Le chanteur de Tokio Hotel signe des autographes © Abacapress.comTokio Hotel, Killerpilze, LaFee, Nevada Tan. Tous sont Allemands, tous sont très jeunes (moyenne d'âge 17-18 ans), tous font ou espèrent faire un carton en France, et les fans en redemandent. Pourtant, à part "99 luftballons" ("99 ballons de baudruche"), qui fut un véritable tube dans les années 80, Scorpions et plus récemment Rammstein, ce n'est pas un euphémisme de dire que la chanson allemande n'a jamais été dans les mœurs. Alors pourquoi tout à coup la langue de Goethe accroche-t-elle les ados du pays de Molière ?
Tokio Hotel : "in" ou "out"?
<b>Interview - </b> Le groupe allemand a-t-il encore la cote? C'est la question que se pose TF1 News, alors que Tokio Hotel était en concert à Bercy, mercredi. Deux experts répondent.
Publié le 14/04/2010
"C'est original, les sujets qu'ils traitent nous touchent, c'est cool qu'ils apportent un changement. Et puis l'allemand, ça change, c'est inédit", explique Cindy, 14 ans, fan invétérée des Tokio Hotel qui a découvert les Killerpilze et les Nevada Tan il y a quelques jours. Elle est allée voir leurs clips sur internet après qu'une copine lui en a parlé. Signe que le jeune rocker allemand est dans le move ?
Au commencement, il y eut les Tokio Hotel
Pour le moment, les professionnels ne veulent pas parler d'un ‘phénomène du rock allemand'. Ou plutôt si phénomène il y a, c'est un phénomène Tokio Hotel. Il faut dire qu'avec 650.000 albums vendus en France, 75.000 exemplaires en seulement 10 jours pour leur 3e DVD, le double pour les deux premiers DVD, les quatre charismatiques et originaux membres des Tokio Hotel ont incontestablement lancé un mouvement nouveau.
Leur succès énorme "a montré que l'allemand n'était pas une langue aussi difficile qu'on le pensait", explique Guénaël Geay, responsable du marketing international chez Polydor. Il a depuis reçu les bandes d'un autre groupe allemand : les Killerpilze... qui ne l'ont pas emballé de prime abord.
Fans français cherchent rockers allemands
Mais les labels l'assurent : ils n'ont pas creusé eux-mêmes le filon, la demande de groupes germanophones est venue des fans. Chats, forums, vidéos sur les sites d'échanges... Avec les échanges linguistiques lors desquels les jeunes ont découverts les groupes allemands, c'est internet et le bouche à oreille qui ont déclenché le succès. Au point que les concerts étaient à chaque fois en ‘sold out' avant même que les CD soient commercialisés en France, font remarquer les maisons de disques.
Les éditeurs musicaux ont donc signé, admettant tous que les Tokio Hotel ont "ouvert une porte". Trois groupes allemands sont désormais chez des labels appartenant tous à Universal Music France (Polydor et Vertigo). Mais attention, pas de quoi parler d'un "phénomène allemand" : "musicalement parlant, il n'y a pas une patte du rock allemand", estime-t-on chez Polydor. "Les Killerpilze ont un style totalement différent des Tokio Hotel" par exemple. Pour Jean-Paul Rosselin, directeur des salles de concert parisiennes Le Trabendo et La Boule Noire, où se sont produits les trois groupes allemands à leurs débuts, non plus : le succès est d'abord allemand. "C'est plutôt en Allemagne que c'est parti : ces trois groupes y ont un énorme succès, comme cela n'existait pas avant. Du coup, c'est arrivé en France."
"Ils auraient pu être Moldaves", mais "ils ont été les premiers"
Rien de marketing donc ? Pas si sûr. Chez Oui FM, on estime que tout cela est largement orchestré : "les labels demandent aux fans d'écrire aux radios pour demander que leurs groupes soient diffusés", alors même que "ce n'est pas exactement notre cible, c'est trop 'teenager', trop 'ados romantiques'". Et c'est bien sur proposition de leur label que les Killerpilze chantent en français la première chanson de leur album en France. Et ce n'est pas pour rien que Bill, des Tokio Hotel, s'est essayé au français pour charmer ces demoiselles dès leur premier concert en septembre 2006. Les Killerpilze sont en ce moment en tournée promo en France avec Polydor pour leur 2e album, après avoir vendu 40.000 exemplaires depuis septembre, pendant que La Fee, la "future Mylène Farmer allemande" d'EMI lance le 2e single et multiplie les DVD et que les Nevada Tan font la Une de deux magazines de rock français ce mois-ci.
Bon, d'accord, "il y a" ou plutôt "il y avait un créneau à prendre", reconnaît-on chez Polydor. Alors pourquoi pas un groupe de jeunes rockers français ? "Ils auraient pu être Moldaves", mais "ils ont été les premiers" à s'adresser aux ados dans leurs mots, estime Guénaël Geay qui explique leur succès par "leur charisme, leur professionnalisme et non par leur nationalité". Ils sont sortis du lot, parce que "ce sont des jeunes capables d'assurer un concert comme les grands. Ce qui n'existait pas avant". Et il s'est avéré que c'étaient des Allemands... Pareil pour LaFee qui, pour EMI, a un univers "très cherché, fouillé". En résumé, les styles musicaux ne sont pas exactement les mêmes : les Tokio Hotel sont "très pop", les Killerpilze sont "plus punk rock". Et LaFee fait du "rock gothique métal". Et tous plaisent.
La recette du succès allemand
Alors la recette, c'est quoi ? D'abord l'âge des artistes et ce qu'ils disent : "des jeunes qui s'adressent aux jeunes sans les prendre pour des abrutis", résume Guénaël Geay. Ce qui n'était pas si courant. La Fee "parle de l'amour, du suicide, de l'anorexie... Des sujets qui touchent les ados", explique-t-on chez EMI. Ensuite, des identités ou des personnalités fortes. Ça aussi, c'est plutôt nouveau. Dans cette tranche d'âge en tous cas. "Ce ne sont pas des ‘nouveaux Spice Girls', avec un profil prédéterminé pour chacun. Bill (des Tokio Hotel) se maquille et a les cheveux en pétard depuis qu'il a 13 ans. Il a toujours eu son style à lui, entre le gothique et le manga. Quand ils font un concert, les Tokio Hotel s'habillent comme ils veulent. Pas question qu'on les coache."
Troisième bon point : "l'allemand étant une langue que les parents ne comprennent pas forcément, c'est une manière pour les ados de mettre une barrière", d'avoir leur univers, explique Guénaël Geay. Ce que les fans avouent volontiers aussi. Et puis, visiblement le vieux cliché de la rigueur allemande s'applique toujours. Ce sont des artistes jeunes mais "extrêmement professionnels", "travailleurs" et ayant "une assurance, une aisance", s'accordent les professionnels. Dernier argument de taille mais qui ne concerne cette fois que les Tokio Hotel : le look. Celui de Bill surtout. Le style emo (vient de ‘emotional'), plus coloré que les gothiques mais tout aussi maquillés, plaît. C'est pour cela aussi que "ceux dont on est vraiment fans, ce sont les Tokio Hotel", conclut Cindy. Pareil pour Anaëlle, 17 ans, qui "n'écoute que rarement les Killerpilze et préfère les Tokio Hotel". Un amour exclusif... pour le moment ?
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