésitants, isolés dans l'épaisseur insignifiante d'une durée sans direction (...)"
Le danger, la tentation seraient pour le fils devenu écrivain de juger ce jeune homme qui, pris dans le chaos de l'Histoire, s'accroche à quelques certitudes, doute, tarde à faire le choix entre le Maréchal sénile et le Général inconnu. "Je ne l'excuse pas. Comment le pourrais-je ? Je ne le condamne pas non plus. Qu'est-ce qui m'y autoriserait ? Je laisse ce soin à ceux qui en ont acquis le droit, car à l'époque ils firent preuve de davantage de perspicacité que lui n'en montra (...)", écrit-il.
| "...falsifiant ainsi la formidable inconsistance du passé et lui conférant la méthodique, mensongère et solide logique d'une intrigue..." |
Alors, puisque "on peut faire commencer l'Histoire quand on veut", pourquoi ne pas prendre pour point de départ l'accident contre les monts du Beaujolais d'un de ces hydravions qui faisaient alors escale à Mâcon, là même où les parents de Philippe Forest et leurs parents à eux vivaient peu avant la Seconde guerre mondiale ? L'auteur – le fils – ne sait de cet événement que ce que la presse locale en a rapporté: sa mère n'en a gardé aucun souvenir, son père ne l'a jamais évoqué. Reste à imaginer cet événement et tout ce qui relie les étapes connues ou supposées de ce que furent les huit décennies de cette vie d'homme.
Un roman, donc, et non une biographie. Car "c'est celui qui raconte, et lui seul, qui arrange toutes ces anecdotes, prétendant dire la réalité de ce qui a été mais taisant que cette réalité, dès lors qu'il la relate, prend par lui la forme d'une fiction, falsifiant ainsi la formidable inconsistance du passé et lui conférant la méthodique, mensongère et solide logique d'une intrigue".
Un roman formidablement construit, riche, dense, reformulant sans cesse les idées, les ressassant même. Des phrases ambitieuses, longues, à tiroirs, mais solidement formulées et qui témoignent de la confiance de l'auteur en son lecteur. Un roman qui sur ses dernières pages renoue avec le terrible thème de la mort, non celle du père, mais celle de l'enfant, Pauline, morte à 4 ans d'un cancer, la fille de Philippe Forest dont la disparition nourrit l'oeuvre littéraire de ce grand auteur français.
Et alors que, sur 400 pages, la mort des grands-parents puis des parents semble s'inscrire dans l'ordre des choses, si les générations se succèdent dans un rythme apaisé, voici que ressurgit l'inacceptable. La plaie reste béante, comme au temps du premier roman de Forest, L'Enfant éternel en 1997 ou celui, deux ans plus tard, de Toute la nuit. Et l'on doute qu'elle se referme un jour
Le Siècle des Nuages
de Philippe Forest
Gallimard, Blanche
556 pages, 21,50 euro
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