Charlotte Gainsbourg, 5:55, Because Music © Serge LebloncCharlotte, Charlotte Forever. Une suite s'imposait donc. La voici : 11 chansons dans un opus intitulé 5:55 en référence au noctambulisme de l'interprète. "Cinq heures cinquante-cinq, Too late to end it now, Too early to start again". On imagine Charlotte Gainsbourg laissant passer les heures et la nuit, non pas dans les boîtes de nuit comme ses parents, mais chez elle, insomniaque et mélomane. Car, l'écoute de cet album très pop anglaise suscite des images, successions de petites histoires que l'on met soi-même en scène. Sans doute parce que, jusqu'à présent, on a plus vu l'actrice qu'entendu la chanteuse.
Une chanson (trop radicale) de Gainsbourg sort des cartons
Pour célébrer les 20 années de la mort de Gainsbourg, le label Mercury propose un coffret inédit de 20 chansons de l'artiste. L'une d'elles est déjà disponible sur le net.
Publié le 24/12/2010
Mais peut-être aussi par les personnalités dont s'est entourée Charlotte Gainsbourg pour mettre au point son album : le duo Air tout d'abord dont la musique élégante et planante est indissociable des films de Sofia Coppola. C'est d'ailleurs en voyant "Virgin suicides" que Charlotte Gainsbourg a eu envie de rencontrer les deux Versaillais cosmopolites, Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin de Air qui ont composé tous les titres de l'album. Les paroles de "AF607105" ne sont d'ailleurs pas sans évoquer le jet lag dont souffrent Bill Murray et Scarlett Johansson (qui joue 'Charlotte' dans le film -sic) dans "Lost in translation" : "Frequent flyer, stown away, dislocation, sleepings, jets, feel homesick, tranquilizers..." Les paroles sont signées Jarvis Cocker de Pulp et la production Nigel Godrich (Radiohead, Beck).
L'anglais comme écran
Bref, cet album lui va bien ; élégant, doux, aérien ("air'ien ?). On sent le souci du détail à
l'extrême. Charlotte a franchi un cap en allant au bout de son désir de chanter, sans pour autant fendre l'armure. Elle a d'ailleurs choisi l'anglais. La distanciation nécessaire selon elle pour oser et ne pas trop susciter la comparaison avec ses talentueux mais encombrants parents. C'est sa langue maternelle, pas natale. Mais, lorsqu'elle ose chanter en français, comme sur Tel que tu es -superbe-, on se dit que c'est peut-être dommage, que cet écran linguistique rend l'objet musical moins personnel, moins proche.
Et la recherche des influences reste de toutes façons inévitable. D'autant plus qu'elles ne sont pas évidentes. Une rythmique sur le titre 2 qui peut évoquer le gimmick facétieux de Ex-fan des sixties, un piano et une orchestration qui rappellent certains morceaux paternels. La voix est bien à elle, ni aigue, ni chuchotée. L'album est beau, cohérent, de plus en plus attachant au fil des écoutes, The songs that we sing est un tube en puissance... Quoi alors ? On sent, (ou souhaite), qu'il s'agit d'une étape. Ivan Attal fait d'elle une femme légère et rieuse dans ses films. Sa mère a su passer de la mélancolie (Je suis venue te dire) à l'humour (Comic strip) et à l'autodérision (Jane de Mickey 3D). Pourquoi pas elle et pourquoi pas... en français.
Charlotte Gainsbourg, 5:55 (Because Music)
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