Un repaire de pirates

Par D.S. , le 08 décembre 2000 à 00h00

Des CD à 20 francs, des logiciels à 70 francs, des livres flambants neufs pour ainsi dire gratuits, la capitale bulgare est le paradis de la piraterie au grand dam des industriels qui exigent une réaction des autorités locales.

Un repaire de pirates © INTERNE


Barbie aussi est l'objet
de copies. -
C’est un petit marché au cœur de Sofia. Rien de moins traditionnel. On y trouve pêle-mêle des CD, des programmes informatiques, des jeux vidéo, les derniers bouquins parus ou la poupée Barbie la plus récente. Tous faux. Des copies par milliers écoulées à la sauvette sur la place Slaveikov, le symbole du marché noir, le symbole du piratage en Bulgarie.

Par un matin d'hiver, le marché fait figure d'innocente foire de bouquinistes, qui battent la semelle devant les statues de bronze des Slaveikov, père et fils, deux hommes de lettres bulgares. Mais entre les étalages de livres, l'amateur peut aussi consulter, étalés sur des tables pliantes, des catalogues d'une richesse inouïe.

Des programmes 50 fois moins chers

Le dernier CD de la chanteuse nigériane Sade, vendu 70 francs dans le commerce, est offert à 20 francs. Des jeux vidéo à la mode comme Quake III ou Age of Empire sont proposés à 50 francs contre 370 francs chez les vendeurs officiels. Le chaland peut aussi s'acheter les derniers films d'Hollywood ou les logiciels professionnels les plus chers.

Un vendeur, emmitouflé dans un vêtement en cuir pour lutter contre le froid, affirme fièrement que le programme Adobe PhotoShop, pour le traitement des photographies, qu'il vous offre à 70 francs en coûte 4000 normalement. Quand le client a choisi, le vendeur disparaît avec des airs de conspirateur dans les immeubles avoisinants.

Sur la place, le disquaire Fashion Music cohabite avec les pirates. "Les vendeurs à la sauvette ne font ni les cassettes audio, ni les cassettes vidéo ni les DVD", explique Atanas Houbtchev, un des vendeurs : "Ils ne copient pas non plus les CD de musique bulgare, qui représentent les trois quarts de nos ventes". La police, dit-il résigné, fait une descente de temps en temps, "mais les pirates sont prévenus et disparaissent".

La Bulgarie rappelée à l'ordre


Les jeux vidéo sans cesse
piratés. -

Récemment encore, la Bulgarie était officiellement productrice de copies dont elle inondait l’Union européenne. Mais elle a dû mettre fin au trafic en 1998 sous les pressions de la communauté internationale. Elle n’en reste pas moins un des premiers utilisateurs de logiciels pirates en Europe orientale puisque 4 programmes sur 5 y seraient piratés.

"Le manque de protection de la propriété intellectuelle et des logiciels pourrait être un obstacle à l’entrée de la Bulgarie dans les structures internationales comme l’Union européenne et l’Otan", a menacé la représentante dans ce pays de la Business Software Association (BSA). "La Bulgarie est le dernier pays de la région où personne n’ait été condamné pour piratage", a-t-elle conclu.

Selon la BSA, les logiciels utilisés en Bulgarie sont à 80% piratés, un taux qui n'est dépassé en Europe orientale que par la Roumanie (81%) et surtout la Russie (89%) et le reste de l'ex-URSS (90%). Le taux le plus élevé en Europe occidentale est atteint par la Grèce (71%) devant l'Espagne (53%) et l'Irlande (51%). L'industrie estime avoir perdu rien qu'en Bulgarie plus de 11 millions de dollars en 1999, dont 20% auraient du revenir à l'Etat sous forme de TVA. Pour l’Europe, les pertes s’élèveraient à plus de 500 millions de dollars.

��
Par D.S. le 08 décembre 2000 à 00:00
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Économie
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience