Glavany au secours du boeuf français

Par , le 21 novembre 2000 à 00h00

Le gouvernement débloque 3 milliards de francs pour venir en aide à la filière bovine. Les syndicats agricoles se disent mécontents des mesures annoncées et prêts à agir sur le terrain si le gouvernement ne revoie pas sa copie. Lionel Jospin vient au secours du boeuf et plaide en faveur de sa réintroduction dans les cantines scolaires.

Glavany au secours du boeuf français © INTERNE

Le gouvernement va mobiliser 3,24 milliards de francs pour aider la filière bovine touchée par la crise de la vache folle, a annoncé mardi le ministre de l'Agriculture Jean Glavany. Lors de la crise de 1996, l'Etat français avait déboursé 2,8 milliards de francs dont 1,44 milliards de francs d'origine communautaire. Mais aujourd'hui, la filière bovine dans son ensemble est véritablement sinistrée : l'activité bovine des abattoirs était encore mardi en baisse d'environ 50% par rapport à la normale, comme la semaine dernière. Les entreprises les plus touchées étant celles tournées vers l'exportation, qui enregistrent une baisse de 80%...


L'annonce de Glavany -
Sur le total annoncé ce matin, 400 millions de francs seront consacrés aux éleveurs et 500 millions de francs aux entreprises d'aval de la filière, c'est-à-dire les négociants, les abatteurs, les tripiers, les ateliers de découpe, etc. Le gouvernement mobilisera les moyens financiers nécessaires - soit 500 millions de francs environ - à l'indemnisation des producteurs de produits interdits - farines, thymus et intestins - et à la destruction des stocks. Le plan prévoit également un report de 1,4 milliard de francs des cotisations patronales pour les éleveurs qui sont également employeurs. Par ailleurs, des prêts bonifiés à 1,5% sur cinq ans seront consentis pour les négociants de la filière, pour un total de 500 millions de francs. Enfin, 450 millions de francs seront consacrés au développement des oléoprotéagineux. En matière de protéines végétales, l'Europe dépend à 75% de l'Amérique du nord et du sud. Selon Le Monde, le plan sera pris en charge pour l'essentiel par le budget 2001.

Menace de manifestations d'agriculteurs

Un fonds a été débloqué pour mettre l'accent sur la communication auprès des consommateurs. La campagne publique pour restaurer la confiance dans la viande bovine, lancée le week-end dernier, sera financée par l'Etat qui y consacrera 12 millions de francs et par l'Office national interprofessionnel des viandes, de l'élevage et de l'aviculture pour plus de 15 millions de francs.

Le plan d'urgence était très attendu par les éleveurs. La Confédération Paysanne avait prévenu qu'elle ne se satisferait pas d'un "plan 1996 bis". "Ce plan ne prend pas la mesure de la réalité de la situation. C'est une photocopie de celui de 1996, qui portait déjà sur des aménagements de cotisations sociales et des reports de charges. Les éleveurs viennent juste de finir de rembourser le report des cotisations sociales de 1996", a affirmé Julien Bertau, un des porte-parole du syndicat. La Confédération paysanne milite notamment pour l'octroi d'aides directes non remboursables pour les éleveurs, la prise de décisions communautaires sur l'augmentation du stockage des carcasses, et un plan protéines pour remplacer les farines carnées.

Même son de cloche du côté de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA). Si le gouvernement ne revoit pas son plan pour des mesures plus concrètes, je ne doute pas que dans les jours qui viennent il y ait des agriculteurs qui se manifestent de manière plus bruyante pour se faire entendre", a menacé Luc Guyau, le président de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA, syndicat majoritaire).

"Le boeuf à vovation à être mangé dans les cantines"

Le syndicat de Luc Guyau regrettait le manque de concertation avec le ministre de l'Agriculture. "Depuis notre rencontre avec le Premier ministre, M. Glavany concocte son plan tout seul, sans concertation avec les professionnels", assène pour sa part Luc Guyau, son président. "S'il n'y avait pas de réponse allant dans le sens d'un véritable soutien à l'élevage français, je ne sais pas comment réagiront les agriculteurs sur le terrain où la pression est très forte", menace M. Guyau. La Confédération paysanne, elle aussi, est bien décidée à organiser des actions sur le terrain, au cas où le plan gouvernemental lui semblerait insuffisant.

Lionel Jospin a demandé mardi aux maires de remettre le boeuf aux menus des cantines scolaires en faisant valoir que "les produits de qualité de notre filière bovine ont vocation à être de nouveau proposés et consommés sans crainte". S'exprimant devant le 83ème congrès de l'Association des maires de France (AMF), le Premier ministre a expliqué qu'il "revenait aujourd'hui à tous les responsables publics - gouvernement et élus locaux - de restaurer la confiance des Français dans leur alimentation". Il a insisté auprès des élus sur le fait que le dispositif sanitaire français était "l'un des plus rigoureux d'Europe".

Les mesures annoncées par Jean Glavany

��
Par Sophie Lutrand le 21 novembre 2000 à 00:00
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Économie
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

      logAudience