L'Italie ne veut plus du boeuf français

Par , le 18 novembre 2000 à 00h00 , mis à jour le 16 janvier 2009 à 12h00

Le premier débouché de la viande bovine française vient de s'envoler avec la décision ce matin du gouvernement italien d'imposer un embargo sur le boeuf français. Jacques Chirac a aussitôt regretté cette décision et souhaite une harmonisation européenne des réglementations.

L'Italie ne veut plus du boeuf français © INTERNE

Nouvelle déconvenue pour le boeuf français. L'Italie a décidé vendredi matin de cesser ses importations de viande bovine française. Ce n'est pas le premier pays à prendre de telles mesures : la Hongrie, la Pologne, l'Espagne et une partie de la Russie l'avaient décidé au cours de ces dernières semaines. Mais l'impact de l'embargo partiel italien est d'une toute autre importance. La Russie et la Hongrie ne représentent "que" 14% des exportations françaises. L'Italie, elle, est le premier client de l'hexagone. A elle seule, elle représente près de 55% des exportations françaises de viande de boeuf française et a acheté pour 1,3 milliard de francs de viande française durant les huit premiers mois de l'année.

"Quand on cherche on trouve"

Le Président Jacques Chirac, en visite en Corrèze, a immédiatement regretté la décision de l'Italie et souligné "la nécessité pour l'Union européenne de mettre en place une harmonisation des réglementations" en matière de sécurité alimentaire. Le Président a ajouté : "Certains pays comme le nôtre ont fait des tests systématiques pour rechercher la maladie" de la vache folle et "naturellement quand on cherche, on trouve". D'autres pays n'ont fait aucune recherche, alors que leurs animaux se nourrissent des mêmes farines. C'est une situation qui ne peut perdurer", a poursuivi Jacques Chirac.

L'embargo italien n'est pas total comme l'a souligné le ministre de l'Agriculture Alfonso Pecoraro Scanio. Il concerne les bovins adultes et la viande qui n'est pas désossée. Cette mesure a été prise sous la pression des représentants des consommateurs et des éleveurs qui ont demandé au gouvernement italien de suivre l'exemple d'autres pays européens où diverses mesures ont été prises dernièrement en raison de la crise de la vache folle.

Tache d'huile

C'est une mauvaise nouvelle de plus pour la filière bovine française qui vend plus d'un cinquième de sa production à l'étranger: Sur une production de 1,85 million de tonnes de viande de boeuf et de veaux en 1999, 330.000 tonnes ont été exportées, selon le Centre français du commerce extérieur (CFCE).

Surtout, la décision italienne pourrait faire l'effet d'une tache d'huile. La Grèce, deuxième importateur de viande de boeuf français a déjà ralenti ses achats, selon les Douanes et l'Allemagne, troisième cliente de la France (avec 641 millions de francs de viande française importée durant les huit premiers mois de l'année, selon les Douanes), a arrêté complètement ses importations, indique ce professionnel.

Par ailleurs, la Confédération paysanne a demandé vendredi des aides directes non remboursables plafonnées à 30.000 francs pour les éleveurs de bovins confrontés à la crise de la vache folle, lors d'un entretien à Matignon avec le Premier ministre Lionel Jospin. Le syndicat de José Bové a présenté un plan d'aide d'urgence pour les éleveurs. Ce plan consiste d'une part dans "l'intervention du système européen" pour obtenir une augmentation du stockage des carcasses. D'autre part, les éleveurs actuellement touchés par la mévente de leurs animaux devraient bénéficier d'une aide directe de 2000 francs par animal (ayant atteint l'âge de 8 mois au 1er novembre 2000), après fourniture du certificat de vente. Cette aide, plafonnée à 30.000 francs par éleveur, concernerait ainsi 15 animaux par élevage.

L'Union européenne débloque des fonds

L'Union européenne a de son côté annoncé vendredi qu'elle débloquait une aide spéciale au stockage privé de la viande bovine pendant trois à six mois, à raison de 472 euros par tonne pour les trois premiers mois, afin de soutenir les cours du marché.

Retrouver le dossier de Plurielles "Tout savoir sur la vache folle"

Par Sophie Lutrand le 18 novembre 2000 à 00:00
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