Le Bureau des délations sur Second Life, par Valéry Grancher © LCIPour profiter de la Nuit Blanche cette année, vous avez deux options. Découvrir à pieds (ou à Vélib') les dizaines d'oeuvres qui longent la ligne 14 du métro, du quartier Olympiades au quartier Batignolles, en passant par le Louvre, Bastille, le Marais et les Tuileries, ou... rester tranquillement assis dans votre fauteuil. Car pour la première fois en six éditions, Nuit Blanche s'invite, dans la nuit du 6 au 7 octobre, sur Second Life, le monde virtuel en 3D. Abrités par un immeuble de verre (virtuel) pensé par l'architecte Ignazio Mottola, une dizaine d'artistes internationaux ont spécialement conçu pour l'occasion des oeuvres aussi étranges qu'intrigantes pour cette exposition d'un nouveau genre baptisée Second Night.
Un "monde fou" à la Nuit Blanche
Bertrand Delanoë s'est félicité samedi soir de l'affluence pour cette 9e édition de la Nuit Blanche à Paris. Même la préfecture a participé.
Publié le 03/10/2010
Après avoir longuement observé les moeurs sur Second Life, Valéry Grancher a par exemple crée le Bureau des délations, qui invite tous les avatars (1) à dénoncer officiellement les crimes qu'ils auraient constatés. Pour l'artiste, cette démarche n'est pas liée à "une idéologie politique précise", mais vise plutôt à mettre en avant le "paradoxe étrange" de Second Life, un monde "en interférence constante entre le réel et le fictif, où les limites restent mal définies". Il prend l'exemple d'un Britannique ayant produit un avatar d'une petite fille de 8 ans qu'il prostituait dans ce monde virtuel. Celui-ci s'est vu condamné, au même titre que s'il avait mis une vraie fillette sur le trottoir.
"L'utopie, l'incertain et le réel"
Ce monde, poursuit-il, "suscite ainsi de vraies questions : Est-ce qu'un romancier aurait subi le même sort s'il avait écrit une histoire similaire ? Evidemment que non. Le Bureau des délations est donc une façon de questionner ces nouvelles situations, de s'intéresser à la délation automatisée, des crimes punis en temps réel dans ce monde virtuel qui a des conséquences bien réelles". Dans Me2, un autre artiste, Claude Closky récupère, s'approprie et déforme les avatars dénichés sur le net (myspace et autre sites communautaires) pour créer une sorte de musée des horreurs virtuel. On croise ainsi des smileys étranges, des animaux domestiques sans maître ou encore des personnages de dessins animés grimaçants.
Dans le monde réel, des caméras disposées dans l'hôtel d'Albret (IVe arrondissement) diffuseront en temps réel les animations qui existent dans Second Life, avec un passage permanent entre le réel et le virtuel : les noctambules pourront utiliser une dizaine d'ordinateurs pour créer leur avatar dans Second Night et se promener dans l'exposition virtuelle. Une passerelle entre deux mondes va ainsi être créee, l'espace d'une nuit.
"Exploser les frontières de Nuit Blanche"
Potentiellement, 9 millions de personnes qui naviguent régulièrement sur Second Life peuvent avoir accès aux oeuvres qui seront présentées cette nuit-là, se réjouit Christophe Girard, l'adjoint au maire de Paris, qui n'est pas peu fier de cette nouvelle forme d'exposition : "Second Night, c'est le mariage de l'utopie, de l'incertain et du réel. Pour la première fois, une collectivité de la dimension de Paris investit l'univers virtuel de Second Life. Et ce n'est pas parce que c'est virtuel que ce n'est pas de l'art. Second Life est un espace culturel aussi légitime qu'un musée", justifie-t-il.
Une vision de l'art dématérialisée partagée par le maire de Paris Bertrand Delanoë, très enthousiaste lors de la présentation de l'exposition, jeudi matin. "Si l'art devait seulement être concrétisé, ce serait triste. L'art est bien au contraire enrichi par ce potentiel virtuel que nous offre Second Life. Grâce à cette exposition virtuelle, on va exploser les frontières de Nuit blanche", se réjouit-il. Et pour ceux qui auraient mieux à faire dans la nuit de samedi à dimanche, l'exposition virtuelle se prolongera sur Second Life au moins une semaine après la fin de la Nuit Blanche, bien réelle celle-là, dans les rues de la capitale.
Pour assister à cette exposition virtuelle, cliquez-ici
Le site de la mairie de Paris sur la nuit Blanche, cliquez-ici
Pour entrer dans le monde virtuel de Second Life, cliquez-ici
(1) L'avatar est une représentation virtuelle d'un utilisateur de Second Life, qui peut être modifiée en taille et en proportions.
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