Les 27e Victoires de la Musique ont sacré samedi deux des voix les plus singulières de la chanson françaises longtemps oubliées de la cérémonie, Catherine Ringer et Hubert-Félix Thiéfaine, et salué l'ascension du jeune rappeur Orelsan. Hubert-Félix Thiéfaine a remporté ses premières Victoires en 40 ans de carrière, celle de l'artiste masculin de l'année et celle de l'album de chansons pour "Suppléments de mensonge". Cette première - malgré 16 albums studios et une influence revendiquée par nombre de jeunes artistes - est à l'image d'une figure du rock indépendant qui a construit sa carrière à l'écart du star-system. Absent des télés, peu diffusé en radio, peu connu du grand public, "HFT" est cependant capable de remplir les plus grandes salles à chacune de ses prestations et son dernier album "Suppléments de mensonge" s'est vendu à 120.000 exemplaires. Un chiffre de vente substantiel, dont il est coutumier. Jean-Louis Aubert a lui aussi été récompensé pour la première fois en 35 ans de carrière par les Victoires, en remportant celle de la tournée de l'année.
"Je suis comme un enfant qui rapporterait ce prix à son papa", a-t-il déclaré en coulisses très ému, rappelant que son dernier album "Roc-Eclair" avait été déclenché par la mort de son père. Autre grande figure un peu oubliée des Victoires, Catherine Ringer a été sacrée artiste-interprète féminine de l'année. Emue, Catherine Ringer a confié être "vraiment très heureuse de compter encore pour vous, d'être utile". Ses premiers remerciements sont allés à Fred Chichin "qui m'a tellement aidé et appris de choses". En la récompensant, les Victoires de la musique ont salué une des voix les plus singulières de la chanson française, qui a décidé de poursuivre seule l'aventure musicale entamée avec les Rita Mitsouko pour surmonter la douleur de la disparition de Fred Chichin. Le guitariste des Rita Mitsouko et compagnon de l'artiste est décédé fin 2007 à l'âge de 53 ans d'un cancer fulgurant. Accompagnée de son ombre bienveillante, Catherine Ringer a publié l'an dernier son premier album en solo "Ring n'roll" (Because), un bouleversant hymne à la vie et à l'amour.
Hollande assistait à la cérémonie
Autre grand vainqueur de la soirée, le rappeur Orelsan est reparti avec deux trophées, celui de la révélation du public et celui de l'album de musiques urbaines pour "Le chant des sirènes". Cette double consécration de la profession et du public a un goût de revanche pour le jeune rappeur, souvent comparé à l'Anglais The Streets, après la polémique qui avait marqué ses débuts médiatiques. Au printemps 2009 des associations féministes et partis politiques s'étaient offusqués des paroles tirées d'une de ses anciennes chansons, "Sale Pute" jugée violente à l'égard des femmes. Orelsan, encore poursuivi en justice dans cette affaire, s'était excusé et défendu en expliquant qu'il s'agissait d'une fiction parlant d'un homme trompé.
Camille, autre grande favorite de la cérémonie avec trois nominations, est en revanche repartie bredouille. Fait rare, François Hollande, qui avait publié la veille dans Le Monde une tribune sur Hadopi et la création à l'ère numérique, est venu assister à la cérémonie. Le candidat socialiste a provoqué une cohue dans les coulisses où il est allé à la rencontre des artistes et des patrons de labels, dont certains se sont inquiétés de sa volonté de supprimer le loi Hadopi.




