Couverture du livre "Vivants" d'Isaac Marion, aux Editions Bragelonne © Editions BragelonneLes survivants disent que les zombies mangent le cerveau des vivants pour leur voler leurs souvenirs. C'est vrai. Entre autres raisons. Toujours est-il que lorsque R dévore le lobe frontal du petit ami de Julie, lors d'un raid gastronomique en ville, il revit les souvenirs de sa victime et décide d'empêcher la jeune femme de finir en casse-croute, sous les dents de ses congénères.
Mais si R a sauvé Julie, c'est qu'il est différent. Tuer, c'est pas son truc, même s'il doit sacrifier au rituel du carnage pour ne pas mourir définitivement. R est bavard... pour un zombie. Son record s'élève à quatre syllabes. Et il progresse. Il collectionne les vieux vinyles de Franck Sinatra, dans l'un des avions échoués sur le tarmac de l'aéroport où les morts ont installé leurs pénates. Il aime entendre les sons des conversations humaines. Même si M, son pote macchabée, trouve ça malsain, ce fétichisme vis-à-vis de l'ancienne vie, celle qui n'est plus, depuis une épidémie? une guerre? une catastrophe naturelle? Les zombies s'en foutent, en fait.
Zombie = vilain jojo
Et puis, R aime à penser que, si Julie est vivante et lui, mort, ils sont tous deux humains. Tant pis, si cela fait de lui un idéaliste, sur une terre où tout espoir semble vain. Parce qu'un zombie idéaliste et amoureux, ça peut changer le monde.
S'attaquer au mythe du zombie, devenu presque aussi populaire que celui du vampire, voilà une tâche casse-gueule. Les amateurs du genre, biberonnés notamment aux films de George Romero, dans les seventies, attendent au tournant tous sacrilèges susceptibles de dénaturer le caractère subversif de leurs créatures adorées (remise en question de l'ordre social, critique du consumérisme, réflexions sur la lutte raciale, etc.).
Des buveurs de sang très ordinaires
Déjà que le mythe du vampire en a pris un coup avec la vogue du buveur de sang romantique, celui qui assiste gentiment aux cours de chimie à l'école, fait semblant de manger son goûter, à la cantine, sous un soleil ardent et jamais, Ô grand jamais, ne toucherait à un cheveu de sa tendre aimée. Bref, si Twilight, la série de romans fleur bleue de Stephenie Meyer, a fait dernièrement beaucoup de mal au vampire, le zombie, lui, conserve, encore sa réputation de vilain jojo tant prisée.
Complètement abruti, il se répand, inexorablement, en meute, saute sur tout ce qui bouge, et bouffe, tue et re-bouffe, jusqu'à ce qu'on lui fasse sauter le ciboulot à coups de fusil de chasse. Alors, un zombie qui rêve, qui réfléchit et qui tombe amoureux... Bof, bof.
R(oméo) et Julie(ette)
Et pourtant, l'Américain Isaac Marion s'en sort bien avec ce premier livre, intitulé Vivants. Tout d'abord, parce qu'il le dit lui-même, il n'a pas écrit "un roman de zombies" mais plutôt une histoire d'amour. Il s'est servi d'eux comme "terre fertile" à une métaphore sur le genre humain, à une réflexion sur la normalité et la différence, comme s'y est livré, en 1954, un de ses compatriotes, Richard Matheson, dans son roman I am legend (traduit "Je suis une légende", en français).
Dans cet ouvrage, les vampires sont la nouvelle espèce prépondérante, devenue la normalité, tandis que le survivant, dernier rejeton d'un cul de sac évolutif, est voué à disparaître. Suivant cette démarche, Vivants questionne : du zombie ou du vivant, lequel est le plus humain ? Pas nécessairement celui que l'on croit. Ou les deux, tout simplement.
Sur grand écran
Le traitement des zombies est, par ailleurs, assez ingénieux. Isaac Marion leur conserve ainsi leurs caractéristiques habituelles, tout en leur prêtant une forme d'intellect, et notamment de l'ironie, point fort du roman.
Et ça fonctionne. Preuve en est, Vivants est en cours d'adaptation au cinéma, sous le titre Warm Bodies. Nicholas Hoult, le petit garçon du film About a boy en 2002, vu également dans la série britannique Skins en 2008, incarne R, dans ce film à sortir en 2012.
Vivants
D'Isaac Marion
Aux Editions Bragelonne
318 pages
17 euros
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