L’homme n’est pas une marchandise

Par Sophie LUTRAND et David STRAUS , le 20 novembre 2000 à 00h00

COMMERCE EQUITABLE : (2/5) en France, on confond souvent aide au développement et aide humanitaire; le commerce équitable veut renverser cet amalgame et prouver que le commerce doit rétribuer avant tout le travail d’une personne et lui permettre de vivre décemment.

L'homme n'est pas une marchandise © INTERNE

Le commerce équitable, c'est quoi ? Encore peu connue, cette pratique consiste à acheter des produits avec l'assurance qu'en amont, le producteur a reçu une juste rémunération de son travail.

Onze francs cinquante le kilo de café pur Arabica d’un côté, vingt francs de l’autre. C’est pourtant le même café, la même qualité mais deux logiques différentes : celle du commerce " mondialisé ", " globalisé ", l’autre, moins connue, du " commerce équitable ". Le cas du café, deuxième marché mondial de matières premières, illustre bien les différences de traitement des petits producteurs dans le circuit de la distribution mondiale et dans celui du commerce équitable. Le prix plancher fixé dans le cadre du commerce équitable ne fluctue pas selon les spéculations. Il est réévalué tous les deux ans par les producteurs, les importateurs, torréfacteurs et l’association Max Havelaar. Selon cette dernière, le cours du café ne permet pas aux petits producteurs de couvrir leurs besoins élémentaires. Non seulement, ils ne font aucun bénéfice mais vendent à perte. " Nous pourrions leur envoyer de l’argent sous forme d’aide humanitaire mais notre démarche est complètement différente. Il s’agit de replacer l’homme au centre des échanges commerciaux et de lui permettre de vivre de son travail ", commente Victor Ferreira, président de Max Havelaar France.

L'essentiel et un peu plus


75000 familles vivent du
café au Costa Rica. -

Bien sûr, le système implique que les importateurs et torréfacteurs du Nord acceptent de payer plus cher pour le même café. Mais l’association Max Havelaar tente au maximum de réduire le nombre d’intermédiaires. Alors que dans la chaîne traditionnelle, on compte une dizaine d’intermédiaires, la filière équitable n’en conserve que quatre (coopérative, import-export, torréfacteur, distributeur) afin de limiter le coût final.

L'objectif du commerce équitable est de permettre aux petits producteurs de rentrer dans leurs frais mais aussi d’améliorer leur qualité de vie. Au cours du café déjà avantageux qui garantit un préfinancement de 60% des récoltes s’ajoutent les primes (80 centimes par kilo) payées par les torréfacteurs non pas directement aux producteurs mais aux coopératives qui regroupent souvent des milliers de petits producteurs.

Des bourses d'études et une machine à laver


Carlos Vargas, producteur
au Costa Rica. -
L’union de coopératives que préside Carlos Vargas au Costa Rica travaille avec la filière équitable depuis 10 ans. Elle n’écoule que 30% de sa production par cette voie. " En 10 ans, nous avons gagné 7 millions de dollars (près de 52,5 millions de francs) de plus avec le commerce équitable qu’avec le marché traditionnel ", calcule le président de l’union de coopératives. Sur ces 7 millions de dollars, 2,5 millions ont été directement reversés aux petits producteurs. L’union de coopératives fait vivre 4500 familles qui, pour la plupart, habitent dans le nord du Costa Rica, une région particulièrement pauvre. " Beaucoup ont pu acheter du matériel ou améliorer leur confort, se doter d’une machine à laver, d’un frigo ", rapporte Carlos Vargas. Un autre partie de l’argent a servi à créer un fonds de solidarité afin d’octroyer des prêts aux familles qui en ont le plus besoin.

Mais surtout, nous avons pu financer des tas de projets ", s’enthousiasme le président de la coopérative, lui-même producteur de café. Une fondation appelée " Hijos del campo " a pu voir le jour. Elle verse des bourses aux jeunes Costa Ricains qui veulent poursuivre leurs études. Une autre initiative s’occupe de protéger la forêt amazonienne. " Sur chaque paquet de café de la marque " Foresta, une partie du prix va directement à une association visant à réduire l’utilisation du bois dans la fabrication du café ", explique Carlos Vargas. Idem pour l’eau afin de réduire la pollution des nappes phréatiques. Le commerce source de progrès.

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Par Sophie LUTRAND et David STRAUS le 20 novembre 2000 à 00:00
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