Entre tradition et modernité, la crèche de la polémique

Par Matthieu DURAND avec agence, le 20 décembre 2006 à 13h09 , mis à jour le 26 décembre 2006 à 16h57

Mafieux, travesti, femmes nues : à Naples, les santons de la famille Scuotto créent la polémique. Ils s'inscrivent pourtant dans une tradition locale finalement très moderne.

TF1-LCI crèche Un duel de malfrats au sein d'une crèche napolitaine réalisée par la famille Scuotto. © La Scarabattola

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Découvrez quelques santons de la famille Scuotto 


Le petit Jésus, Marie, Joseph, les Rois mages mais aussi deux voyous qui jouent du couteau, un travesti, des femmes nues... la crèche napolitaine de la famille Scuotto détonne dans un milieu marqué par un certain classicisme.

Et pourtant, née au 18e siècle, "la crèche napolitaine a toujours été fondamentalement moderne", explique à LCI.fr Salvatore Scuotto. Avec ses frères, Emanuele et Raffaele, et ses sœurs, Anna et Suzy, il a ouvert à Naples en 1996 un atelier de santonniers baptisé La Scarabattola. Dans cette ville qui compte de nombreux créateurs de crèches depuis plusieurs générations, les trois frères font donc figure de nouveaux venus. Et de jeunes iconoclastes dont les œuvres suscitent la polémique.

Dès son origine, la crèche napolitaine a intégré des personnages contemporains aux côtés des santons plus traditionnels, poursuit Salvatore. D'où l'importance de perpétuer cette tradition, "mêlant sacré et païen". En venant au monde, "le Christ a découvert un monde corrompu", justifie-t-il encore.

"Un acte typiquement napolitain"

Pour ce Noël, leur crèche abrite deux "guapi", des voyous liés à la Camorra, la mafia locale, qui s'affrontent à l'arme blanche. "Un acte de combat typiquement napolitain", souligne Salvatore Scuotto. Là, c'est un travesti fardé qui évolue dans le décor : dans la culture locale, ce personnage tire la tombola de Noël ; il est donc censé porter chance. Les Scuotto ont également créé "Ciro", qui représente les métis nés à la fin de la Deuxième guerre mondiale, fruits des amours entre des Napolitaines et des soldats américains. Un autre de leurs santons est inspiré de Giacomino, un handicapé mental apprécié de leur quartier.

L'an passé, les Scuotto ont placé deux femmes nues prenant leur bain au sein de leurs crèches, exposées dans deux églises. La polémique a éclaté après la publication d'un article dans la presse. Le prêtre d'une des églises, à Rome, a enlevé les figurines incriminées mais le public s'est pressé en masse pour admirer les sculptures des trois frères.

"Intense préparation"

Car il s'agit bien de sculptures : les santons mesurent entre 30 et 40 cm. Leur visage ainsi que leurs membres sont en terre cuite ; le reste du corps, en ouate. Les personnages sont ensuite habillés de splendides tenues, en simple toile de jute ou en soie. Chaque pièce est unique. D'où son prix : 500 euros. Rien d'anormal tant la crèche napolitaine est très recherchée : près de 300 santons datant du 19e siècle ont ainsi été volés dans la nuit de dimanche à lundi dans une église napolitaine. Valeur estimée du butin : 1 million d'euros.

L'art de la famille Scuotto est reconnu à Naples bien sûr, mais aussi à Milan, Rome, Barcelone, Bucarest, où leurs crèches ont été exposées. Nous ne faisons pas n'importe quoi, déclare en substance Salvatore Scuotto, qui reproche à certains de ses confrères d'intégrer dans leurs crèches des santons à l'effigie de célébrités ou d'hommes politiques. Chaque santon créé à La Scarabattola a fait l'objet d'une "intense préparation culturelle et intellectuelle". Un anthropologue italien a d'ailleurs choisi leurs personnages pour illustrer un ouvrage sur la crèche napolitaine. La reconnaissance d'une démarche moderne enracinée dans la tradition.

Une vierge au ventre rond

Deux députés du parti italien de la Rose au poing (gauche) ont déposé mercredi pendant quelques instants dans la crèche de l'Assemblée des figurines représentant un couple de gays et un couple de lesbiennes, alors que le débat fait rage en Italie sur la reconnaissance des "unions de fait". Un huissier de la Chambre des députés a peu après retiré les santons.
En France aussi, les santonniers innovent. Dominique Coulomb, établi à Aubagne, a représenté la Vierge Marie avec un ventre arrondi, lors du traditionnel marché aux santons de Marseille. Certains spectateurs n'ont pas apprécié. L'archevêché de Marseille n'y voit aucun blasphème. Reste que Marie au ventre arrondi sera remplacée in extremis par un santon de la Vierge en adoration, le 24 décembre à minuit.

Par Matthieu DURAND avec agence le 20 décembre 2006 à 13:09
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3 Commentaires

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  • Muriel, le 29/12/2006 à 01h19

    O, comble d'hypocrisie. Molière l'a dit mieux que je ne saurait le faire: "cachez ce sein que je ne saurais voir." A bon entendeur...

  • Vastre, le 21/12/2006 à 03h49

    Rien de très étonnant : les santons les plus célèbres de Marseille sont Gaudin, Tapie, Defferre et Pape Diouf.

  • Greg, le 20/12/2006 à 16h37

    Je trouve minable d'utiliser un crèche de Noël pour exprimer ses opinions sociales, politiques, contestataires, etc. C'est du détournement. Ceux qui font ça ont oublié qu'ils ne sont pas dépositaires de la chrétienté. L'église est-elle un Self-Service ? C'est bien connu: La religion, certains la servent, d'autres s'en servent.

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