"C’est son plan, qu’il l’assume !"

Par Propos recueillis par Sophie LUTRAND , le 21 novembre 2000 à 00h00

Le président de la FNSEA n’est pas du tout satisfait des mesures annoncées par le ministre de l’Agriculture ce matin qui, selon lui, ne répondent pas à la détresse des agriculteurs. Interview de Luc Guyau.

"C'est son plan, qu'il l'assume !" © INTERNE

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tf1.fr : Etes-vous satisfait des mesures annoncées par le ministre de l'Agriculture ?

Luc Guyau : Non, pas du tout. Le plan proposé par Monsieur Glavany est un plan d’urgence mais pas de sauvetage. Je suis déçu par les mesures : on annonce 3 milliards dans lesquels on met un milliard d’aide de trésorerie qui ne soulageront les éleveurs qu’au mois de mars 2001 car les cotisations sociales de cette année ont déjà été payées. Il n’y a pas de mesures réelles sur la compensation de perte de revenus. Les agriculteurs n’ont plus de trésorerie pour payer leurs dettes et leurs revenus vont baisser en même temps que les prix. Jean Glavany n'a pas répondu à ces questions et je le regrette beaucoup.

tf1.fr : Le plan d'urgence prévoit tout de même 400 millions pour les éleveurs ? 

Luc Guyau : oui, mais je rappelle que les éleveurs sont 285 000. Le gouvernement prend en charge la moitié des charges patronales des entreprises de la filière et pour nous, il se contente de les étaler sur 5 ans. Je ne vois pas pourquoi on ne les a pas pris en charge directement.

tf1.fr : Les 3 milliards consentis par le gouvernement aujourd'hui dépasse le plan d'urgence de 1996. Cela ne suffit toujours pas ? 

Luc Guyau : Je conteste cet aspect. Pour l’instant, les mesures prises ne sont pas supérieures à celles de 1996. Dans ces trois milliards, il y a un milliard qui sont des avances de trésorerie et non des soutiens. Ensuite, le plan protéine est un plan à moyen terme. On n’a pas pris la dimension de cette crise. En 1996, on n’avait 20 à 25% de baisse de consommation puis les choses se sont arrangées progressivement. Aujourd’hui nous sommes presque à 50% de baisse des ventes de viande pour toute la filière. C’est une véritable détresse pour les agriculteurs et ce n’est pas avec ce plan que l’on va remonter le moral des agriculteurs. Le gouvernement doit absolument revoir sa copie.

tf1.fr : Quelles étaient les mesures que vous attendiez ?

Luc Guyau : Il aurait fallu donner de la trésorerie immédiate, avoir un véritable plan de dégagement du marché. 150 000 animaux sont abattus par semaine, les abattoirs ont réduit leur activité de 50%. Il y a donc entre 50 000 et 70 000 animaux par semaine qui ne sont pas abattus. Que va-t-on faire de ces animaux ? Le gouvernement n’a pas répondu. Nous demandons la compensation intégrale de la perte de prix des agriculteurs car ce sont eux les victimes dans l'histoire.

tf1.fr : Avez-vous déjà fait un état des lieux des dégâts pour la filière ?

Luc Guyau : En tout cas, on est dans un cas de figure différent des coup durs précédents. En 1996, la crise touchait l'Angleterre. Cette fois-ci c’est en France avec en plus, la peur d'une contamination de l'homme. La consommation a diminué très fortement. De surcroît, on n’a pas été capable hier de trouver un moyen d’harmoniser les législations européennes. Un certain nombre de pays imposent encore un embargo complet sur la viande de bœuf française. Dans combien de temps va-t-on pouvoir remonter la pente ?

tf1.fr : Vous faites référence au conseil européen de l'agriculture qui s'est achevé ce matin. Le ministre français a tout de même obtenu l'extension des tests de dépistage de la maladie à tous les pays de l'Union. 

Luc Guyau : Oui,  mais c'est une extension "partielle" et seulement à partir du 1er janvier 2001. Certes, c’est une petite avancée. Les ministres européens n'ont pas écouté Glavany sur les farines animales, ni sur les farines végétales ou l’harmonisation des mesures. Il n’a rien obtenu de tout ça. C’est donc un échec global.

tf1.fr : Vous avez eu des mots assez durs envers Jean Glavany. Vous contestez sa gestion de la crise ?

Luc Guyau : Je suis surpris par l’attitude de Jean Glavany. Nous avons rencontré le premier ministre en sa présence la semaine dernière. Lionel Jospin a dit " nous allons mettre en place un plan de sauvetage de la filière et de l’élevage en concertation avec la profession". Nous n’avons eu aucune concertation. C’est son plan à lui, qu’il en assume les conséquences et je dis clairement qu’il ne correspond pas à la détresse des agriculteurs.

Par Propos recueillis par Sophie LUTRAND le 21 novembre 2000 à 00:00
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