
TF1 News : Consommer "écologiquement responsable" est-il un effet de mode ou un mouvement durable ? Tags en mousse, semis en ville, telles sont les missions des "guerilla gardeners". Lancé en 2004 par l'anglais Richard Reynolds, le mouvement de la Guerilla Gardening s'est étendu hors d'Angleterre. A Paris, une poignée de ces guerilleros s'active pour reverdir la capitale. Elles sont en bambou ou en coton et finissent dans le lave-linge. Moins de déchets et moins de produits chimiques, les couches lavables séduisent de plus en plus de parents pour leur côté écologique. Mais pas que. Plus chères à l'achat que des modèles classiques, elles permettent pourtant de réaliser de jolies économies. Depuis l'an dernier, de nouveaux bacs ont fait leur apparition dans les cours de certaines résidences parisiennes. Objectif ? Diminuer la production de déchets en les transformant en compost. Une initiative mise en place par la Mairie de Paris qui a déjà séduit 65 immeubles. Bloquée par un budget serré, une jeune drômoise a décidé de bousculer son mode de consommation. En l'espace d'une année, son besoin de faire des économies l'a conduite à l'écologie. Quand on est un couple d'écologistes convaincus, la simplicité est de rigueur y compris au moment de se passer la bague au doigt. Démonstration avec Liane et Robin pour qui le bonheur du mariage passait aussi par la réduction de son impact écologique. Une vache bio, est-ce une vache qui ne mange que de l'herbe bio ? Qui ne prend jamais d'antibios ? TF1 News a interrogé Eric Rochas, agriculteur bio depuis plus de 10 ans dans sa Ferme des Colibris, à Méaudre en Isère. Coincé dans une petite impasse entre la voie de chemin de fer et la rue hyper passante Marx Dormoy, le jardin partagé du Bois Dormoy est le "poumon" de la Goutte d'Or à Paris. Ouvert au public depuis 2008, l'espace est voué à disparaître. La mairie de Paris a voté la construction d'une maison de retraite à cet endroit.
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Vache bio, le naturel, ça se travaille

"C'était un petit jardin..."

Michelle Dobré : L'effet de mode est plus dans le fait de revenir régulièrement sur cette question que dans ce mouvement qui est durable car issu d'une critique, née après la Seconde Guerre Mondiale, de la contradiction entre croissance économique et qualité de la vie. C'est une très longue tradition sauf qu'aujourd'hui on a tendance à traiter les phénomènes sociaux comme des effets de mode. Surtout, le marketing se greffe sur ce changement d'attitude par rapport à la consommation et le transforme en un élément de style attractif pour le client parce que cela devient rentable économiquement. Il ne faut pas confondre la cause et l'effet. Donc aujourd'hui on redéfinit cela par d'autres termes, on parle de consommer responsable, d'éco-citoyenneté, etc., comme si l'on venait de découvrir une nouvelle réalité.
TF1 News : Mais les modes de consommation évoluent...
M.D. : Effectivement, la société de consommation actuelle est différente de celle des années soixante. Il n'y a plus la croissance d'alors, la même façon de consommer, d'équiper son foyer, d'être enthousiaste par rapport à la consommation. Contrairement à ce que l'on peut voir maintenant dans les pays en transition, comme dans les anciens pays de l'Est communiste, où il existe une sorte de fraîcheur et où l'on se jette à corps perdu dans la consommation de masse.
Nous sommes dans une situation de questionnement. On se demande s'il est sain, bon et juste de faire ce que l'on fait avec l'industrialisation et avec les risques pour la santé que cela peut engendrer. D'où la culture biologique et la consommation de ces produits là qui a énormément augmenté ces dernières années. Cela s'étend à d'autres types de produits comme le bois, la consommation énergétique des appareils ménagers, etc. Des choses auxquelles on commence à faire de plus en plus attention non seulement pour des raisons écologiques mais aussi pour des motifs économiques. Cela induit des comportements de consommation qui commencent à changer et que l'on appelle consommation responsable.
TF1 News : Y a t-il une dimension politique dans ce type de consommation ?
M.D. : L'engagement dans les formes politiques classiques a vécu son temps, tout au moins provisoirement, et on voit apparaître des canaux d'actions plus individualisés voire individualistes qui passent par la maîtrise de certains choix. Et les choix que l'on peut avoir l'impression de maîtriser le plus facilement au monde, ce sont les choix de consommation. Tout le monde effectue des restrictions, on est limité par des budgets déterminés par les revenus, tout au moins les catégories modestes et moyennes. Mais on peut tout de même jouer en termes de style de vie, des choix individuels sont à notre portée. Pas seulement entre deux produits identiques aux designs différents. On a, par exemple, le choix de ne pas s'équiper en four à micro-ondes ou en voiture. Et ces choix-là ont à la fois une dimension politique et existentielle parce qu'ils permettent à l'individu de se singulariser de la masse à laquelle il appartient. C'est un militantisme qui devient très conforme et qui est socialement acceptable. Beaucoup plus qu'il y a 20 ans. Aujourd'hui si vous êtes végétarien ou si vous ne mangez que des chocolats équitables ou autre, on ne va plus se moquer de vous ou largement moins sans doute.
Michelle Dobré est également co-auteur de Consommer autrement - La réforme écologique des modes de vie aux éditions L'Harmattan.
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