Un roman à l'eau de rosse

Par , le 23 août 2010 à 10h23 , mis à jour le 23 août 2010 à 13h16

Roman - "Une Affaire conjugale" d'Eliette Abécassis raconte une histoire de désamour. Une regard militant, documenté et partisan sur le divorce.

Eliette Abécassis, "Une affaire conjugale", chez Albin MichelEliette Abécassis, "Une affaire conjugale", chez Albin Michel © Albin Michel

Pour bien faire, il faudrait commencer par divorcer. Et se marier ensuite. On ne connaît pas un homme dans le mariage (...)” Agathe, 39 ans, trompée, demande le divorce. Elle réécrit l’histoire de dix années de couple. “Il me semble que depuis mon mariage, je n’ai jamais cessé de divorcer”, conclut-elle.

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Sous sa plume haineuse ou névrosée (“Le divorce était mon symptôme, ma névrose, mon os à ronger” et plus loin “J’avais la divorcite”), naît à gros traits un personnage masculin, parfaite synthèse de la moitié des qualificatifs négatifs du Petit Larousse : Jérôme. Pleutre, manipulateur, menteur, trompeur, masochiste, pauvre, parasite et - ultime injure ? - impuissant, la narratrice ne lui passe rien. Avec tout le discernement et la nuance d’une héroïne de roman Arlequin... à l’envers.

Et l’année que dure la lente séparation aux yeux de la loi donne à Agathe tout le loisir de conforter son opinion sur son futur ex-mari. Bref ce type est un salaud, elle une victime. “De toute façon, un homme ça ne sert plus à rien de nos jours”, se convainc-t-elle dans un moment de misandrie aiguë qu'elle étend parfois à l’autre moitié du genre humain : “L’humanité ne vaut rien. Il n’y a rien à en attendre, rien à en espérer, rien à sauver.”

exergue "La vérité, c'est que le mariage est une hypocrisie sociale, que l'amour est une illusion romantique"

Eliette Abécassis a inventé le roman à l’eau de rosse, une chimère mêlant l’histoire d’amour, pour le style, et le pamphlet pour le propos. L’amour, le mariage en prennent pour leur grade. “La vérité, c’est que le mariage est une hypocrisie sociale, que l’amour est une illusion romantique, que les enfants, loin de souder les couples, en sont les fossoyeurs, que les hommes trompent leur femme, avant de s’en défaire (...)”. Et on en passe.

Le divorce est aussi malmené. Ultra-documentée, l’auteure consacre un chapitre pour chacune des professions se nourrissant du malheur des couples, avec des passages assez bien sentis. Elle dénonce à propos quelques aberrations du Code civil, notamment celle qui oblige les époux à cohabiter entre l'assignation en divorce et l'ordonnance de non-conciliation ; ou celle, plus complexe, de la garde des enfants.

Blessure narcissique”, “pervers narcissique”, “masochiste”, la caution de psychologie soutient le récit. Et puisque, au XXIe siècle, rien n’est plus réel que le virtuel, Eliette Abécassis convoque toute la clique numérique pour l’aider à détricoter son couple cobaye : Googlisation du partenaire, espionnage de messageries, discussion via de faux-profils sur Facebook, webcams et micros. "L'amour est fragile, écrit-elle. Avec l'ère technologique, il est devenu impossible."

exergue "J'ignorais alors qu'il existe deux types d'hommes, indépendamment de l'orientation sexuelle"

Eliette Abécassis laisse une porte ouverte à l’amour. Et si Agathe s’était trompée dès le début : “J’ignorais alors qu’il existe deux types d’hommes, indépendamment de l’orientation sexuelle : ceux qui aiment les femmes, et ceux qui ne les aiment pas.” Mais l’auteure ne nous renseigne pas sur la répartition entre les deux catégories. Pour Agathe, sans doute, les seconds pullulent.

On lit, on entend ça et là que ce roman est intime, impudique, que l’auteur s’y livre comme jamais. Bien qu’elle ait elle-même divorcé, Eliette Abécassis réfute dans le magazine Elle que ce livre soit “autobiographique”. Il est “générationnel”, tout au plus, assure-t-elle. Il verse souvent dans les excès du militantisme, enfile les aphorismes percutants (“On n’est pas adulte quand on n'a pas divorcé”) ; et l’on se dit souvent “bien vu !”. Mais il en va de ces livres comme des vins à la mode : ils ont tout donné à la première gorgée et ne restent pas en bouche.

Une affaire conjugale

de Eliette  Abécassis

Albin Michel

325 p., 20 euros

Par David Straus le 23 août 2010 à 10:23
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