Sa voix de velours a bercé plusieurs générations. Le chanteur et guitariste de jazz français, Henri Salvador, 90 ans, est mort le 13 février. il était l’auteur d'innombrables succès populaires :"Syracuse", "Une chanson douce", "Zorro est arrivé". © François Guillot/AFP 
> Henri Salvador sur LCI.fr en 2006
En 2002, alors âgé de 85 ans, il découvrit son nom dans Le Petit Larousse (édition 2003), posa avec sa statue de cire au musée Grévin et atteint les sommets des hits-parades avec son album live. C'est dire si Henri Salvador, qui fit ses premières armes dans les cabarets parisiens en 1933, est resté quasiment au zénith de sa gloire pendant toute sa carrière.
Son seul credo : faire des chansons à sa mesure, avec des mélodies et des textes, du "chouette" comme il le disait lui-même. Résultat : les modes pouvaient bien passer, privilégiant qui la techno, qui le disco, il continuait son chemin, fidèle à ses principes, au risque d'être parfois considéré comme un ringard. Mais il se rappelera finalement toujours au bon souvenir du public en distillant son mélange des cultures et des genres -rien d'étonnant d'ailleurs pour un artiste né en Guyane d'un couple de Guadeloupéen dont le mari est d'origine espagnole et la femme indienne des Caraïbes.
L'ami Boris Vian
Arrivé en métropole à 7 ans, Henri Salvador -il s'agit de son vrai nom-, se destine très vite à embrasser la vie de musicien. Influencé par le jazz, ses modèles sont Louis Armstrong et Duke Elllington. Il vient à peine de fêter ses quatorze ans quand il remporte un concours de chanteur amateur. Dans la foulée, il décroche ses premiers contrats dans les cabarets de Paris. Reconnaissance suprême pour cet adolescent, il est engagé par Django Reinhardt en personne pour jouer dans son groupe. Eddy South, Bernard Hilda, Ray Ventura s'attachent ensuite ses services. Petit à petit, ses talents de comique sont autant mises à profit que ses prouesses de musicien.
Son accent créole, sa tenue blanche immacculée et son rire lui assurent des débuts en solo plus que concluants -avec notamment son premier disque "Maladie d'amour" et un triomphe aux Etats-Unis. Au début des années 50, une double rencontre va le transformer en star. Tout d'abord celle de Jacqueline, qui devient son manager et son épouse. Puis celle de Boris Vian. Entre le romancier amateur de canulars et le rigolard, l'alchimie est parfaite. En seulement quelques années -Boris Vian décède en 1959-, ils vont composer plus de 400 chansons dont "Faut rigoler", "La Java mondaine" ou "Le taxi".
"Personnage multiple"
Au fil des années, Henri Salvador s'essaie à toutes les facettes du show-biz et à tous les styles.
| Bio-express |
| - 1917 : naissance - 1931 : victoire dans un concours amateur de chanson - 1935 : accompagnateur de Django Reinhardt - 1936: guitariste de Eddy South - 1941 : tournée sud-américaine avec Ray Ventura - 1947 : "Maladie d'amour", 1er disque - 1950 : "Une chanson douce", mariage avec Jacqueline - 1955 : "Bonjour sourire", 1er film - 1956-1959 : collaboration avec Boris Vian - 1964 : "Zorro est arrivé" - 1968 : show télévisé "Salves d'or" - 1971 : compose pour Walt Disney - 1973 : show télévisé "Dimanche Salvador" - 2000 : album "Chambre avec vue" - 2001 : "interprète masculin de l'année", remariage, grand officier de la Légion d'honneur - 2006 : album "Révérence" - 2007 : concert au Palais des congrès de Paris - 2008 : décès |
Contrairement à d'autres vedettes, le succès, qui ne se dément pas pendant plus de trois décennies, ne lui monte pas à la tête. Le créole qu'il est ne perd jamais sa bonne humeur. Son rire sonore, sur scène entre deux chansons, à la radio ou à la télévision, véhicule l'image d'un homme toujours hilare, bon vivant, qui ne dédaigne pas raconter des histoires grivoises.
"Pour Salvador, l'humour a été une façon de désamorcer certaines tensions, certains problèmes auxquels il était confronté dans sa vie, en particulier le racisme. L'humour est souvent une critique acerbe de la société. C'est un peu ce qu'a fait Henri Salvador", souligne Luc Delannoy, son biographe. Quoi qu'il en soit, ce personnage plaît au public et séduit les femmes -après la mort de Jacqueline, il se remariera plusieurs fois, la dernière en 2001, à 84 ans !
Star des festivals rock
Après une éclipse, il fait son grand retour en force au tournant du siècle. En 2000, son album "Chambre avec vue", au rythme très brésilien, surfe sur la vague latino. Les critiques sont élogieuses, le public, toutes générations confondues, est au rendez-vous. En février 2001, ses pairs lui décernent le titre d'Interprète masculin de l'année aux Victoires de la Musique, au nez et à la barbe des Obispo, Pagny et consorts. La tournée se joue quasiment à guichets fermés. Aux Vieilles Charrues, le premier festival rock de l'Hexagone, la jeunesse lui réserve un accueil triomphal. Sûrement le plus bel hommage que pouvait recevoir ce "papy" octogénaire et contributeur indéniable de la chanson française. Trois ans plus tard, "Ma chère et tendre" confirmera encore cette fougue légendaire.
En 2006, il tire sa "Révérence", son dernier disque, avant d'entamer, à 90 ans, une tournée d'adieu qui passera par Paris fin 2007. Toujours proche du public, il devait encore donner des concerts au printemps.
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