Un compromis aux dépens de la planète

Par , le 25 novembre 2000 à 00h00

Pour éviter un échec des plus humiliants, le président néerlandais de la conférence de La Haye a présenté jeudi à ses collègues un plan d’action à la baisse, qui remettrait en cause les acquis de l’accord de Kyoto : les organisations écologistes fulminent.

Un compromis aux dépens de la planète © INTERNE

Il en va des gouvernements comme des hommes : on parle, on refait le monde, on remet au lendemain et à la veille de l’échéance on s’affole et l’on travaille dans l’urgence. C’est en résumé ce qui s’est passé ces dix derniers jours à la conférence de La Haye sur le réchauffement de la planète.

Pour éviter un échec des plus humiliants, le président de la conférence, le


Le ministre néerlandais
Jan Pronk. - AFP
ministre néerlandais de l’environnement Jan Pronk, a présenté jeudi à ses collègues un plan d’action à la baisse qui, en cherchant à satisfaire tout le monde, ne plaît à personne.

Le débat est ouvert

Ce compromis prend en considération l’effet des "puits de carbone", zones forestières et agricoles qui absorberaient en partie le gaz carbonique, principal responsable de l’effet de serre. Les Américains estiment qu’un Etat possédant de nombreuses forêts (comme les Etats-Unis…) doit être en partie dégagé de ses obligations de réduire ses émissions de gaz nocifs. Les Européens refusent catégoriquement cette façon de voir.

"Sur la forme, la proposition de Jan Pronk a permis d’engager le débat politique", a déclaré la ministre française de l’environnement Dominique Voynet. "Mais sur le fond, on fait un pas en arrière par rapport aux engagements pris il y a trois ans à Kyoto", a-t-elle poursuivi, s’exprimant au nom de la présidence européenne. Côté américain, le négociateur David Sandalow reconnaît aussi que Jan Pronk a "ouvert le dialogue" mais, pour le reste, il campe sur ses positions.

"Le compromis aura l'effet l'inverse"


-
Le rejet le plus virulent vient sans doute des organisations écologistes présentes en masse à cette grand-messe très médiatisée. "Les Etats-Unis ont obtenu à peu près tout ce qu’ils souhaitaient ", s’indigne Bill Hare, le chef de la délégation de Greenpeace : "Je suis particulièrement inquiet de propositions sur les forêts qui permettraient aux pays riches de procéder à des plantations d’espèces à croissance rapide pour gagner des crédits d’émission, au mépris des anciennes forêts tropicales et de la biodiversité ".

Le World Wildlife Fund (WWF) estime même que l’inclusion des forêts comme "puits" absorbant le gaz carbonique aurait l’effet inverse et réduirait de moitié les engagements pris à Kyoto. "Nous encourageons l’Union européenne à ne plus dormir, ne plus manger, à négocier dur pour arriver à un accord crédible pour les millions de gens qui nous regardent", a lancé Reda Verheyen, des Amis de la Terre.

Par David Straus le 25 novembre 2000 à 00:00
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