Un boycott qui ne dit pas son nom

Par , le 16 janvier 2001 à 12h56 , mis à jour le 15 janvier 2001 à 19h16

Le Medef choisit la confrontation sur le dossier des retraites. Le numéro deux du Medef, Denis Kessler, met sa menace à éxécution en déclarant que les cotisations ne seront plus payées par les patrons, ce qui, dès le mois d'avril, privera les retraités d'une partie de leurs ressources.

ernest antoine seilliere © INTERNE

Lors de son AG,
mardi matin,
le Medef
a annoncé
que les cotisations ne
seraint pas "levées"
et campe
sur son projet
d'allongement
des cotisations
retraites.

" Hier j’étais optimiste, aujourd’hui, je suis inquiet ", avoue Bernard Devy, responsable du dossier des retraites pour Force Ouvrière, contacté par tf1.fr. Objet de son inquiétude, les récentes déclarations d’Ernest-Antoine Seillière, président du Medef. Dans une interview accordée à l’AFP ce week-end, le patron du Medef a affirmé qu’ils avaient " proposé un accord de bon sens ", balayant ainsi d’un revers de main, les appels des syndicats à la reprise des négociations. Fin décembre, les partenaires sociaux sétaient séparés sur un constat de désaccord, le Medef restant sur sa proposition d'allonger jusqu'à 45 ans la durée des cotisations alors que les syndicats militent pour la défense de la retraite à 60 ans. Ces derniers appellent à la mobilisation dans les entreprises le 25 janvier prochain mais, affirme Bernard Devy, " nous avions fait en sorte de ne pas jeter de l’huile sur le feu pour permettre au Medef de revenir à la table des négociations ".

Une personne
qui reçoit 4000 F
des systèmes
complémentaires,
pourrait toucher
22% de moins,
soit 3200 francs.

Le Medef semble exclure tout compromis et les partenaires sociaux, unis, redoutent que l’assemblée générale qui se tient ce matin au siège du Medef, n’avalise la menace proférée à demi-mot ces derniers jours par le baron Seillière. Ce dernier a souligné que l’accord qui réglait la question des retraites complémentaires était caduque depuis le 31 décembre 2000. L’obligation de lever des cotisations pour le système complémentaire n’existe plus. Le système de l’ASF permet depuis 1983, date à laquelle la retraite est passée de 65 à 60 ans, aux salariés qui souhaitent cesser leur activité dès 60 ans, de toucher une retraite à taux plein. L’ASF, avec un budget de 35 milliards de francs par an, a suffisament de fonds pour assumer le paiement des retraites complémentaires jusqu’au 31 mars 2001, mais pas au-delà.

Le Medef franchit la ligne et oblige le gouvernement à intervenir

Concrètement, une personne qui reçoit 4000 francs des systèmes complémentaires, pourrait, si le Medef met sa " menace à effet ", toucher 22% de moins, soit 3200 francs. " Et ceci de façon définitive. On considérera qu’il a arrêté de travailler de façon prématurée et qu’il n’a pas droit, même après 65 ans, à une retraite à taux plein ", explique Bernard devy. Aujourd’hui, près de 1,2 million de personnes bénéficient du régime de l’ASF entre 60 et 65 ans et pourraient être, début avril, privés d’une partie de leurs revenus.


45 ans de cotisations
soit la retraite à 70 ans ? -
De l'avis des organisations syndicales, "tout comme sur le dossier de l'Unedic, le Medef fait exprès de franchir la ligne jaune en remettant en cause le principe du départ en retraite à 60 ans, une position inacceptable pour le gouvernement, qui l'oblige à intervenir". La ministre de l'Emploi et de la solidarité a rappelé lundi qu'elle espérait que "la négociation entre partenaires sociaux permettra de trouver une solution sinon l'Etat prendra ses responsabilités". La CFE-CGC compte d'ailleurs demander "au gouvernement (...) de se substituer à la défection ou à la désertion du Medef". Si le Medef choisit la lutte, il aura en face de lui les soldats de la CFTC. Ce n'est pas la voix privilégiée par Force Ouvrière qui préfère "explorer toutes les possibilités de négociations".

Contrairement au dossier de l'assurance chômage, le gouvernement ne pourrait s'en tirer avec un décret prorogeant l'ancien système des retraites complémentaires obligeant ainsi le Medef à payer les cotisations. Il lui faudrait faire une loi. Or, élections municipales obligent, la session parlementaire sera suspendue du 7 février au 28 mars... trois jours avant la "banqueroute" de l'ASF...

Par Sophie Lutrand le 16 janvier 2001 à 12:56
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