Les dépenses de santé crèvent le plafond

Par Franck LEFEBVRE , le 18 janvier 2001 à 16h47 , mis à jour le 18 janvier 2001 à 17h11

Les dépenses du régime général d'assurance-maladie ont représenté 546.932 milliards de francs en 2000, soit une hausse de 5,4% - le double de l'objectif fixé par le Parlement. Le docteur Chassang, président de l'UNOF, joint par tf1.fr, y voit la preuve de l'échec du système actuel de maîtrise comptable.

A une semaine à peine d’une réunion des professionnels du secteur médical au ministère de l'Emploi et de la Solidarité, que nombre de médecins qualifient déjà de véritable "Grenelle de la Santé", la publication des chiffres des dépenses médicales en 2000 donne un nouvel argument à ceux qui prônent un changement radical de politique dans ce secteur. De janvier à décembre 2000, selon les estimations de la Caisse nationale d'assurance maladie sur la base de résultats provisoires, les dépenses du régime général d'assurance-maladie ont représenté 546.932 milliards de francs, soit une hausse de 5,4%… soit plus du double de l'objectif fixé par le Parlement, qui était de 2,5%. La croissance des soins de ville, en particulier, a atteint les 8% sur un an.

"Le système actuel est un échec"


Une consommation médicale
en forte hauss
e -
Selon le docteur Michel Chassang, président de l’Union Nationale des Omnipraticiens Français (UNOF), joint par tf1.fr, ce dérapage est la preuve que "le système actuel de régulation des dépenses maladie est un échec". Une opinion largement partagée par les professionnels de la Santé… Car pour nombre de médecins, l’augmentation des dépenses paraît plus ou moins inévitable. Le docteur Chassang cite au moins "trois causes à cette hausse :

  • le vieillissement de la population. La population française gagne un an d’espérance de vie tous les quatre ans. Ce qui a évidemment des répercussions sur les dépenses de santé.

  • l’augmentation de la population : entre deux recensements, la population française croît de cinq à six millions.

  • Le progrès technique et médical : tout médicament très innovant nouvellement mis sur le marché coûte généralement très cher. Ce qui a d’autant plus de répercussions sur la croissance des soins de ville, que ces médicaments, qui étaient autrefois prescrits en hôpital, sont désormais prescrits par des généralistes. C’est le cas par exemple de la trithérapie : elle permet de faire reculer le sida, mais coûte très cher."

Un "moratoire" sur le système de maîtrise comptable ?

La fixation d’un taux à ne pas dépasser semble aux praticiens une solution illusoire. "Il faut passer d’un système de maîtrise comptable, qui ne fonctionne pas, à un système de maîtrise médicalisée, dans lequel les médecins respectent des règles médicales – la somme de ces règles médicales générant des économies", juge Michel Chassang. "Si on dépasse autant le taux fixé, cela signifie peut-être que ce taux avait été mal calculé. Il a été décidé, non pas en fonction des besoins sanitaires réels de la population, mais de considérations budgétaires, exclusivement."

Dans ce contexte, la réunion du 25 janvier s’annonce explosive. "Le gouvernement va devoir faire, un jour ou l’autre, sa révolution culturelle sur ce sujet", juge le docteur Chassang. "Ce système conduit à un véritable rationnement des soins en France. Est-il responsable, par exemple, de sanctionner les néphrologues parce qu’il y a eu trop de dialyses au cours de l’année écoulée ? On ne fait pas des dialyses par plaisir ! Si elles ont eu lieu, c’est qu’elles étaient nécessaires ! C’est tout l’enjeu de la réunion qui doit avoir lieu le jeudi 25. Elisabeth Guigou acceptera-t-elle de mettre en place un moratoire sur le système actuel, qui est inefficace, en attendant que nous puissions, ensemble, construire un nouveau système ? En ce qui nous concerne, nous y sommes prêts."

Par Franck LEFEBVRE le 18 janvier 2001 à 16:47
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