"Pas de récession mais un coup de froid"

Par Propos recueillis par Sophie LUTRAND , le 04 janvier 2001 à 00h00

Peu avant la décision surprise de Greenspan hier soir de baisser les taux d’intérêts américains, les bourses européennes chutaient encore à l’image du CAC 40 qui passait en dessous des 5700 points; Nicolas Sobczac, chef économiste chez Goldman Sachs France trace un portrait de la conjoncture économique en 2001 et se veut rassurant au sujet de l’Europe.

"Pas de récession mais un coup de froid" © INTERNE

TF1.fr : Hier encore, le CAC 40 a perdu près de 2% passant sous les 5700 points suite à la publication mardi d’indicateurs américains décevants. Ce mouvement vous inquiète-t-il ?

Nicolas Sobczac : Les indicateurs américains de production sont très mauvais en effet et les signes de ralentissement de l’économie incontestables. L’indice industriel publié mardi est plus mauvais que lors d’autres récessions. Les marchés ont réagi très vite. La correction est assez forte et la bulle spéculative s’effondre.

TF1.fr : On parlait d’atterrissage en douceur de l’économie américaine, il semble qu’il soit un peu plus brutal que prévu.

N.S : Il n’y a pas de récession au sens technique du terme. Nos prévisions de


Le patron de la FED a relevé
les taux d'1/2 point. -
croissance pour le premier trimestre 2001 sont de 1,5% en rythme annuel contre 6% au début de l’année 2000. La fin de l’année dernière avait déjà marqué le pas avec une croissance de 4% en chiffres annualisés pour le troisième trimestre. Les ventes de Noël aux Etats-Unis ont été mauvaises mais pas catastrophiques. C’est un ralentissement réel mais pas une récession. Du coup, les marchés financiers réagissent très fort à la baisse, peut-être aussi parce qu’ils étaient allés très vite à la hausse. Le risque de récession est de plus en plus probable : il est de 1 sur 2 aujourd’hui et la croissance sera sans doute négative pendant quelques trimestres. Nous tablons tout de même sur une croissance de 2,5% pour l’ensemble de l’année 2001.

TF1.fr : Comment va se traduire le ralentissement de la croissance américaine dans le reste du monde ?

N.S : Les nouvelles ne sont pas meilleures du côté du Japon. On a cru que ça repartait, notamment avec la nouvelle économie mais en fait la situation est toujours mauvaise. On attend des révisions de croissance assez décevantes. D’où la faiblesse du Yen en ce moment.

Pour les pays émergeants, la question est de savoir comment ils vont pouvoir résister. La baisse du prix du pétrole est une mauvaise nouvelle pour certains d’entre eux qui sont producteurs, comme la Russie, le Venezuela et le Mexique. Les Etats-Unis ne vont plus tirer la croissance mondiale et ce sera un vrai test pour ces pays émergeants. En 1998, ils s’en étaient plutôt bien et rapidement sortis.

TF1.fr : Et pour l’Europe ?

N.S : La confiance des industriels européens risque de se dégrader. L’euro va s’apprécier par rapport au dollar, la demande de biens européens sera donc plus faible et les exportations en pâtiront. L’industrie européenne risque de souffrir. En revanche, je pense les services et la consommation des ménages ont les moyens de résister. La politique fiscale devrait soutenir le revenu des ménages. Plusieurs pays mènent des politiques de réduction d’impôts : l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas. Les premiers effets se sont faits sentir dès la fin de l’année 2000 en France et devraient se poursuivre cette année. De plus, l’Europe va continuer à créer des emplois et le taux de chômage poursuivre sa baisse, même moins vite. C’est bon pour le moral des ménages et cela stimule leur consommation.


-
TF1.fr :
Les revers boursiers ne vont-ils pas affecter la croissance en Europe et en France ?

N.S : Les ménages américains sont très sensibles aux fluctuations boursières, pour la simple raison qu’ils sont beaucoup plus nombreux à y investir. En France, c’est beaucoup moins sensible. De même, le financement des entreprises américaine s’est massivement fait par des introductions en bourse. En Europe aussi, mais dans une moindre mesure.

Cette correction boursière peut-elle durer ?

N.S : Effectivement, le Cac 40 à 5600 points, ce n’est pas une bonne nouvelle. Les marchés sont très réactifs. Là, nous sommes face à une forte correction mais une fois que la FED (réserve fédérale américaine, ndlr) aura baissé ses taux comme attendu à la fin du mois de janvier, ou bien pourquoi pas un peu avant, on s’apercevra que les Etats-Unis sont en mesure de se sortir de cette mauvaise passe. Je ne vois pas de raison pour que les marchés ne remontent pas la pente d’ici la fin de l’année. Le pessimisme ambiant sur les marchés financiers est excessif.

TF1.fr : Début septembre, tout le monde misait sur un CAC 40 au-dessus des 7000 points avant la fin de l’année. Aujourd’hui, il est en dessous des 5700 points, effaçant les résultats de toute une année.

N.S : En effet, le choc pétrolier a été plus fort que prévu. On attendait un ralentissement aux Etats-Unis, voilà, il arrive, il est très très fort mais bon, il arrive. En ce moment, il faut surtout être attentifs aux pays émergeants et esperer qu’ils ne se cassent pas la figure. D'autre part, il ne faut pas que les agents économiques américains cèdent à la panique. La nouvelle économie connaît des difficultés mais il ne faut pas tout jeter. Bref, surtout, ne pas paniquer.

Par Propos recueillis par Sophie LUTRAND le 04 janvier 2001 à 00:00
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Économie
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience