Vampires abstinents, ennuis au tournant

Par , le 01 octobre 2010 à 14h30 , mis à jour le 01 octobre 2010 à 14h39

Dossier : Twilight et les vampires

Les Radley sont rangés des corbillards mais s'ennuient ferme dans leur petit village anglais. Un récit piquant sur les atermoiements d'une famille de vampires abstinents.

Les RadleyCouverture du livre Les Radley de Matt Haig chez Albin Michel © Albin Michel

Les Radley sont rangés des corbillards depuis dix-sept mais s'ennuient ferme dans leur petite vie conventionnelle. Lui, est médecin et pratique des examens rectaux, en attendant que la journée passe, dans le village anglais où le couple est venu enterrer ses instincts. Elle, peint des pommiers, dans des champs toujours bien encadrés de barrières et élève, plutôt mal que bien, ses deux enfants dans l'ignorance de leur condition de vampires. C'est bien simple, les Radley se sentent pris au piège, un comble pour des créatures dotées de la capacité à léviter...

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    Publié le 15/04/2011 Connaissez-vous le lifting du vampire ?
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Et quand l'envie leur prend de s'offrir une bonne giclée de sang à même la carotide d'un voisin, les Radley se ramènent à la raison, en se plongeant dans "la bible" cachée sous leur lit, le manuel de l'abstinent : "Nous sommes civilisés et la civilisation ne fonctionne que si nos instincts sont réprimés. Ainsi, faites un effort pour la société et réprimez les instincts ténébreux qui sont en vous" (page 54, deuxième édition du manuel). "Faire un effort", si c'était aussi simple pour un buveur de sang...
 
Prises de tête et questionnements moraux
 
Piquante et originale, cette intrigue bien menée tranche sur les récits assez plats et fleur bleue dont les romans vampiriques, souvent destinés aux ados et aux préados, nous abreuvent, ces derniers temps. Il y a manifestement un auteur (très british) derrière ce livre, susceptible d'intéresser une gamme plus large de lecteurs.
 
Les atermoiements et questionnements moraux vécus par les Radley rappellent invariablement la thématique d'Entretien avec un vampire d'Anne Rice, en 1976, roman emblématique qui démystifia l'image du vampire, ouvrant la porte aux Twilight, True Blood et autres récits actuels, dans lesquels le buveur de sang tend à s'humaniser, à devenir comme les autres, les vivants, tout bonnement normal, mis à part quelques caractéristiques spécifiques.
 
Famille dysfonctionnelle
 
Ainsi, dans Les Radley, on boit son sang à même la bouteille comme dans la série télé américaine True Blood et on supporte la lumière du jour, à l'instar des héros de la saga de Stephenie Meyer, Twilight. On est même végétalien et abstinent, ce qui ferait bien rigoler sous cape le Dracula sanguinaire de Bram Stoker. Bref, tout cela est "so 2010", décalé, référentiel et ironique, en somme tout ce qu'un lecteur branché est à même d'attendre d'un roman vampirique contemporain.
 
Si l'on regrettera que, depuis le génialissime et flamboyant Entretien avec un vampire, la démystification du thème vampirique tende plutôt vers son appauvrissement que vers l'étoffement de son univers narratif, finalement, peu importe : Les Radley vaut le détour, ne fût-ce que pour l'observation pointue et réjouissante des rapports dysfonctionnels d'une famille plus assoiffée de liberté que d'hémoglobine.

Les Radley

Matt Haig

Editions Albin Michel
413 pages
19,90 euros

Par Ludmilla Intravaia le 01 octobre 2010 à 14:30
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